Montréal-Nord: c’était écrit
4 novembre 2008
L’UQÀM a rassemblé autour d’une table ronde des intervenants pour revenir sur les causes sociales, territoriales et économiques des émeutes.

«Ce qui s’est passé en été ne m’a pas étonné, et ce n’est qu’un premier pas», a affirmé Ketty Lapierre du groupe Entre-Parents, au sujet des émeutes qui ont secoué l’arrondissement de Montréal-Nord l’été dernier.  L’idée que le conflit guettait la population de Montréal-Nord était présente jeudi dernier, à la table ronde organisée par le département de géographie de l’UQÀM, sous le titre évocateur: «Une crise annoncée». Après les conflits urbains de l’été dernier, un groupe de chercheurs et de membres de groupes communautaires s’est penché sur le phénomène de l’exclusion, qu’ils ont défini comme la source du problème. S’ils ont mis le doigt sur certains problèmes, les intervenants ont toutefois peiné à exposer des pistes de solutions claires.

Selon Catherine Trudelle, titulaire d’une chaire de recherche sur les conflits socioterritoriaux et la gouvernance locale, les émeutes urbaines sont «des indicateurs de problèmes ignorés ou mal gérés, qui révèlent des enjeux sociaux, économiques et territoriaux.» Selon elle, ils sont donc à aborder comme des vecteurs de changement spatial et social.

Dans cette optique, les panélistes ont présenté leurs travaux de consultation, effectués auprès des résidents de l’Îlot Pelletier, un quartier où le niveau de pauvreté est bien supérieur à la moyenne de l’arrondissement. Les intervenants ont tenté de toucher à la problématique de l’exclusion. Selon Patrice Rodriguez, membre de Paroles d’excluEs, «l’exclusion est le résultat d’une mauvaise organisation.» Rappelant la honte qui est associée à l’exclusion dans une société individualiste, M. Rodriguez affirme qu’ «il faut nommer les choses pour définir une vision et une transformation», poursuivant que «on veut poser la question de l’exclusion autrement, proposer un modèle inclusif, qui va permettre aux gens de se sentir parties prenantes», a affirmé M. Rodriguez.

Ketty Lapierre a quant à elle soulevé les problèmes qui touchent les résidents issus de l’immigration, rappelant que Montréal-Nord est constitué d’immigrants à 33 p. cent, dont 24 p. cent sont arrivés entre 2000 et 2006. Elle qui fait partie de cette «deuxième vague» d’immigration, a relaté son parcours pour illustrer les difficultés des immigrants récemment arrivés, qui ont le plus souffert de la pénurie d’emplois, à la suite des nombreuses fermetures de manufactures. Cette immigration, dénonce-t-elle, «subit et subit et n’en finit plus de subir».

De ces discours, il ressort que l’humanisation du quartier se présente comme une nécessité. Les intervenants ont tous insisté sur le besoin de renforcer la possibilité de chacun à exercer certains droits fondamentaux. Parmi ceux-là, M. Rodriguez inclut le droit au logement, à une forme participative de gouvernance, à des infrastructures, et à la sécurité urbaine tant physique qu’alimentaire.

L’argumentaire des panélistes a toutefois manqué d’offrir les pistes de solutions tant annoncées. Le court documentaire présenté à l’audience pour «mettre des visages sur les statistiques», est demeuré emprunt d’un fort parti pris, avec seuls quatre interrogés. L’affirmation de M. Rodriguez selon laquelle «les résidents ont une vision très claire de ce qu’ils veulent», ne lui a permis que d’affirmer les contradictions qui existent dans leurs discours. On s’en remettra donc à Jean-Pierre Beauchamp, membre de l’organisme Vivre Montréal-Nord en santé, qui a tout de même affirmé avec humour que les citoyens de l’îlot lui ont souvent rétorqué ceci: «On est tannés d’être consultés, passez à l’action!»

 
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