Splendeurs et misères du poète

Nelligan redonne vie au poète sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde.

Courtoisie du TNM/Jean-François Gratton

En cette saison de neige et de froid, comment ne pas penser aux premiers vers du célèbre poème de Nelligan : « Ah ! comme la neige a neigé ! / Ma vitre est un jardin de givre » (tirés de « Soir d’hiver », Œuvres poétiques complètes I : Poésies complètes 1896–1941). C’est en 1988 qu’André Gagnon, passionné de l’enfant terrible de la poésie québécoise, a l’idée de mettre en musique son écriture lyrique aux images à la fois sombres et lumineuses dans un opéra. Il propose alors à Michel Tremblay d’écrire le livret. Premier opéra québécois sur un personnage québécois, l’œuvre est créée en 1990 en version orchestrale au Grand Théâtre de Québec dans une mise en scène d’André Brassard. En 2010 et 2012, l’opéra est monté par Normand Chouinard avec un nouvel arrangement pour deux pianos et un violoncelle d’Anthony Rosankovic. Trente ans après sa création, le metteur en scène revisite cet opéra de chambre en gardant le même arrangement. L’œuvre raconte le destin tragique du poète, de la jeunesse des premiers poèmes à la vieillesse de l’internement. Le vieux Nelligan, seul avec ses fantômes dans sa chambre de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu, institut psychiatrique, se remémore son passé sous la forme de scènes où interagissent les gens de son entourage.

Un jeu rempli d’émotion

Si la distribution réunit des comédien·ne·s et des chanteur·euse·s en formation et donc des voix de niveaux inégaux, tous·tes parviennent à incarner leurs rôles et à transmettre des émotions fortes et authentiques avec brio. L’interprète de Nelligan jeune, Dominique Côté, représente avec justesse l’exaltation et la détresse cohabitant chez le poète. Kathleen Fortin, qui incarne la mère de Nelligan, réussit à communiquer parfaitement le désespoir d’une mère ne reconnaissant plus son enfant qui lui échappe, qui se sent simultanément impuissante et remplie d’une volonté de le protéger. Son jeu tend toutefois vers l’exagération à quelques reprises. La voix de Marc Hervieux, qui joue à la fois les rôles de Nelligan vieux, de la conscience du jeune poète et d’un chœur, manque de force. On peut cependant attribuer cette faiblesse à son interprétation de l’épuisement moral et physique du poète causé par la maladie mentale, les traitements et l’alcool.

La mort du poète maudit

Si les costumes du poète et de sa famille, fidèles à la mode de l’époque de Nelligan, sont d’abord dans des tons clairs, ils deviennent rapidement noirs pour illustrer le basculement de la pureté à l’obscurité de l’esprit du poète maudit et la mort de l’enfant et du poète par la maladie. Bien que ce soit la vie de Nelligan qui soit racontée dans l’opéra éponyme, c’est le destin de plusieurs artistes souffrant de maladie mentale venu·e·s avant et après lui qui est relaté, souvent victimes de l’incompréhension et du mépris de leur famille et de la société, mais qui se battent pour leur art.


Nelligan sera joué au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 16 février 2020.


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