Le spleen de Montréal
7 octobre 2008

La tradition du flâneur, observateur solitaire de la faune urbaine, est bien établie en littérature. Plusieurs poètes tourmentés ont fait naître des vers douloureux sur les grandeurs et misères de la vie au cœur des villes. Certains lieux semblent toutefois inspirer davantage que d’autres. Ainsi, personne ne s’étonne du peu d’odes composées à la gloire de Laval, malgré la fière allure de ses nouvelles stations de métro.

Paris remporte probablement la palme de la ville la plus souvent décrite en littérature. Les promenades de Charles Baudelaire dans les rues de son bien-aimé Paris, inspiratrices du magnifique Spleen de Paris, sont parmi les plus célèbres de toutes. Le philosophe allemand Walter Benjamin, après quelques marches de santé dans les rues parisiennes, a quant à lui pondu le brillant essai Paris, capitale du XIXe siècle.

Le voyageur qui débarque à Paris pour la première fois peut se laisser duper par le surplus de légendes, mortes ou vivantes, qui accolent leur nom à celui de la Ville lumière. En cherchant à atteindre par osmose la profondeur des discussions de Jean-Paul Sartre au Café de Flore, on finit généralement par se mêler à une horde de touristes désemparés, consultant leur Lonely Planet plutôt que Kant.  À Montmartre, les quelques habitants de la place qui vous adresseront la parole ne seront probablement pas des émules de Toulouse-Lautrec, mais des voyants africains avec un parapluie en guise de chapeau, capables de lire votre avenir avec une précision que Nostradamus lui-même ne renierait pas.

Dépitée par des promenades parisiennes qui ne correspondaient pas tout à fait à la vision hautement romanesque que je m’en faisais, je me suis interrogée. Qu’en est-il de Montréal? Errer à Montréal, flâner dans les rues pour se laisser guider par le vent particulier qui souffle à travers la ville, est-ce possible?
Sans vouloir paraître difficile, ou pire encore, snob, il ne faut pas se cacher que Montréal est moche en bien des endroits. Des talents poétiques hors du commun sont nécessaires pour imprimer grandeur et beauté à la très chic Plaza Saint-Hubert et, malgré sa célébrité, le Stade olympique est nettement moins romantique que la tour Eiffel. La rue Sainte-Catherine, vibrant aux rythmes des néons mal allumés des bars de danseuses, n’est pas non plus l’équivalent direct des Champs-Élysées.

Le charme de Montréal réside dans les détails, que justement, on ne découvre qu’au gré de longues errances. La croix du Mont-Royal, qui, après des soirées d’ivresse, nous contemple du haut de la montagne d’un air réprobateur. Les vieux panneaux à l’allure résolument rétro de Chez Schwartz et du cinéma L’Amour sur le boulevard Saint-Laurent.

Combien d’artistes ont été inspirés par Montréal? Si les poètes ne sont pas si nombreux à répondre à l’appel, les musiciens, eux, clament au monde entier leur amour de la métropole québécoise depuis quelques années déjà. Arcade Fire, Xavier Caféine, Malajube et autres ont ainsi composé des hymnes à la gloire de Montréal, chantant son atmosphère un peu glauque et ses interminables hivers. Montréal, ville de l’errance? Peut-être bien. Et puis, tout le monde le sait: s’il était né au vingt-et-unième siècle, Baudelaire aurait été une star du rock…

 
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