Joies et misères de l’adolescene
3 novembre 2009
Dans Les beaux gosses, Riad Sattouf présente avec doigté la vie de deux jeunes français dans la jungle sociale du collège.

Hervé (Vincent Lacoste), lycéen boutonneux et pas spécialement épanoui, partage le rôle de bouc émissaire de l’école avec son meilleur ami Camel (Anthony Sonigo). Entre la masturbation, le rap américain et les devoirs terminés le matin dans le bus, le monde d’Hervé bascule lorsqu’Aurore, une jolie fille populaire, s’intéresse à lui. Synopsis éculé? Pas du tout. Le réalisateur Riad Sattouf, connu outre-Atlantique comme le créateur de la série bande dessinée Pascal Brutal, réussit à donner une réelle épaisseur aux personnages des Beaux gosses, sans jamais tomber ni dans la lourdeur ni dans le rire gras. Les péripéties se succèdent, les personnages secondaires se révèlent succulents. C’est le cas de la mère d’Hervé (Noémie Lvovsky), une dépressive rondelette et haute en couleurs dont la franchise n’a d’égal que la constance avec laquelle elle taquine son fils à propos de la masturbation. Les enseignants du lycée sont également succulents, que ce soit le prof de français, romantique aux longs cheveux noirs ou le prof de science neurasthénique, les stéréotypes prennent toute leur réalité et ne franchissent pas la frontière ténue qui les sépare du cliché de pacotille. Du côté des personnages principaux, on est très loin des adolescents de films américains et, plus étonnant, assez près de la réalité des jeunes de 14 ans et de ses angoisses, avec les grands mystères du sexe opposé et les hormones.

Le film réussit à surprendre et à faire rire, et s’avère un petit bijou de divertissement. Vincent Lacoste et Anthony Sonigo jouent juste, en forçant parfois le ton mais jamais de façon impardonnable. Les mimiques et la gestuelle des acteurs sont un ressort comique tout aussi important que les dialogues, que l’argot rend encore plus crus. On remarque avec délices la crédibilité de la distribution, les acteurs ni trop beaux ni trop vieux, qui rendent enfin un semblant de réalisme à l’adolescence au cinéma.

Première incursion de Riad Sattouf dans le septième art, Les beaux gosses transpose au cinéma l’univers du Manuel du puceau et autres créations bédéistiques autour des mêmes thèmes. Les situations cocasses, les malentendus et les réparties inattendues ne manquent pas de surprendre et de provoquer la franche hilarité des spectateurs. Si Sattouf en est à ses premières armes au cinéma, ses expériences passées on certainement développé chez lui un sens du ton et du dialogue exceptionnel.

On n’oserait espérer un accueil aussi enthousiaste ici que chez nos cousins, l’accent et l’univers de Sattouf nous étant moins familiers, mais on souhaite à tout le moins que le film provoque la curiosité des cinéphiles… et leurs rires.

 
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