Féminisme à trois voix
6 octobre 2009

Comment doit-on réagir en 2009 lorsqu’on voit des femmes se faire souffrir ou même se tuer parce qu’elles n’ont pas le sentiment de suffire dans une société superficielle où la perfection n’est rien de moins que le mot d’ordre? Les événements des dernières semaines relancent le débat; que ce soit le suicide de Nelly Arcan, préoccupée à l’extrême par la perfection physique, ou encore la question de l’avortement, malheureusement encore actuelle et contestée. Si la dénonciation des standards de beauté dans le monde occidental et la crainte de l’interdiction de l’avortement n’ont rien de nouveau, on peut néanmoins se demander pourquoi le féminisme n’a pas su assurer sur ces plans. Pourtant, le féminisme n’est pas né de la dernière pluie et n’est pas même près de se liquéfier; notre époque est même considérée comme en vivant la troisième vague du moins au Québec.

À l’instar de nos mères et de nos grands-mères qui tiennent à ce que l’on n’oublie pas les luttes du passé, nous sommes en mesure de nous demander quelle est la place des femmes d’aujourd’hui, celles à qui on promet l’égalité entre les sexes depuis la tendre enfance, celles qui, aux dires de certains, n’ont jamais combattu pour obtenir ce qu’elles ont. Bien que sensibilisées à la cause féministe depuis l’enfance, les jeunes femmes d’aujourd’hui s’identifient-elles pour autant comme féministes?  Malheureusement, pour certaines, l’image de la féministe n’a rien de reluisant et ne cadre surtout pas avec les réalités de la société actuelle, comme en témoigne le sempiternel «Je ne suis pas féministe mais…» Mais peu importe les conceptions sociales du féminisme, c’est surtout au point de vue personnel qu’il est intéressant d’étudier la question, de voir les choix que les femmes font réellement au quotidien.

Étant toutes étudiantes à l’université à divers niveaux, on ne peut que constater que la question du féminisme est de plus en plus pertinente et nécessaire au fur et à mesure que l’on gravit les échelons de la scolarité et du milieu du travail. Toutes les portes ont apparemment été ouvertes pour nous dans les décennies passées, est-ce alors la raison pour laquelle les femmes se sentent le besoin d’être non seulement les égales des hommes mais de les surpasser? Alors que la femme qui se maquille et revêt robe et talons hauts peut être perçue comme une femme soit qui s’affirme, soit qui est soumise au regard de l’homme, où doit-on fixer la frontière? Pourquoi les femmes ressentent-elles toujours ce besoin de convenir à un moule? Serait-ce pour se donner une contenance ou alors pour se rassurer dans leur identité? Pourtant, il est impossible de convenir à un seul moule lorsque la femme parfaite d’aujourd’hui la femme qui a réussi doit remplir de multiples rôles, et bien le faire, pour se réaliser pleinement. Malheureusement, malgré deux vagues de féminisme avant nous, force est de constater que les femmes se sentent toujours forcées à correspondre à un idéal imposé. Est-ce qu’une femme trahit les générations passées, celles qui ont lutté, lorsque qu’elle décide de rester à la maison pour élever ses enfants? Est-elle l’égale de l’homme et des ses collègues féminines?  La question se pose en sens inverse: une femme qui retourne au travail avant la fin de son congé de douze mois est-elle considérée comme une mère digne de ce nom?

La guerre des sexes est peut-être chose du passé, mais le féminisme actuel, bien qu’il ne doive plus se définir par opposition aux hommes, a toujours une utilité et plus d’une, celle de répondre aux enjeux de ce siècle afin que les femmes (et pourquoi seulement les femmes?) ne ressentent plus le besoin de se voir à travers un idéal-type de perfection. La complexité du féminisme a même tendance à semer le conflit entre les femmes plutôt qu’à les unir: qu’y a-t-il donc pour les femmes et les féministes en ce début de millénaire? La question est ouverte.

 
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