Le Bâton
17 novembre 2009
Y’a un fou qui sniffe ta ligne de vie

L’été dernier, alors que je travaillais à temps plein dans un magasin de records, il m’est venu à l’idée d’écrire Les carnets d’un accoté, une histoire lassante sur les banalités hyper subjectives de mon quotidien derrière un comptoir. Malgré l’avortement presque immédiat de mon projet, j’ai cru pertinent de vous faire part d’une anecdote assez récente qui aurait pu se retrouver parmi les pages de mes carnets; une pause style collation-santé meets bouillon de poulet pour l’âme.

Remettons-nous en contexte. Il est 18h, il fait encore assez chaud pour espérer ne pas avoir à contracter les muscles de son cou lorsqu’on marche face au vent, et Falardeau est encore parmi nous. Je porte des jeans bleus percés à la hauteur hum…correcte, juste assez pratique pour jouer des parties de pocket pool dans les moments d’ennui endémique. Non, c’est une blague…je suis incorrigible… je suis aux bonnes manières ce que Jacques Demers est à la lecture (rires en boîte et serpentins). N’empêche qu’un peu d’action ne pouvait me faire de mal à trois heures de la fermeture de la voûte aux gros disques noirs.

Surgissent alors deux individus arborant une dégaine nocturne inopportune dans un contexte si diurne –la description la plus réaliste que je puisse en faire est sans doute qu’ils offraient un tableau digne de Laurel et Hardy, mais version qui sent le Adidas Move et qui se tient au Saint-Sulpice depuis que la dernière coupe Stanley est passée par Montréal. Appelons-les Lycra et Hardcore Gamer. Bon, les deux guenilles entrent dans le magasin, Lycra transpire à grosses goûtes sa pizza (cri***ment) classe de la Piazzetta et Gamer touche à tout d’une manière professionnellement saumâtre.

Je remarque que les deux sont d’une humeur assez sanguine, ce qui transparait dans leur body language qui m’épelle en caractère gras: «Chaque fois qu’on boit, on tente de ramener des filles, mais on finit toujours ensemble même si on n’est trop pas feuf ». J’ai soudainement un haut-le-coeur car Gamer vient de m’apostropher en me disant: «Man, t’as-tu de l’électro, mais tsé plus du dance… tsé, pour danser.» Moi de répondre avec mon index: «Par là, pis fais donc pas tes besoins dans le magasin.» Tout content de l’attention qu’il reçoit de la part du mâle alpha de la place (j’étais seul), Gamer insiste pour que je lui choisisse sa bébelle et accentue le fait qu’il se sacre de la musique, qu’il n’a pas de table tournante et qu’il veut juste entendre du beat car c’est comme une drogue pour lui –moi, je pense à ma mère et je me souviens que j’étais si à l’aise en position foetale. Je prends n’importe quel objet circulaire et je le pose sur la platine du magasin, car fiston (alias Gamer alias Je porte encore un bracelet Lance Armstrong) veut danser.

Lycra sort alors une liasse de billets et m’offre de me payer pour entertainer son ti-nami avec qui il s’adonne aux plaisirs du pocket pool, je décline poliment pendant que Gamer s’excite –et que je l’imagine en train de se secouer le bandit à bâbord et à tribord pour faire rire l’autre. Gamer décide d’acheter le maxi, même si son copain lui explique qu’il ne possède même pas de platine.

J’entame le processus de facturation et j’entends snifffffffffffffffffff sniffffffffffffffffff. Je lève la tête et je vois les deux énergumènes en plein plongeon dans un petit sac rempli de sucre qui empêche de dormir.

Je n’ai même pas le temps de m’écrier the horror, the horror, qu’ils sont déjà en route vers le Saint- Sulpice pour une autre nuit qui finira à grands coups de je t’aime dans le ça pue.

 
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