Attendre Nessy
26 janvier 2010
Le jeune artiste et écrivain montréalais Steve Lyons présente sa première exposition, Loch Ness, au Centre des arts actuels Skol.

Entrer dans la galerie Skol, au troisième étage de l’édifice Belgo, provoque d’abord perplexité et surprise. Un amoncellement de débris –rebuts de cartons, morceaux de bois, draps, farine et ruban à gommer– recouvre le sol alors que l’éclairage tamisé introduit l’observateur dans une ambiance propice au mystère et à la réflexion. Au fond de la petite pièce carrée, un téléviseur est allumé; il affiche l’image de l’amas de matériaux filmé par une caméra située à droite de la pièce. Toutefois, l’image à l’écran représente étrangement un observatoire scientifique à flanc de montagne, près d’un lac. Voilà la première surprise du visiteur: l’écart considérable entre ce qui se trouve dans la pièce et ce qui est à l’écran.

Sur l’image se trouvent deux individus debout sur le quai de l’observatoire. Ils sont penchés sur une longue-vue géante et portent leur regard au loin vers le lac qui s’étend devant eux. Cette image en noir et blanc reproduite sur le téléviseur est la copie presque identique d’une photographie qui se retrouve dans The Monster of Loch Ness, un livre du biologiste de l’Université de Chicago, Roy P. Mackal publié en 1976.

Steve Lyons explique que l’idée de son exposition vient du titre de cet ouvrage scientifique. La photographie dans ce livre est celle de deux hommes qui attendent patiemment une quelconque manifestation de Nessy, le monstre du Loch Ness. Steve Lyons s’intéresse-til à la biologie? Pas vraiment. Toutefois, selon l’artiste, l’attente des deux scientifiques sur la photo du livre est similaire à la sienne; lui aussi travaille docilement sur son projet sans en connaître le résultat futur.

Lyons parle du monstre du Loch Ness comme d’une métaphore de la place qu’occupe le public dans l’art contemporain. Il considère celui-ci comme faisant partie intégrale de son oeuvre d’art autant par sa réception que par sa participation active. Ainsi, il encourage les visiteurs à se déplacer dans son installation afin de se retrouver au coeur même de l’oeuvre, Loch Ness occupant la majeure partie de l’espace dans la galerie. Il peut alors se voir lui-même sur l’écran du téléviseur, comme une composante de l’image.

Deuxième surprise: l’observateur comprend qu’il participe à l’image et que s’il bouge ne serait-ce qu’un des bouts de bois qui jonchent le plancher, celle-ci en serait changée. Son intervention donnera donc un tout autre aspect à l’oeuvre de Steve Lyons. Mais une question persiste. Comment Lyons a-t-il pu, à partir de débris à même le sol, reproduire une photographie du début du 20e siècle?

L’artiste explique que l’image est en fait une illusion créée par la perspective. C’est le positionnement des objets sur le sol qui forme cette représentation d’un observatoire à flanc de montagne.

Nessy existe véritablement puisqu’il réside dans l’illusion, dans le désir persistant que les biologistes avaient de voir le monstre. Lyons considère son art ainsi, comme une volonté de percevoir quelque chose d’inattendu à travers des matériaux qui, seuls, ne produisent aucun effet artistique.

Dans Loch Ness, Lyons réussit à rendre l’espace dynamique et à le sculpter. La pertinence de l’exposition résidant dans l’importance accordée à l’imagination de l’observateur, cette installation changera véritablement la façon dont il peut entrer en contact avec une oeuvre d’art.

 
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