Éloge de la procrastination
25 novembre 2008

Bizarre comment, à chaque fin de session, mes activités «parascolaires» s’intensifient. Alors que je devrais vraisemblablement passer chaque heure d’éveil à la bibliothèque, produisant l’un après l’autre mes derniers travaux, une force s’empare de moi, implacable: la procrastination.

Ne me jugez pas, étudiants faussement outrés, je sais que vous le faites aussi. Vous rentrez chez vous après les cours. Vous vous délestez de votre sac à dos, bourré de bouquins fraîchement empruntés à la bibliothèque. Vous vous préparez quelque chose à manger en vous disant que, de toute façon, il faut bien que vous vous nourrissiez, que ce n’est pas un luxe. Vous vous dites, pleins de bonnes intentions, que dès la dernière bouchée avalée, vous vous plongerez dans la lecture des rébarbatifs ouvrages qui vous attendent. Puis, en mangeant, vous allumez la télévision. Grave erreur. Une fois votre assiette terminée, vous restez scotchés là, parce que -ah oui c’est vrai- une émission que vous adorez débutera sous peu. Commence alors la rengaine du «tout de suite après, je m’y mets», qui peut durer des heures. Lorsqu’enfin vous avez épuisé toutes les excuses possibles pour remettre votre dur labeur à plus tard, la soirée est déjà bien avancée et vous tombez de sommeil. Mais vous vous préparez du bon café bien fort pour traverser la nuit sans problème, penchés sur des textes assommants. Allez comprendre la logique derrière cela!

En réalité, ce n’est pas que les étudiants manquent de temps, c’est que beaucoup d’entre nous repoussent jusqu’à son extrême limite le temps qui leur est alloué. C’est presque maladif, on ne peut s’en empêcher. Risqué, peut-être, mais nettement plus agréable, si vous voulez mon avis! D’accord, il faudra payer les heures perdues de quelques nuits blanches ou très écourtées, mais tout compte fait, ça vaut le coup. Le stress universitaire, qui décuple en fin de session, on le connaît tous. Mais il suffit de le désamorcer, de temps en temps, pour ne pas perdre la boule.

Ma recette, pour faire baisser le stress? Appuyer sur «pause» un instant, et se jeter dans le familier, le réconfortant. C’est infaillible. La fin de session n’est pas le temps des découvertes, musicales, cinématographiques ou autres. C’est le moment de replonger dans le connu, le trop connu même. Dans les films que l’on connaît par coeur et les chansons que l’on adore, que l’on peut chanter du début à la fin sans même y penser. Si vous arrivez à dépasser le sentiment de culpabilité qui, d’abord, vous envahira, procrastinateurs amateurs, vous vous rendrez compte qu’en fait, c’est tout ce dont vous aviez besoin: une heure ou deux de confort dans la tempête étudiante. C’est thérapeutique. Comme le bouillon de poulet. Vous devrez inévitablement reprendre les heures perdues ailleurs, mais il est à parier que votre esprit, ayant vagabondé un peu, se pliera plus volontiers à l’exercice.

Cette semaine, je me suis donc offert, accompagné de pop-corn et les deux pieds dans mes pantoufles, un des films cultes de mon enfance: Curly Sue. Aucun effort mental, aucun challenge, juste le plaisir de redécouvrir un film que j’ai dû voir une bonne vingtaine de fois quand j’étais petite fille. Une heure et demie à peine, et j’allais déjà mieux. J’ai même affronté le monstre de la sémiotique –un domaine qui me donne habituellement envie de m’arracher les cheveux de sur la tête– avec détermination, le sourire aux lèvres.

Bon sang! Et si la procrastination, le fléau favori des universitaires, était en fait la clé d’une vie étudiante plus équilibrée? Je sens, enfin, le spectre de la culpabilité me quitter…

 
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