Conseil de sécurité pour un libre-penseur
14 septembre 2010
Des deux menaces, une est bien pire. Soumettre la liberté d’expression à un idéal est suicidaire.

Vous souvenez-vous lorsque vos parents vous ont enseigné à traverser la rue? Il fallait regarder à gauche et à droite pour voir les dangers. Avec le temps, nous avons cessé de le faire. Or, ici, les dangers ne viennent pas de la route et la potentielle victime n’est pas nous. C’est de la liberté d’expression dont il est question et pourtant, il faut encore regarder à gauche et à droite.

Jetons un regard vers la gauche. Celle-ci se targue d’être la porteuse du flambeau de la justice sociale, de l’égalité et de la vraie liberté face à ceux qui détiennent le pouvoir. Son idéal Robin des Bois se drape souvent de supériorité morale et de vertu, et ce, à un tel point qu’il accepte difficilement d’être remis en doute. Ceux qui oseront le critiquer seront taxés de nombreuses épithètes visant à les discréditer et à les considérer comme des bigots. Certains subiront même la censure étatique puisqu’ils contreviennent au fantasme multiculturel créé par les mouvements de gauche des dernières décennies. La liberté d’expression n’est pas au-dessus de tout. Le procès du politicien critique de l’Islam Geert Wilders au Pays-Bas, les poursuites intentées contre le MacLean’s et Ezra Levant au Canada pour islamophobie, le renvoi de Nigel Hastilow pour avoir dit que Enoch Powell avait raison, l’accusation grossière de xénophobie que Lysianne Gagnon de «a proféré envers les défenseurs de la laïcité sont des exemples clairs de censure sociale et étatique envers des gens contrevenant à la norme établie.

Regardons maintenant à droite. Il semblerait que les politiciens de cette branche idéologique aient horreur de la critique à leur égard. Leur censure s’exprime surtout lorsqu’ils sont mis en cause directement. L’attitude obscurantiste de Stephen Harper envers les journalistes, la tentative d’interdiction d’une poupée vaudou à l’effigie de Nicolas Sarkozy par le principal intéressé, la concentration des médias par Silvio Berlusconi ainsi que la tentative de certains tenants de la droite américaine de faire taire Paul Krugman après la deuxième élection de Bush démontre un mépris latent du droit d’autrui à la critique. Si la gauche ne tolère guère que l’on critique son idéal, la droite ne supporte pas que l’on attaque ses représentants.

Des deux menaces, une est bien pire. Soumettre la liberté d’expression à un idéal est suicidaire.

Les idées sont plus permanentes, elles survivent aux hommes qui les ont imaginées et propagées. Le capitalisme a survécu à Adam Smith et la psychanalyse, à Freud. Les idées et les idéaux ne meurent pas si simplement. Les individus oui. Soumettre la liberté d’expression à un idéal, c’est accepter sa mort au nom d’une vérité sclérosée. Si elle est soumise aux caprices d’un individu, il y a toujours l’espoir de voir ce dernier partir avec ses méthodes obscurantistes.

À court terme, la droite semble toujours plus menaçante, puisqu’on en voit les effets. Or, la gauche, à long terme, est la vraie menace puisqu’elle considère qu’une vérité doit être mise en place et devient ainsi immuable. Or, aucune vérité ne l’est. N’acceptons pas l’inertie intellectuelle. Critiquons.

 
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