Le grand air de Québec
21 octobre 2008

La fin de semaine dernière, la ville de Québec accueillait le douzième Sommet de la Francophonie, l’année de l’anniversaire de ses 400 ans. Derrière les propos auto-congratulatoires et suaves des premiers ministres et de l’organisateur à la conférence de clôture se dessinait une sacrée dose de frustrations. Du côté des médias d’abord,  le chroniqueur Gaby Nasr, du quotidien libanais L’Orient-Le Jour, d’ordinaire mordant, a décrit l’ambiance du sommet sous le titre «Québec entre francophonie et paranoïa sécuritaire» et décrivant les journalistes «reclus comme des pestiférés dans le centre de presse».

Voilà de quoi atténuer la peine du Délit après s’être vu refuser le plaisir d’une accréditation de presse.  Une raison obscure a en effet voulu que le seul journal d’expression française d’une institution comme McGill n’ait pas passé le filtre de la sélection. Il ne s’en plaindra pas, mais on ne cachera pas que cela nous laisse perplexe.

Nous aurons donc suivi à distance la paranoïa d’un sommet qui, sous ses grands airs, a semble-t-il délaissé sa mission culturelle. Les doutes sur la pertinence de la francophonie ont persisté à travers la presse internationale francophone. Si certains ont vu en ce rassemblement un facteur de  promotion de la diversité culturelle et du plurilinguisme, d’autres en sont revenus déçus.  «La crise [financière] a éclipsé le Sommet», déplore le Courrier international dans un survol de la presse africaine. Le quotidien burkinabé Sidwaya s’insurge de ce que «le désir québécois d’une réflexion sur le renouveau de la langue française n’a pas été satisfait.»

«Sommet de la Francophonie: et le français dans tout ça ?», demande Ingrid Bazinet de l’AFP. Quant au Devoir, il reproche à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) de laisser la langue française au dernier rang de ses priorités.  Cité par l’AFP, l’expert Dominique Wolton a affirmé que l’OIF doit se centrer sur «ce qu’elle sait faire: défendre le français».  La francophonie aurait-elle oublié sa mission de défense de la langue française, ou prend-elle une envergure nouvelle à l’échelle internationale? Enfin, la question de la promotion négligée de la langue française a trouvé un écho peu brillant dans la révélation faite par TVA que les participants étaient accueillis par des officiers ne parlant que l’anglais.

À cette nouvelle, l’organisme Impératif français, qui se bat pour promouvoir la langue française et la culture d’expression française, a été jusqu’à déposer une plainte contre la Gendarmerie royale pour avoir délégué des agents unilingues à l’événement.  Son président, Jean-Paul Perreault, semble pourtant être parmi les commentateurs les moins cyniques, et nous dit être «réconforté de voir cinquante pays et treize pays observateurs discuter», ajoutant que «c’est une bonne nouvelle pour la promotion de la diversité culturelle.» Loin d’être obsolète, la francophonie est pour M. Perreault  «un modèle culturel intéressant pour résister à l’américanisation et à l’anglicisation.» Quant aux autres sujets qui auraient ou pas éclipsé le discours sur la langue française, cela ne semble pas l’affecter plus que cela.

En somme, il n’a pas tort. Que la déclaration de Québec soit un «fourre-tout» ou pas, que l’OIF se donne des grands airs ou pas, c’est sans doute là que se trouve l’absence de pertinence.

 
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