Astrologie et boule de gomme
17 février 2009

Pour les Sceptiques du Québec, et pour un de ses porte-paroles, Denis Hamel, l’astrologie relève sans équivoque de la croyance, et perd même de vue ses principes d’origine. «Un peu comme une voyante lisant l’avenir dans les feuilles de thé, quoique maintenant, il n’y a plus de feuilles!»

Denis Hamel est depuis peu retraité en tant qu’adjoint de recherche et soutien logistique au Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Il est maintenant, entre autres occupations, porte-parole pour les Sceptiques du Québec. Il a terminé une série d’articles sur Les Grands esprits manipulés par les astrologues. L’un d’entre eux est d’ailleurs paru sous les presses du Skeptical Inquirer.

Denis Hamel précise que l’astrologie trouve entre autres ses origines dans l’Égypte ancienne. On a d’abord associé à tort, affirme-t-il, les crues du Nil aux levers de l’étoile Sothis, maintenant Sirius.  Cette coïncidence temporelle a laissé croire à un lien de cause à effet, qui fut ensuite extrapolé en une influence astrale sur le comportement des hommes.

Or, la science a progressé depuis. En moins de trois siècles, «elle nous a donné la théorie de la relativité, les quantas, les forces nucléaires fortes et faibles, l’ADN, et trois nouvelles planètes.» Les croyances astrologiques, quant à elles, sont immuables. Leurs bases, jetées au deuxième siècle par Ptolémée, ont très peu évolué pendant près de 2 000 ans, en l’absence d’Uranus, de Neptune et de Pluton. Toutefois, cette inflexibilité a pour conséquences «de multiples incohérences».

D’abord, l’astrologie ne rend pas compte des calculs qu’astronomes et scientifiques ont faits quant au mouvement lent de l’axe de rotation de la Terre, assimilable à celui d’une toupie. Mieux connu sous le nom de «précession des équinoxes», le phénomène a pour conséquence de décaler lentement la position des étoiles par rapport à un même moment et ce, d’une année à l’autre. Ainsi, un être qui naît à l’équinoxe du printemps aujourd’hui se verra attribuer le signe astrologique du Bélier, alors que le soleil est devant la constellation des Poissons. «On assiste au décalage de l’équivalent d’un signe astrologique approximativement tous les 2000 ans; et les astrologues n’en tiennent pas compte.»

Un astrologue rétorquera que le zodiaque est avant tout saisonnier et que le Bélier symbolise la force du printemps et la nature à son réveil, qu’il y ait décalage ou pas. Or, «il y a inversion des saisons pour l’Hémisphère sud, et à Buenos Aires, un 21 mars, c’est le début de l’automne!»

Denis Hamel tient la note: il rappelle que la science n’a qu’une seule voix. «Il n’existe pas une chimie chinoise, sans fer ni plomb, et une française, sans oxygène ni carbone.» Comment l’astrologie peut-elle inclure une branche chinoise et une autre occidentale?

Il renchérit en soutenant que l’attribution de certaines vertus à différents signes est «une sinistre farce». On a d’abord conféré au signe astrologique du Bélier les attributs masculins, puisque c’est le premier de l’année. Puis, on a choisi d’attribuer alternativement les vertus de la femme et de l’homme aux autres signes. «On se retrouve ainsi avec un Taureau féminin. Qu’y- a-t-il de plus masculin qu’un taureau? Le classement des signes selon certains critères est absolument arbitraire.»

Crédulité

Les Québécois sont-ils sceptiques? «Une grande partie des gens croient en l’astrologie et les sceptiques sont peu nombreux.» Et pour quelle raison? «La crédulité.» La société souffre d’une carence en matière d’esprit critique. Ce serait, selon M. Hamel, d’abord le rôle des institutions d’enseignement que de le développer à l’école. «Endoctriner des enfants, alors qu’ils ne peuvent juger de la validité de propos invraisemblables», est indiscutablement à proscrire. Il tient d’ailleurs le même discours pour l’enseignement religieux aux personnes en bas âge. «On doit les garder loin des croyances ésotériques de toutes origines, y compris la religion.»

Si les Québécois croient en l’astrologie, c’est aussi une conséquence de l’effet Barnum, qu’il explique ainsi: «À lire des trucs tels que ″Vous êtes courageuse mais parfois des périodes de découragements vous gagnent″, on se reconnaît à coup sûr.» Car un horoscope fournit des descriptions vagues qui peuvent correspondre à quasiment tout le monde. «Qui n’est pas plus ou moins courageux au fil des jours?»

Une affaire de gros sous

«La religion et l’astrologie relèvent de l’obscurantisme et de l’ignorance.» Si l’astrologie prétend avoir la capacité de faire des prévisions, moins compromettantes que des prédictions, alors elle n’est d’aucun intérêt. Car l’astrologie vient en apparence combler la crainte qu’on a devant le futur et l’incertitude.  Au fond, confie-t-il, l’astrologie «fait bien de ne pas livrer de prédictions précises, car alors, on pourrait facilement les esquiver!»
Il termine en spécifiant que l’astrologie est «une pratique qui fait vivre ses praticiens grassement.» Au contraire, le scepticisme n’est pas lucratif. Quoiqu’il admette jouer les trouble-fêtes au sein d’un monde trop crédule, il le fait pour l’amour de la science et celui de la vérité.

Alain Bouchard est sociologue des religions et articule ses recherches autour de l’innovation religieuse.

Le Délit (LD) : Croyez-vous qu’il existe une pression sociale contre l’astrologie?

Alain Bouchard (AB) : Oui, assurément. Une pour et une contre. C’est d’ailleurs caractéristique de l’homme d’être partagé sur une question. Les sceptiques se font porte-parole de cette pression sociale contre l’astrologie. Son statut spécial n’est pas tout à fait reconnu socialement. Cela explique d’ailleurs pourquoi on s’y intéresse. Il s’agit d’une certaine délinquance sociale. La majorité ne la rejette pas totalement, mais la considère avec distance.

LD : L’astrologie tient-elle du domaine des croyances ou de la science?
AB : J’aime bien me représenter l’être humain comme devant constamment prendre des décisions. Le bagage culturel et les émotions justifient des prises de décisions. Pourtant, on a parfois besoin d’une boussole pour s’y retrouver. Et l’astrologie en est une. La science et les croyances religieuses aussi, quoiqu’elles constituent une catégorie à part.

LD : La religion est-elle compatible avec l’astrologie?

AB : C’est ce que les statistiques soutiennent. Des enquêtes menées sur les croyances des Québécois montrent une forte corrélation entre la pratique religieuse et la croyance en l’astrologie. Il semble y avoir une certaine logique à travers cela. On peut voir l’astrologie comme un complément à la religion.

LD : Est-ce dire que les athées se font davantage sceptiques?
AB : En quelque sorte, oui.

LD : Croyez-vous que l’astrologie souffre d’obscurantisme?
AB : Je n’aime pas parler en ces termes. Comme je soutenais plus tôt, l’astrologie exhibe une logique interne aussi structurée que celle de la science. Je crois aussi que sa rationalité est valable, quoiqu’elle soit différente de la rationalité scientifique. D’ailleurs, comme Claude Lévi-Strauss l’a montré, je crois qu’il y a différents types de rationalité.

LD : Pourquoi les gens y croient-ils?
AB : L’être humain est appelé à prendre toutes sortes de décisions et la société, poussée à répondre de manière méthodologique. L’astrologie arbore cette couleur scientifique, dans la mesure où plusieurs calculs se doivent d’être effectués pour en retirer quelque chose de sérieux. Elle en profite et amène ainsi des gens à y croire, ou à tout le moins, à la fréquenter. Les gens s’intéressent à ceux qui fréquentent les astrologues et se questionnent sur le contenu des séances.

LD : Croyez-vous que les gens qui sont prédisposés à rechercher un appui pour d’éventuelles prises de décisions soient bien servis par l’horoscope?
AB : Pas pour ce genre de chronique, je ne crois pas. Souvent, le rapport entre le lecteur et l’auteur est ludique. Les gens les lisent puis disent «en prendre et en laisser». Là où c’est plus sérieux, à tout le moins en terme de dynamique sociale, c’est lorsque qu’il y a une consultation avec analyse d’une rigoureuse carte du ciel. La rencontre individuelle présente aussi l’avantage de la présence physique du consultant qui, aux dires des astrologues, facilitent l’interprétation des calculs.

Marylène se consacre à plein temps à la recherche et l’étude astrologiques. Elle a animé l’émission télévisée hebdomadaire «La ronde des planètes» et rédige les sections «Horoscope» de quotidiens québécois. On peut la retrouver au www.marylene.com.

Astronomes, observateurs scientifiques du mouvement des astres; et astrologues, théoriciens de leur influence sur le comportement humain, ont pendant de longues années fréquentés les mêmes écoles. Pourtant l’astrologie, soutient Marylène, a accueilli par la force des choses de «trop nombreux opportunistes» en son sein, altérant la scientificité de son domaine de recherche. Si astrologues et astronomes ne travaillent aujourd’hui plus main dans la main, il n’en serait pas moins «beau de voir les sociologues et les astrologues travailler de concert».

De la critique désinformée
Sceptique? Elle confie l’être elle-même.  Pourtant, quiconque s’y investit «ne pourrait nier la réalité astrologique. Je me dois de m’incliner.» Le lien de causalité entre le mouvement des planètes et le comportement humain est bien réel. Elle ne pourrait pas expliciter la nature de cette connexion ni sa source, mais elle l’observe. L’astrologie est une connaissance d’ordre empirique. Son étude approfondie, soutient-elle, lui confère la capacité de soutirer une quantité remarquable d’informations. «Pourtant, ce n’est pas de moi qu’elles émanent. C’est de l’astrologie. Je n’en suis que l’interprète.»

Elle s’attriste de voir l’astrologie traînée dans la boue. Galvaudée et assimilée à des sottises. «L’astrologie n’est pas une boule de cristal, ni une tasse de thé. Quiconque est un tant soit peu sérieux se penchera, je l’espère, sur le dossier avant de le jeter aux poubelles.»

Elle rappelle qu’on a assurément accordé beaucoup de crédit à l’astrologie par le passé. Par ailleurs, le nom que portent les jours de la semaine, en allemand ou en français, traduisent l’héritage astrologique.

Des horoscopes
Elle confie se «prostituer quotidiennement» lorsqu’elle doit se contenter de livrer de grandes lignes à tous les Lions ou Verseaux lecteurs de quotidiens tels que La Presse ou Le Soleil. Les Gémeaux ne partagent véritablement rien d’autre qu’une position commune du soleil à leur naissance. Et encore, il y a un «monde de différence» entre ceux qui sont nés au début et à la fin de la période couverte par le signe astrologique.

La carte natale du ciel, ce qu’elle appelle «un véritable tatou céleste» est une synthèse des positions précises de toutes les planètes. Elle seule, rappelle-t-elle, peut énoncer quelques réalités comportementales personnelles. Se contenter de lire les chroniques quotidiennes ne révèle rien de substantiel.

Des meilleurs jours
«Ceux qui croient en l’astrologie chinoise et en son amalgame de bestioles m’amusent.» En effet, l’astrologie chinoise suggère que tous ceux nés la même année présentent des caractéristiques comportementales analogues. Elle ne s’est jamais investie dans l’étude de cette astrologie, mais rapporte que «les douze signes chinois, qui représentent chacun une année, supportent des généralités encore plus grandes que notre astrologie occidentale traditionnelle.»

L’astrologie pourrait effectivement connaître de meilleurs jours. Il n’est pourtant pas question d’établir un quelconque ordre pour uniformiser les pratiques ou d’établir des critères minimaux d’adhésion. «Je ne voudrais pas y être avec de douteux personnages!» L’astrologie est donc, selon elle, une affaire individuelle. Aucune école n’offre des programmes d’étude en astrologie au Québec, ni en Amérique du Nord. Elle n’exclut néanmoins pas le fait que ce soit enseigné avec respect et intégrité ailleurs dans le monde.

Une note conclusive
Tout est-il planifié à l’avance? Marylène n’est pas fataliste. «J’aime et je n’aime pas cette idée que l’on n’ait pas de libre-arbitre. Chose certaine, il est relativement mince.»

Peut-être manque-t-il beaucoup de morceaux au puzzle astrologique, et Marylène le concède. «Peut-être est-ce mieux ainsi,» conclut-elle.

LA RONDE DES PLANÈTES
par Marylène

Chaque astre a son message
Que vous pouvez comprendre
Sachez tourner les pages
De leurs petits méandres

La LUNE et le SOLEIL
Sont un couple parfait
Qui s’aime et qui surveille
Leurs huit petits sujets
*
Il y a d’abord MERCURE
Qui n’est jamais bien loin
Intellectuelle nature
C’est leur petit malin
*
Ensuite il y a VÉNUS
Toujours prête à charmer
Elle a toutes les astuces
Pour vous faire chavirer
*
Et MARS est le suivant
Un vrai petit soldat
Qui effraie ses parents
À cause de ses combats!
*
Et qui voit-on après
Ce bon gros JUPITER
Noyé dans ses excès
Vraiment il exagère!
*
SATURNE est alors là
Pour donner la mesure
Un peu sévère parfois
Mais c’est un p’tit gars sûr!
*
Et URANUS soudain
Surgit comme un éclair
C’est un petit lutin
Qui met tout à l’envers
*
Perdu dans les vapeurs
Arrive alors NEPTUNE
Le plus grand des rêveurs
Très souvent dans la brume
*
Et le petit dernier
Se cache tout au fond
Ils l’ont fait en secret
Et l’on appelé PLUTON
*
Et nous qui de la Terre…
Pouvons les contempler
Déchiffrons leur mystère…
Ils veulent nous guider.

 
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