Billet de scalper
12 janvier 2010
J’aime la fondue chinoise à la viande équine

Il y a peu de choses aussi savoureuses dans la vie que lorsque des sportifs prennent position politiquement. Lorsque Georges Laraque, le cogneur version géante du Canadiens (sic), s’émeut devant le sort des animaux (Georges et ses 245 livres sont végétaliens), il est grand temps de se dire: «Ouin, c’est pu ce que ça’ déjà été!». Parce que certains athlètes professionnels ont parfois posé des gestes courageux, pris des positions politiques admirables, ont risqué leur carrière pour des causes et des idéaux.

La palme revient sans doute à John Carlos et Tommie Smith, qui, en 1968, du haut du podium olympique à Mexico, tendirent un poing levé et ganté des Black Panthers. Leur histoire est magnifique, tout comme la disgrâce que leur geste leur apporta au sein de la communauté des athlètes. Notons que Peter Norman (l’autre gars, le Blanc) a aussi manifesté sa solidarité sur le podium pour se faire ensuite kicker out de l’équipe d’athlétisme australienne. Or, pour répéter l’exploit de ces athlètes, Laraque devrait monter sur un podium. Il semble plutôt être sur le bord de se faire mettre dehors du Canadiens, donc pour le poing levé on repassera.

Muhammed Ali est célèbre pour son refus de participer à la guerre du Vietnam. Interrogé sur ses motivations, il aurait déclaré : «I ain’t got no quarrel with them Viet Cong… They never called me nigger.» Dans les dents! La liste pourrait s’allonger: le footballeur et demi-dieu argentin Diego “Cocaina” Maradona est au front de la lutte révolutionnaire en Amérique latine (il s’est d’ailleurs fait tatouer le Che sur une épaule). Parlant de tatouages, Mike Tyson a aussi un signe marquant: le visage du Camarade Mao sur son épaule droite. Plus mystérieux qu’inspirant disons. Magic Johnson a quant à lui contribué à changer la perception que la population avait des victimes du VIH en faisant un coming-out dès 1991 en rendant public son statut de séropositif. Remarquable.

Mais qu’est-ce qui manque à cette liste? Les femmes. Car, à ceux et celles qui s’évertuent à proclamer que l’égalité est arrivée, que la lutte féministe est dépassée, je vous invite fortement à lire cette nouvelle. L’Associated Press a fait connaître ses finalistes pour le titre d’athlète féminine de l’année 2009. La gagnante: Serena Williams. Bravo à elle. Ce qui est par contre INCROYABLE, c’est la personne qui a obtenu la deuxième place.

Zenyatta, née le 1er avril 2004 au Kentucky a effectivement connue une brillante carrière. Elle est notamment demeurée invaincue en quatorze courses. Mais Zenyatta est un CHEVAL! Une jument pour être exact. À titre de jument elle se qualifie donc pour le titre d’athlète féminine de l’année… Ça ne s’est pas passé il y a 40 ans, à l’époque où selon certains «la cause féministe était justifiée», mais il y a deux semaines. En fouillant ma mémoire (et les internet) pour trouver des femmes athlètes ayant pris position politiquement j’ai eu extrêmement de difficulté à faire une liste. Mentionnons quand même: Jackie Joyner-Kersee, une pionnière de l’athlétisme et de la place des femmes dans le sport. Manon Rhéaume aussi, comme gardienne de but. Les tenniswomen Billie Jean King (qui n’a malheureusement aucun rapport avec Michael Jackson) et Martina Navratilova ont courageusement fait connaître leur homosexualité et milité pour les droits des lesbiennes.

Pourquoi une aussi courte liste? Peut-être parce qu’une jument est considérée comme la deuxième meilleure athlète féminine de l’année. Comment voulez-vous que les sportives prennent position publiquement pour des causes controversées si elles sont en compétition avec le règne animal? Demandons à Big Georges? Ha non, entre deux publicités il est occupé à sauver les animaux.

 
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