La Révolution Verte n’a rien de rose
16 mars 2010
En juin 2009, l’élection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence iranienne a donné lieu à des torrents de protestations. Presqu’un an après, qu’en est-il du mouvement de la Révolution Verte?

Têtes d’affiche du mouvement, Mir Hossein Moussavi, Mohammad Khatami et Mehdi Karroubi se sont associés pour mener la Campagne Verte –le vert étant le symbole de l’Islam et de l’espoir. Derrière ces porte-étendards, beaucoup d’analystes s’entendent pour dire que la vraie force du mouvement émane de la société civile, en l’occurrence, les étudiants, le mouvement des femmes et les intellectuels. Invitée à l’Université de Montréal dans le cadre de la conférence La société civile iranienne: de la graine au fleurissement, la doctorante en sociologie et anthropologie à l’Université d’Ottawa Hanieh Ziaei fait le point sur la vague verte qui a bouleversé le pays il y a un an.

Dans un régime autoritaire où la répression est monnaie courante, qu’est-ce qui peut encourager la société civile à sortir dans la rue malgré les risques? Les pressions sociales et économiques y seraient pour beaucoup, affirme Hanieh Ziaei: ,le haut taux de chômage –la moitié des 200 000 universitaires qui graduent chaque année resteront sans emplois– la censure et les restrictions d’accès à certains sites internet et comptes courriels sont autant de catalyseurs du mécontentement citoyen. D’un autre côté, la moitié de la population de l’Iran a moins de 30 ans. Un poids démographique non négligeable compte tenu du dynamisme des mouvements étudiants, a fait remarquer Hanieh Ziaei. De plus, «le rôle des femmes est de plus en plus important», ajoute-t-il «elles s’émancipent, sont les plus nombreuses dans les universités, s’organisent et revendiquent leurs droits».

L’insatisfaction générale devant les résultats électoraux a engendré une mobilisation citoyenne à grande échelle contre ce que la communauté internationale s’accorde à qualifier de régime pseudo-démocratique. Il existe toutefois un manque d’organisation de la part des jeunes mouvements radicaux qui sont réprimés et non unifiés. De plus, l’inexistence d’une quelconque présence diplomatique externe agissant comme moniteur des élections ne leur facilite pas la tâche, contrairement au cas de l’Ukraine et de la Révolution Rose en Géorgie. Selon Farzan Sabet, étudiant de McGill d’origine iranienne, «c’est la raison pour laquelle un nombre croissant de personnes en sont venues à croire que le Mouvement Vert, comme d’autre récents mouvements de la Révolution de Couleurs est voué à l’échec. Mais cela ne veut pas nécessairement dire la fin du mouvement anti-gouvernemental, nuance-til, mais plutôt la transformation potentielle vers un mouvement dans une forme plus radicale et militante.»

Le Corps d’Armée des Gardes Révolutionnaires Islamiques (The Islamic Revolutionnary Guards Corps – IRGC), qui compte plus de 125 000 gardes, constitue la puissance dominante de l’économie et du marché noir en Iran. Le Corps d’Armée opère en partie à travers les «bonyads», semblants de fondations charitables qui sont en fait des corporations à but lucratif. Les analystes estiment qu’ils représentent en fait un à deux tiers du produit intérieur brut de l’état, soit des dizaines de milliards de dollars. De plus, Ahmadinejad leur offre un soutien actif. «Leur monopole sur l’économie et leur grand pouvoir de répression nuisent considérablement à la capacité de la société civile à s’organiser, à se mobiliser et à manifester», note Farzan Sabet.

Que la révolution soit verte ou pas, elle ne risque pas d’être rose…Une transition douce et paisible ne semble pas être à envisager pour l’Iran. Tensions exacerbées et possible conflit à l’horizon? Le progrès de la société civile reste à suivre.

 
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