Une forêt qui résiste aux hommes
23 septembre 2008

Dans le cadre d’une coopération scientifique entre McGill et l’Université Makerere en Ouganda, des étudiants du Département d’études africaines de McGill passent environ quatre-vingts jours par an à étudier la faune de la réserve naturelle de Kibale, en Ouganda. Mais dans cette région du monde, la recherche scientifique a dépassé de loin le  strict cadre de l’étude.

À l’est de l’Ouganda s’étend le parc Kibale. La forêt pluviale est un refuge pour une faune et une flore d’une grande diversité. «C’est l’une des dernières forêts pluviales d’altitude moyenne de toute l’Afrique. L’année passée, on y a découvert une nouvelle race d’amphibiens. Certaines  races menacées comme les singes «colliers rouges» se portent très bien ici. On cherche à expliquer ce fait pour le transposer ailleurs», nous livre le professeur Chapman.

La forêt est interdite aux hommes. Les gardes surveillent les entrées et les pistes sans pour autant décourager les braconniers assidus. «Le tiers des singes est blessé par des pièges. Leurs blessures s’infectent et les animaux encourent le risque d’une terrible agonie.» Celui qu’on surnomme à Kibale l’«homme des singes» me montre une photo de jeunes primates. «On a tué leur mère et on a cherché à les revendre. Heureusement, les malfaiteurs ont été arrêtés.»
D’autres menaces pèsent sur le parc et ses habitants. Il y a les fabricants d’alcool de contrebande, les paysans des alentours, les charbonniers… Les espaces verts se sont rétrécis tout autour du parc. Une image satellite révèle une zone verte entourée de tous les côtés par des zones résidentielles et agricoles. La densité démographique autour du parc est de 200 personnes au km². Le parc, vaste de 2 000 km², ressemble à un château assiégé, menacé par la croissance urbaine. Fort Portal, ville située à l’est de l’Ouganda, à 320 km de la capitale Kampala, était auparavant à douze heures de voiture. Grâce au développement récent du réseau routier, elle n’est plus qu’à cinq heures du parc.

Les altercations entre les bêtes et les hommes sont nombreuses. «Les singes sont très intelligents. Ils volent de la nourriture, fouillent les poubelles et se déplacent sur les toits.» Des animaux essaient de survivre face à des hommes qui en font autant. Les enfants gardent les récoltes au lieu d’étudier à l’école, car perdre une récolte est impensable au vu des données alarmantes sur la santé: l’espérance de vie en Ouganda est de quarante-cinq ans. 26 p. cent des enfants de moins de cinq ans sont mal nourris, et 30 p. cent  des enfants qui ont entre deux et quatre ans sont morts de la malaria. Le chapelet des mauvaises statistiques est long.

Dans ce contexte, la mission scientifique de McGill a cherché à savoir quelles mesures pourraient être prises  pour améliorer la vie des habitants tout en préservant le parc. «Au début, nous avons construit un puits. Mais ce n’était pas assez (…). Il fallait améliorer la perception que les gens ont du parc, et non pas celle des Occidentaux. C’est ainsi que nous avons décidé de construire une clinique de santé à l’intérieur du parc», souligne le professeur Chapman.

Selon le professeur Chapman, le but de la clinique est simple : il permet à la fois de soigner les villageois et de leur permettre de se familiariser avec le parc. «On ne tire pas sur des amis», me raconte Phil en me montrant une photo de paysans qui discutent avec les gardes, «même quand on est braconnier.»

Vingt mille dollars américains ont été récoltés pour bâtir la clinique, qui a été achevée en mai et emploie actuellement une personne en permanence. Les étudiants, leurs parents et leurs amis ont contribué à l’exécution du projet. Un des étudiants a réalisé les plans. D’autres ont réalisé des brochures. Les parents ont contribué à payer les frais. Quant à l’université, «le programme d’étude est très coûteux et l’université y a investi beaucoup de ressources. Nous avons aussi la chance de collaborer avec l’université locale et le bureau de la préservation de la vie sauvage, qui est progressiste à mon avis.»

 
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