Les nouvelles règles du métier
18 octobre 2010

Bien des cinéastes avoueront que les sommes dédiées au cinéma sont dérisoires, ce qui est loin d’être faux. Entre le scénario et le grand écran s’impose souvent une lutte de longue haleine afin de se voir attribuer le financement nécessaire à la production d’un film. Et pourtant, ce manque de moyens n’a pas que des désavantages, si l’on en croit la presse américaine.

Spider-Man 4, une suite à Meet the Fockers ou un autre X-Men? Voilà les choix qui s’offrent désormais aux cinéastes indépendants les plus talentueux d’Hollywood. Un article du Los Angeles Times publié la semaine dernière révélait que de plus en plus de jeunes réalisateurs américains choisissaient d’abandonner ou d’interrompre leurs nouveaux projets de films afin de se lancer dans la très prospère entreprise des franchises de studios. Le Hollywood de 2010 n’est plus celui du début de la décennie, conclut le journaliste , et les exemples à l’appui ne manquent pas. On apprend notamment que Darren Aronofsky, à qui l’on doit The Wrestler et Requiem for a Dream, aurait préféré à un scénario original intitulé The Gangster Squad la réalisation de Wolverine 2. On peut aussi lire que Marc Webb, que l’on connaît pour son très populaire (500) Days of Summer «chercherait quant à lui une manière de rendre Tom Cruise cool lors d’un quatrième volet de Mission Impossible». Tony Gilroy, en nomination pour deux Oscars en 2008 avec son film Michael Clayton, se consacrerait pour sa part au prochain film mettant en vedette le célèbre espion Jason Bourne (incarné par Matt Damon). Et la liste s’étire…

Les règles pour se tailler une place dans le milieu auraient changé selon le L.A Times. Tout cela à cause de Christopher Nolan, que toute une génération de cinéastes aspire maintenant à imiter. En réalisant The Dark Knight et Batman Begins, qui ont tous deux obtenus un énorme succès commercial tout en étant acclamés par la critique, Nolan aurait prouvé aux autres artisans d’Hollywood qu’il n’était plus nécessaire de choisir entre la reconnaissance du milieu et les bonnes grâces des grands studios. Il serait maintenant possible de faire d’une pierre deux coups, salaires faramineux inclus. Que ce soit par pur carriérisme ou par manque de choix, conclut le quotidien, les conséquences entrainées par ce changement de cap chez les réalisateurs sont néanmoins préoccupantes. Bien qu’elle n’ait jamais été considérée comme la capitale du cinéma indépendant, Hollywood a toujours assuré une production d’œuvres originales et intéressantes. Le contraire ne pourra résulter qu’en un appauvrissement de la production cinématographique.

S’il est vrai que les méthodes d’Hollywood influencent énormément les cinémas nationaux, il est probable que le Québec comme le Canada ne connaîtront jamais une telle situation. Sans empêcher totalement la création de franchises et de blockbusters «maisons», les petits budgets du milieu cinématographique font en sorte qu’il sera toujours plus facile de faire des œuvres inédites, du scénario à la musique. Exit les histoires de super héros, les films d’actions à grand déploiement et la science-fiction, nous n’en avons (heureusement) pas les moyens. Les contraintes financières seront-elles bientôt la seule manière d’imposer aux cinéastes une certaine intégrité artistique? Attendons de voir ce que sera le Hollywood de 2020…

 
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