Politi.com
15 septembre 2009
Internet, un ami qui vous veut (pas toujours) du bien

En ce qui concerne notre façon de faire de la politique, il est impressionnant de voir à quelle vitesse les moeurs changent. Alors qu’il y a encore cinq ans, un politicien lançait son coup de gueule en écrivant une tribune dans les pages «opinions» d’un journal, aujourd’hui, il lui suffit d’écrire 140 caractères depuis son téléphone portable sur son compte Twitter, et le message circule tout aussi bien, si ce n’est plus vite! Le monde dans lequel nous vivons a clairement basculé vers un univers tout autre depuis la création et la popularisation de l’Internet. Maintenant, à chaque fois que j’ai un doute ou que je veux me renseigner, j’ai le réflexe de me tourner vers Google pour trouver réponse à mes questions, comme le font bien d’autres. Et cette tendance à consulter des sources électroniques générales va sûrement s’accroître : puisque l’Internet ayant aussi modifié les habitudes des annonceurs et des consommateurs, pas moins de 105 journaux ont fermé aux États-Unis en 2009, éliminant 10 000 emplois de journalistes du même coup. Ces journaux ont été remplacés par des sites d’information participatifs, des blogues, des comptes Twitter ou autres sites d’information rassembleurs tels que le Drudge Report.

En termes de politique, l’avènement de l’Internet n’a pas seulement changé le support à travers lequel nous captons l’information: ce nouveau média a également bouleversé le contenu même de l’information politique que nous recevons aujourd’hui. Auparavant, un véritable rideau séparait la politique telle quíelle était perçue par l’opinion publique de la véritable politique vue des coulisses ; aujourd’hui, cette séparation n’est plus aussi claire. Autrefois, la relations qu’avaient les citoyens avec leurs politiciens se limitait aux allocutions publiques, aux interviews avec les médias et aux commentaires que pouvaient émettre les journalistes dans leurs tribunes d’expression ; avec l’Internet et le téléphone portable, tout ceci a changé. Par exemple, si demain une figure politique fait un commentaire un peu déplacé quelque part et qu’il est filmé par téléphone portable, le lendemain, la vidéo se trouve sur l’Internet, mettant du même coup cette personnalité sur la sellette. C’est ce qui est arrivé à Van Jones, conseiller à la Maison Blanche, qui a dû démissionner après que son commentaire intempestif à propos des membres républicains du Congrès s’est retrouvé sur YouTube. Comme le dit le philosophe Alain Finkielkraut, avec les nouvelles technologies, nous entrons de plus en plus dans l’ère «de la démocratie du trou de serrure», où tous les faits et gestes de nos politiciens sont enregistrés.

Cette augmentation de la disponibilité de l’information et de l’importance de líopinion publique finit par renforcer la responsabilité des politiciens auprès des citoyens. Mais comme toute bonne chose, la liberté qu’offre l’Internet par rapport à la circulation de l’information et à l’expression de tout un chacun peut aussi devenir un danger. Il est par exemple difficile pour un groupe politique de soutenir une ligne politique stricte si le poids d’une opinion fluctuante le menace en permanence et lui ôte toute marge de manœuvre. De plus, trop de liberté peut offrir aux moins scrupuleux la possibilité d’utiliser ce média à des fins manipulatrices.

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L’Internet n’est pas toujours l’outil démocratique libérateur qu’il semble être, et c’est cette relation ambiguë que peut avoir la politique avec l’Internet qui sera le thème central de ma chronique. L’Internet est partout dans nos vies; il est donc temps de mieux le comprendre.

 
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