La charité selon Bernard Émond
10 novembre 2009
La Donation, le plus récent film de Bernard Émond, clôt la trilogie amorcée en 2005 par La Neuvaine et suivie de Contre toute espérance en 2007.

Présenté an août dans le cadre du festival de Locarno, en Suisse, La Donation s’est mérité le prix Don Quichotte, remis par la Fédération internationale des cinéclubs, le 2e prix du Jury Jeunesse et le prix Qualité et Environnement. À l’affiche au Québec seulement de puis le 6 novembre, le film a reçu un accueil plutôt chaleureux de la part de la critique. On y raconte l’histoire de Jeanne Dion (Élise Guilbault), médecin dans un service d’urgences à Montréal, qui quitte la ville pour remplacer Yves Rainville (Jacques Godin), le seul médecin d’une petite communauté de l’ouest de l’Abitibi, Normétal. La Donation prend comme thème central la charité: l’amour que portent les hommes à Dieu, l’amour que ce dernier leur porte, l’amour que les hommes partagent entre eux. La totalité des images sont filmées dans Normétal pendant la période automnale.

Si Bernard Émond campe l’action de son film en campagne, c’est pour l’opposer à la réalité urbaine. Cette dichotomie, évoquée dès les premières images, donne à l’éloignement une connotation positive. Cependant, plutôt que de faire l’apologie de la ruralité, Bernard Émond utilise la campagne comme un décor propice à illustrer la condition humaine. Finalement, la seule véritable distinction entre les deux univers tient à la proximité entre le médecin et ses patients, forcément plus grande à Normétal que dans les salles d’urgence montréalaises.

La Donation est traversée par de multiples oppositions binaires: la jeunesse et la vieillesse, la femme et l’homme, le physique et le psychologique, la vie et la mort, l’eau et la terre, la pluie et la neige (opposition implicite mais majeure), les professions libérales et manuelles, la foule et la solitude, la mécréance et la foi, la parole et le mutisme, l’éloignement et la proximité. La mort se pose également comme un thème dominant. Omniprésente dans le film, elle est la fin de toutes les douleurs et les souffrances qui dé- finissent, dans le film d’Émond, la pénible condition humaine. L’état éphémère et fragile de l’humanité se trouve atténué par l’amour, voire même le devoir universel, du don de soi. Entrer en contact avec l’autre, dans La Donation, devient un acte dont seul le médecin est capable, parce que doté d’une générosité et d’une bonté profondes.

Bien que le film prenne la finitude de l’existence humaine comme moteur et fil du discours cinématographique, son écoute ne comporte aucune lourdeur. La fixité et la lenteur des scènes, la froideur des couleurs et l’obscurité des personnages –-dont on n’approfondit jamais la biographie–- confèrent au film une extrême lucidité et empêchent toute sentimentalité gratuite.

La Donation est une métaphore visuelle où le mot fait place à l’image, où la parole se trouve remplacée par un mutisme total et assourdissant qui a comme finalité l’espérance et la foi.

 
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