La pause culturelle
27 octobre 2009
Le théâtre, un art ou un divertissement?

On voit souvent le théâtre comme un art élitiste réservé aux biens nantis de la société. Dans une certaine mesure, cela n’est pas faux. Qui peut bien se permettre d’aller au théâtre régulièrement? Vous le devinez donc, une bonne partie du public du théâtre est formé de gens en moyens, qui s’y rendent la plupart du temps pour se faire voir ou pour assister à un divertissement haut de gamme, rien de moins. À ce sujet, je ne vous apprends rien. Seulement, la question du divertissement dans l’art a de quoi troubler. Alors que le cinéma, surtout lorsque hollywoodien, ne cache pas son côté «pur divertissement», le théâtre chevauche malaisément entre sa vocation artistique et la nécessité de divertir.

Faisons une mise en situation pour mieux comprendre le tout. Le spectateur se rend au théâtre, débourse quelque 20$ –si ce n’est plus– pour voir une pièce qu’il ne connaît souvent que de nom. Cette pièce est une reprise d’un grand classique qui a été adapté au point où le tragique (par exemple) de l’histoire a été mis de côté pour faire place à une mise en scène de béton qui ne laisse personne indifférent. Tout y est: le jeu des acteurs époustoufle, les décors et les costumes font briller les regards et le scénario, grâce aux quelques modifications apportées, est désopilant. La pièce est une réussite complète: le spectateur sort de la salle enchanté. La question que je me pose est celle-ci: le résultat aurait-il été aussi divertissant si on avait gardé le tragique dans la pièce? Mais qui peut bien s’intéresser au fait que la complexité de la pièce ait été mise de côté alors que les gens qui ont assisté à la représentation n’allaient y chercher que du divertissement?

On peut réduire la question au simple fait que nul art ne peut survivre s’il ne divertit pas, mais la réponse est en fait à la fois complexe et évidente. On prend pour acquis que la plupart des institutions artistiques bénéficient de subventions gouvernementales, pourtant, ce n’est pas le cas pour plusieurs d’entre elles. Les théâtres et les troupes qui n’ont pas la chance de vivre de subventions du gouvernement se voient donc dans l’obligation d’élaborer une recette qui vendra, quitte à laisser de côté ce qui pourrait être trop audacieux, contesté ou lourd à certains endroits pour le spectateur. On veut du bonbon, quelque chose qui plaira à coup sûr. Un art aussi noble que le théâtre doit donc, lui aussi, tendre vers la «prostitution sociale» pour survivre. Doit-on maintenant s’informer de la provenance des fonds d’une troupe de théâtre au même titre que de la mise en scène pour savoir à quoi s’attendre?

Il faut noter que la question que je soulève ici s’applique surtout aux oeuvres que l’on reprend, que l’on adapte. Imaginez alors la situation des jeunes dramaturges qui tentent de créer quelque chose de novateur, au risque de choquer. Les portes leur sont-elles automatiquement fermées? C’est là qu’interviennent, heureusement, les organismes subventionnés par le gouvernement, pour le bienêtre de tous… et de l’art dramatique. Souhaitons que les institutions théâtrales et les différentes troupes continueront de bénéficier de cette aide qui leur donne la liberté de créer. Amateurs de théâtre, restez à l’affût et informez-vous. Et puis redonnez-moi-en donc des nouvelles.

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Quelques propositions de sorties théâtre pour la semaine :

Le Groupe de poésie moderne présente jusqu’au 31 octobre prochain De l’impossible retour de Léontine en brassière, dans la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’Aujourd’hui. Allez voir la vidéo de la troupe sur le site du Théâtre d’Aujourd’hui pour vous donner une petite idée: www.theatredaujourdhui.qc.ca

Scotstown effectue un retour à la Licorne du 27 octobre au 7 novembre. Pour ceux qui avaient manqué la pièce l’an dernier, vous avez maintenant la chance de vous reprendre et de voir cette pièce écrite, mise en scène et interprétée par Fabien Cloutier: www.theatrelalicorne.com

Le Théâtre Agitato présente jusqu’au 28 octobre à la salle Fred- Barry du Théâtre Denise-Pelletier Le Projet Laramie, tiré de l’histoire vécue de Matthew Sheppard, un jeune homosexuel battu à mort en 1998. Pour plus d’information, voyez le film du même titre, et visitez le www.denise-pelletier.qc.ca

 
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