Vers la visibilité
27 janvier 2009
Le Délit se penche sur la question souvent négligée du statut des Premières Nations du Canada, s’inspirant du film Le Peuple invisible de Richard Desjardins.

À l’occasion de cette édition spéciale sur l’identité culturelle, il n’était pas question de laisser les Premières Nations de côté. On a tendance à éviter la question vu tous les enjeux qu’elle soulève, mais l’ignorance n’est certes pas la clef du dialogue. Si la presse ne renvoie pas une image très reluisante de la situation des Premières Nations au Canada, il ne faut pas penser que tout espoir est perdu pour ces communautés. Il est encore possible pour elles de prendre leur destin en main. À travers le documentaire de Richard Desjardins, Le Peuple invisible, et le discours de M. Jimmy Papatie sur la question, voici un survol d’une situation complexe, qui mérite pourtant d’être approfondie.

Le peuple invisible
Le documentaire de Richard Desjardins, paru en 2008, fait le point sur la situation des Algonquins du Québec, dont le territoire s’étendait jadis au nord du fleuve, de Deux-Montagnes aux Grands Lacs. Ils furent d’abord repoussés en Outaouais jusqu’à ce que la colonisation les confine au nord de l’Abitibi-Témiscamingue, où ils ont été forcés de se sédentariser dans des réserves de petite superficie.

Force est de constater que la question nationaliste québécoise n’a pas fait de place aux Premières Nations. Dans la défense de son identité, le Québec leur a fait subir le même traitement qu’il craignait pour lui-même: l’assimilation. Le douloureux épisode des pensionnats laisse une cicatrice bien visible dans la vie des Autochtones du Québec: perte de leur langue, de leur culture et de leur identité, accroissement de la violence dans les communautés, etc.  Le Québec est la seule province canadienne à ne pas avoir signé de traité avec les communautés autochtones – à l’exception des Cris – et a considéré que les terres appartenant originellement aux Algonquins ne leur appartenaient plus depuis la Conquête britannique.

Encore aujourd’hui, la société québécoise ne prend pas les Autochtones en compte dans la redéfinition de l’identité québécoise. On croit encore que la question des Premières Nations relève du gouvernement fédéral et on refuse de reconnaître que nous avons une responsabilité face à ces peuples.  La crise des accommodements raisonnables ou encore le fameux Plan Nord du gouvernement libéral montrent bien cette incompréhension généralisée envers les Premières Nations, que l’on cherche à mettre soit en rang, soit à l’écart.

Le documentaire de Richard Desjardins avait pour but de sensibiliser les gens, bien sûr, mais surtout de les conscientiser face à leur responsabilité, car ce qui fait partie du problème fait également partie de la solution. Finalement, si le film n’a pas eu l’impact de L’Erreur boréale, il aura au moins fait entendre la voix des Algonquins, ce peuple que l’on dit invisible.

Le projet de Kitcisakik
De passage à McGill dans le cadre du cours Aspects of Contemporary Quebec, M. Jimmy Papatie, ancien chef de Kitcisakik, a eu l’occasion de parler d’un projet qui lui tient à cœur: la création du village Wanaki. La communauté de M. Papatie, qui ne s’est jamais soumise au système de réserves, habite sur un territoire appartenant légalement à Hydro-Québec et pourtant, la communauté n’a accès ni à l’électricité ni à l’eau courante. De ce fait, elle est constamment menacée par Hydro-Québec de devoir quitter les lieux. Les enfants doivent par ailleurs quitter leur famille pour étudier à Val-d’Or, vu l’absence d’école dans le village.

Le projet de Wanaki est grandement inspiré du village d’Ouje-Bougoumou construit par les Cris vers 1990. La relation avec la nature est un aspect primordial du projet; le respect de l’environnement a toujours été au cœur des valeurs autochtones, bien avant qu’on entende parler de changements climatiques. Jimmy Papatie parle d’utiliser l’énergie, les ressources naturelles, pour créer de la richesse et pour «reconstruire le jardin», une composante plus que fondamentale du projet. Bien entendu, Wanaki comptera une école, ce qui permettra aux enfants de grandir auprès des leurs, en contact avec leur culture.

Jimmy Papatie aimerait bien mettre fin à la perception largement répandue, qui veut que les Autochtones soient des profiteurs, vivant de l’argent des contribuables. Il croit en la possibilité de relancer sa communauté, de lui redonner la fierté et la reconnaissance de la société, à laquelle, soutient-il, elle peut apporter beaucoup.

Quelle est la réponse du gouvernement fédéral face au projet Wanaki? Les discussions s’éternisent malgré le bon vouloir de ceux qui le défendent. C’est toutefois sur une note positive que M. Papatie a terminé la conférence; l’espoir étant revenu dans sa communauté, l’avenir qui se profile pour les jeunes de Kitcisakik semble plus heureux. Et grâce à cet espoir, tout est possible.

Pendant ce temps à McGill…
Même si le secret est bien gardé, McGill compte sa Maison des peuples autochtones (First Peoples’ House) qui a pour objectif d’offrir une place bien à eux aux mcgillois de descendance autochtone ou provenant de communautés autochtones des quatre coins du monde. L’endroit se veut donc un lieu d’échange, mais sert aussi de lieu de résidence pour quelques-uns. La Maison des peuples autochtones organise d’ailleurs plusieurs événements toute l’année durant, en plus de l’annuel pow wow qui a lieu sur le campus.

À ne pas manquer :

Le 5 février prochain, de 18h à 22h dans la salle 26 du Leacock, aura lieu la projection de Club Native de Tracey Deer, un film portant sur la bataille à laquelle les Métis doivent se livrer pour que leur appartenance à une nation soit reconnue. Prenant racine dans la réserve mohawk de Kahnawake, le film retrace l’histoire de quatre femmes qui ne sont pas considérées comme entièrement Mohawks par les autres membres de leur communauté.

La Faculté de droit de McGill accueillera le 3 février prochain le philosophe canadien John Ralston Saul, qui abordera entre autres l’évolution du droit canadien, ses fondements historiques ainsi que l’influence du droit autochtone, en se basant sur son livre A Fair Country. Avis aux intéressés, la conférence est ouverte au public et aura lieu dans la salle du tribunal-école, au Chancellor Day Hall de la Faculté de droit, à 17h.

Remerciements au Professeur Mary Anne Poutanen, à Charlotte Burns et à Lynn Fletcher pour leur aide et leur temps.

 
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