Vingt-et-unième coming out
18 novembre 2008
Le 4 novembre 2008, prenant le monde par surprise, trois états américains, l’Arizona, la Californie et la Floride, se prononçaient pour la proposition 8 visant à interdire le mariage homosexuel. Depuis, il a été imposé à la célèbre télésérie Grey’s Anatomy d’éliminer pour la prochaine saison deux personnages n’étant pas hétérosexuels. Cette censure visuelle est heureusement moins présente au Canada, où le mariage entre conjoints de même sexe est légal depuis juillet 2005. Dans cette même idée du respect des droits humains, le festival image+nation est un joueur considérable.

Le festival image+nation, qui en est à sa vingt-et-unième édition, vise toujours à élargir l’image abusivement étroite que l’on peut avoir de la communauté homosexuelle. Perspective démodée, le festival, quant à lui, est un vent de fraîcheur. Reconnu à l’échelle internationale, image+nation souhaite offrir un programme varié permettant d’ouvrir diverses fenêtres sur la sexualité contemporaine. C’est ce qu’explique avec enthousiasme Charlie Boudreau, directrice du festival depuis déjà dix ans. Le cinéma queer, ou désigné comme tel, n’expose plus uniquement le sujet de la sortie du placard. «Il y a 5 000 façons d’être gay», explique Mme Boudreau. De nouvelles perspectives se créent, de nouveaux talents se développent. Le festival image+nation, comme un arc-en-ciel, n’annonce ni la pluie ni le beau temps de la sexualité, mais donne la chance à plusieurs excellents films d’être projetés sur l’écran cinématographique. Charlie Boudreau dit marquer un point dans la lutte contre une microindustrie cinématographique américaine gay, que le désespoir encourage à produire des films fatalement réducteurs. Le festival, qui a autrefois présenté les premières œuvres de Gus Van Sant, réalisateur à présent illustre, se démarque et continue à  encourager le talent et à offrir un programme edgy, comme le souligne Charlie Boudreau.

Après un marathon cinématographique, je dresse pour vous un portrait d’ensemble du festival, ainsi que de quelques films à ne pas manquer.

Documentaires:

Be Like Others (Canada, États-Unis et Iran)

Complètement troublant. Infailliblement touchant. Tanaz Eshaghian expose non seulement la réalité, inconnue pour plusieurs, des transsexuels, mais aussi la culture iranienne, souvent inimaginable pour un public nord-américain. Les propos sont difficiles à croire tant ils dérangent. Dans la république islamique d’Iran, le changement de sexe est légal… mais l’homosexualité est punie de la peine de mort.

À Téhéran, deux êtres foncièrement inconfortables dans leur enveloppe masculine désirent devenir des femmes pour, ultimement, gagner plus de respect. Mais même après une opération difficile, rien n’est tout à fait réglé. Le cadre carré du film agit comme la métaphore du raisonnement borné du gouvernement: tout doit être approuvé, l’homosexualité est un péché et la transsexualité, un désordre mental. L’identité n’est qu’un morceau de papier, et l’âme erre comme une orpheline. Be Like Others est un documentaire magnifique, qui illustre une liberté d’expression remarquable, et parfois un silence plus lourd que tout discours possible. À voir absolument.

Gay… et après? (France)

Jean-Baptiste Erreca parcourt la planète pour dresser un portrait de ce qu’il appelle la «génération post-gay». De Madrid à Paris, puis dans les rues de Pékin, de La Havane à New York, sans oublier Berlin, on découvre l’identité et les demandes de cette nouvelle génération. L’acceptation et la communication sont valorisées, tandis que la tolérance apparaît hypocrite.

Pas à pas, on est appelé à découvrir la contre-culture contemporaine: à Madrid lors de l’EuroPride 2007 avec des travestis; à Pékin dans le cadre d’une liberté d’expression contrôlée; dans le Greenwich Village de New York avec la jeune génération hip-hop; à Cuba où les lesbiennes cachent leur sexualité; à Berlin où le plus important icône gay refuse de représenter un groupe d’homosexuels drogués et libertins; à Paris, finalement, avec l’organisation GaiLib et Emmanuel Blanc. Un portrait mondial de la diversité sexuelle certainement bien construit, présentant des discours uniques et de merveilleuses images.

Sex Positive (États-Unis)

Wein explore dans ce documentaire les efforts de Richard Berkowitz et de Michael Callen pour établir une sexualité homosexuelle protégée dans les années quatre-vingts. Au premier coup d’œil, Berkowitz apparaît comme le dernier des cons. Au tout début du documentaire, il lance: «J’ai cinquante-et-un ans. Je ne peux penser à rien de moins sexy que d’écouter un vieux dégueulasse raconter comment on lui a sucé la queue en 1979.» S’il passe pour un frustré complètement arrogant, on apprend rapidement que cette attitude lui a permis d’introduire l’usage fréquent de condoms dans la communauté homosexuelle. Toute l’époque de la découverte du sida et des spéculations sur ce qu’était cette épidémie est révélée. Wein crée une proximité merveilleuse entre son sujet et le public au moyen d’une caméra tenue à l’épaule. Un documentaire à visionner pour mieux comprendre l’émergence d’une crise qui nous touche encore aujourd’hui.

Rien que pour vous… assoiffés de vagues:

Newcastle (Australie)

Ce film de Dan Castle s’intéresse à un groupe de sublimes jeunes surfeurs. Jesse vit dans l’ombre de la défaite de son frère Victor, autrefois une vedette du surf. Son autre frère, Fergus, gay, est attiré par son ami Andy. Bien que le film provoque par des prises de face de garçons au torse dénudé ou carrément nus, Newcastle est avant tout l’histoire de l’intégration de Fergus dans le cercle très hétérosexuel de Jesse. Rappelant Lords of Dogtown de Catherine Hardwicke par sa facture narrative, le film de Dan Castle offre des images à couper le souffle. Un captivant teen movie, mais adapté au ton du festival.

Rien que pour vous… amoureux de zombies:

Otto; or, Up with Dead People (Canada et Allemagne)

Bruce LaBruce se situe réellement dans la bande sombre d’Alexandre, cet espace noir situé entre deux arcs-en-ciel. S’il est difficile à classer, ce film pourrait être simplement qualifié de porno comico-horrifique. Otto, un zombie amnésique, fait de l’auto-stop pour finalement aboutir à Berlin. Une trame narrative surprenante amène le protagoniste à coucher dans la chambre de Fritz Fritze, la star du film politico-porno-épique de zombies Up with Dead People. Otto se souvient alors de sa vie passée, des circonstances de sa mort et de son amoureux, Rudolf. Si on ne connaît pas Bruce LaBruce, Otto; or Up with Dead People peut paraître trop hétéroclite pour pouvoir être réussi, mais il faut se détromper. Le mélange expérimental d’esthétiques est ce qui a donné à ce réalisateur ses lettres de noblesse. Entre le sinistre de l’expressionisme allemand et un burlesque proche du film étudiant, ce film pourrait attendrir les plus effrayés.

Film de clôture:


The New Twenty (États-Unis)

Ce premier long métrage de Chris Mason Johnson soulève plusieurs questions sans offrir de réponses, et c’est ce qui en fait la beauté. Le film expose le négatif des relations qui unissent cinq amis. C’est à partir d’une ancienne photo remplie de sourires que nous découvrons l’existence de ces cinq personnages, complètement différents les uns des autres. Andrew est beau, Julie est belle, ils se fréquentent depuis longtemps et emménagent dans un nouvel appartement. Tout semble aller pour le mieux, mais ce n’est pas le cas. Au seuil de la trentaine, l’horizon n’est plus le même. Félix, amoureux de Julie, se perd dans la drogue. Ben tente de se créer une identité cybernétique plutôt que d’affronter le monde. Tony, lui, remet en question sa vie alors qu’il s’éprend d’un homme plus âgé et séropositif. Par de bonnes touches d’humour et un jeu naturel des acteurs, ce film dramatique comporte tout de même une touche d’optimisme. Life is a new beginning.

Quelques autres suggestions: Altromondo, Ciao, Drifting Flowers, Les Chansons d’amour, Le Nouveau monde, Girl Inside, Lost Coast, Were the World Mine, The Universe of Keith Haring.

Courts métrages:

Une robe blanche (Canada)

Un jeune homme paie une femme pour jouer le rôle de sa copine lors d’une visite chez sa mère. Dans un décor étouffant qui ne le laisse pas s’exprimer, le personnage est victime d’un amour pour sa mère qui lui coupe la voix, d’un regard constant jeté sur lui comme à travers une caméra de sécurité. Comment être s’il ne peut s’ouvrir devant sa mère, celle qui l’appelle affectueusement «Minou»?

Le court métrage, un genre souvent négligé, mériterait pourtant plus de visibilité. Il peut sembler facile de faire court, mais de faire un bon court métrage est extrêmement difficile: il faut émouvoir dans un temps restreint, tout dire en peu de mots et d’images. Le festival est l’occasion de découvrir des courts métrages rafraîchissants.

Autres courts métrages:
1977, For the Love of God, Les Lapines, The Lonely Lights, Sleep Lines, The Window.

Le festival image+nation présente une génération qui revendique non seulement l’acceptation de sa sexualité, mais aussi le respect de ses droits, tant en ce qui a trait à sa sexualité, qu’à sa race et à son sexe. Les minorités se mélangent, et le reflet de la société qu’offre image+nation n’est pas que celui de l’homosexualité, mais de toute une génération jeune et contemporaine, remplie de contradictions, de questions, d’incertitudes, d’attentes et de désirs. Un festival complètement multicolore.

 
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