Une dix-neuvième nuit dans la rue
21 octobre 2008

Cette fin de semaine se tenait la dix-neuvième Nuit des sans-abri. Cette soirée festive incluant artistes et mets chauds revient à chaque année en octobre. À travers le Québec, différentes organisations utilisent cette soirée pour faire tomber les préjugés. Plusieurs orateurs se sont rassemblés pour expliquer la réalité des sans-abri et parler en leur nom. L’itinérance chez les femmes, chez les jeunes et chez les autochtones suscite différents défis. Pourtant, tous se rejoignent autour des solutions qu’ils entrevoient pour mettre fin à cette situation. Ainsi, un des orateurs de la soirée a lancé: «Nous ne sommes pas juste des problèmes, mais des êtres humains», attirant ainsi l’attention sur le fait que le problème ne vient pas des itinérants mêmes.

Les organisateurs, eux, voient des causes bien différentes à l’itinérance. Ils ne perçoivent pas la présence de l’itinérance comme le problème en tant que tel, mais blâment plutôt le niveau de protection sociale qu’offrent nos sociétés. Leur discours ne met pas le problème uniquement  entre les mains des sans-abris, mais parle plutôt de situation précaire et de conditions aggravantes. Il parle de ces périodes difficiles de la vie, lorsque quelqu’un se retrouve devant un échec, un moment trouble. Être dans une condition précaire, avoir un réseau social faible et, donc, un soutien absent empirent l’impact de ces coups durs. Alors, ce qui ne serait autrement qu’une mauvaise passe devient un cauchemar, réduisant à néant tout ce qui avait été bâti. Ce discours explique que l’itinérance n’est pas un choix, mais bien une conséquence.

Rencontré sur les lieux de l’événement, Stéphane, trente ans, permet de mettre un visage sur l’itinérance, concept trop vaste pour qu’on se sente vraiment interpellé individuellement. Voyageant à gauche et à droite depuis maintenant seize ans, Stéphane confie que l’itinérance n’était pas son but en quittant sa Gaspésie natale. Il cherchait plutôt à s’émanciper en quittant une famille de quinze enfants, parmi lesquels il était le plus jeune. «Je ne suis jamais arrivé à la bonne place», dit-il en parlant de la destination de ce voyage entamé il y a un moment déjà. Le Gaspésien d’origine explique qu’il travaille douze heures par jour en imprimerie, tout en devant dormir à l’extérieur. «Je reste dans le métro jusqu’à une heure du matin, jusqu’à ce que les gardes me [mettent] dehors». Pour pouvoir finir sa nuit, Stéphane s’installe près de l’hôpital, où les gardes de sécurité sont plus respectueux, dit-il.

Au micro, les messages se succèdent. Ils portent tous sur les solutions à l’itinérance. Logements sociaux, appartements supervisés, encadrement, hausse des salaires, indexation de l’aide sociale, baisse du coût de la vie, entreprises d’insertion et mesures d’employabilité sont au nombre des demandes. Un système de santé de qualité, incluant à la fois santé physique et mentale et l’élimination des listes d’attente, est également cité comme l’un des éléments réformateurs. En entendant de pareils propos, on ne peut que voir la corrélation entre pauvreté, précarité et itinérance.

 
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