Poutine montréalaise
21 octobre 2008

Alors que nous sommes posés dans un snack-bar coincé au coin des rues Mont-Royal et Saint-Denis, la jolie serveuse nous amène un «hambour-r-r-ger  avec fr-r-r-ites» et une «poutine itââlienne». La rayonnante blonde roule ses «r» de façon magnifique, un peu comme un moteur de Ferrari au feu « r-r-rouge », histoire de nous rappeler que chez ses parents, la «Poutine moscovite» est reine.

Je présente donc le sujet à Anders le Danois, entre deux bouchées de «frites-mayo». Il a posé ses valises il y a deux mois et j’ai cru comprendre au fil d’une conversation ou deux que sa «montréalisation» se déroulait de bien belle façon. Je le lance ainsi au défi de m’expliquer les cinq raisons pour lesquelles il oserait délaisser les blondes au visage rond de Copenhague pour le sourire des Montréalaises – que vous avez, soit-dit en passant, fort joli, mesdemoiselles.

C’est avant tout l’atmosphère créative. Copenhague étant une vibrante métropole du design et de l’art en tout genre, Anders ne pouvait évidemment pas rester insensible aux généreux attributs artistiques de notre Ville-Marie. Parachuté au milieu de tant d’excès de «musique, de théâtre, de films et de festivals», Anders ne tient plus en place. «Il se passe tellement de choses. J’ai mis du temps pour découvrir comment accéder à toute cette culture, avant de découvrir qu’apprendre le français était un outil formidable. Je lis maintenant les journaux et les publicités, visite les bars et les cafés qui me mènent d’un endroit à l’autre.»

Deuxième raison: L’ouverture made in Montréal. «J’adore l’ouverture des Montréalais. » Ahh, un grand classique, me suis-je dit, ravi. «Tout le monde te met à l’aise. Ma “coloc”, par exemple, a des amis de partout. Elle est super extravertie, t’invite à droite et à gauche.» J’effleure ma tempe du bout de mon index d’un mouvement approbateur. Oui, sans fausse modestie aucune, c’est vrai que nous sommes un peu comme ça. «Et à McGill, c’est pareil. Tout le monde est super accueillant. Tu es du Danemark, oh, really?» Rien à voir avec ces hommes du nord qu’Anders me décrit comme introvertis et obsédés par leur vie privée. Un bien triste quotidien, ma foi…

En troisième point, Anders évoque les espaces publics. Dans les premiers jours suivant son arrivée, mon sujet déliite de la semaine a été fasciné par la quantité de parcs et d’espaces verts, tous accessibles gratuitement. «J’ai traversé la ville à vélo, me suis couché dans un parc et me suis alors vraiment senti à la maison et en sécurité.» Avis aux rêveurs!

Côté architecture, Anders affectionne visiter New York le temps de trois blocs et passer en Europe deux rues plus loin. Anders loooves la formule «un appartement-escalier-double-porches». Anders aime la «grandeur» à petite échelle de Montréal, à l’opposé d’un New York parfois trop envahissant. Et Vanaka adore les touristes qui adorent Montréal.

Le bilinguisme est son dernier coup de cœur. Dans son appartement du quartier Saint-Henri, il apprécie également parler le bilingual avec ses «colocs» québécois et français. Il n’avait jamais vécu près d’une ville bilingue et se régale désormais de pouvoir vivre cette véritable culture du «What’s up? Moi, c’est Anders!»

Anders aimerait bien maintenant prolonger ses études à Montréal. Seule ombre au tableau: «L’hiver! Vivre dans la ville souterraine me fait un peu peur…» Personnellement, les premiers flocons me donnent encore des sueurs froides.  Pourtant, je fête mes quinze ans à Montréal ce mois-ci…

 
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