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	<title>Le Délit &#187; Mathieu Ménard</title>
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	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
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		<title>Scènes du Japon</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Apr 2009 00:01:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Cahier Création]]></category>

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		<description><![CDATA[À l'occasion de son cahier création annuel, le Délit vous présente un essai photo de son correspondant spécial au Japon, Mathieu Ménard.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a title="cc-japon-crepuscule3.jpg" href="http://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2009/04/cc-japon-crepuscule3.jpg"><img src="http://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2009/04/cc-japon-crepuscule3.jpg" alt="cc-japon-crepuscule3.jpg" /></a></p>
<p><a title="cc-japon-iwakuni2.jpg" href="http://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2009/04/cc-japon-iwakuni2.jpg"><img src="http://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2009/04/cc-japon-iwakuni2.jpg" alt="cc-japon-iwakuni2.jpg" /></a></p>
<p><a title="cc-japon-nanzenji.jpg" href="http://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2009/04/cc-japon-nanzenji.jpg"><img src="http://www.delitfrancais.com/wp-content/uploads/2009/04/cc-japon-nanzenji.jpg" alt="cc-japon-nanzenji.jpg" /></a></p>
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		<title>Dans mes petits souliers</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Mar 2009 16:18:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[L'effort et le phare]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Puisque cette chronique tire à sa fin, il m’a paru approprié de la dédier à une personne qui, par ses attributs caméléonesques, encapsule plusieurs des enjeux, sujets et états d’âme qui auront ponctué mes petits billets observateurs. Je profite donc de cette dernière parution pour vous décrire de façon plus détaillée Michiko, ma professeur de japonais.</p>
<p>De prime abord, elle est l’incarnation de l’aînée increvable. Bien qu’ayant plus de soixante ans, à la voir faire divers étirements (et se plier en deux spontanément) durant la pause, on ne lui donnerait pas son âge. Le jour, elle continue aussi à travailler dans son jardin et dans sa rizière, malgré sa crainte des serpents (qu’elle coupe en quatre avec sa serpe, question qu’ils arrêtent de bouger… car voyez-vous, un serpent coupé en deux, ça essaie encore d’attaquer…).</p>
<p>Puisqu’elle a actuellement la soixantaine, on peut déduire qu’elle n’était qu’une enfant lorsque le pays a été ravagé par la guerre. Si vous avez visionné (ou lu) <em>Le tombeau des lucioles</em> (alias <em>Grave of the Fireflies</em>), vous avez une bonne idée de son expérience. Elle a connu la grande misère, celle qui vous motive à attraper des insectes pour manger des protéines. Ses parents biologiques étant décédés des suites de la guerre, elle s’est retrouvée avec ses deux frères cadets dans une famille d’adoption.</p>
<p>Cela ne l’a pas empêché de développer une motivation, une énergie hors de l’ordinaire. Avec son sens de l’humour bien particulier, elle décrit sa retraite comme «praying and playing», blague facétieuse sur la difficulté qu’ont plusieurs Japonais à distinguer les consonnes «r» et «l». Plus concrètement, en plus de l’enseignement (bénévole) et du jardinage, elle fait régulièrement des performances narratives pour les enfants et les aveugles. Elle essaie de voyager autant que ses économies et son fond de pension le lui permettent, profitant de la liberté de la retraite pour s’évader durant les périodes touristiquement tranquilles.</p>
<p>Comme plusieurs de ses congénères, Michiko tend à piloter son véhicule de façon un brin dangereuse (par politesse, on préfèrera le terme «excitant»). Dans son cas, c’est un amour incommensurable pour les chiens qui fait valser et ralentir sa conduite. Lorsqu’elle aperçoit un badaud qui promène son clébard, elle ne peut s’empêcher de reluquer l’animal et de déterminer sa race (et de couiner de bonheur si l’animal semble le moindrement adorable).</p>
<p>À l’instar de Hiro, elle n’a pas de gêne à contourner les traditions nippones. Cela explique peut-être son intérêt pour <em>The Sound of Music</em> (<em>La mélodie du bonheur</em>) ou encore <em>Pride and Prejudice</em> (<em>Orgueuil et préjugés</em>). Avant la retraite, elle était professeur à l’école primaire. De ses périples à l’étranger, notamment au Québec, elle a observé plusieurs systèmes et glané quelques idées qu’elle a appliquées par elle-même de retour au Japon. En cas de doute, elle me conseille simplement d’escamoter la hiérarchie pour m’adresser au directeur.</p>
<p>Ce qui ne l’empêche pas de manifester parfois doutes et inquiétudes. N’ayant guère pu observer ses parents biologiques, elle ne sait pas si ses occasionnels blancs de mémoire trahissent une apparition hâtive de l’Alzheimer. À l’occasion, elle se demande si son tracé de vie peut être qualifié de réussite. Alors, elle se rappelle Amélie, «le droit fondamental de rater sa vie», et continue à apprécier ses expériences inusitées. Après tout, ici, ce sont ceux qui ont la force de caractère nécessaire pour assumer leur «excentrisme» qui deviennent les repères des autres.</p>
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		<title>Dans mes petits souliers</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Mar 2009 20:56:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[La pierre fondatrice]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Étudier une langue étrangère, cela signifie mettre en relief les éléments culturels et philosophiques qui s’infiltrent dans tout système de communication. Même le traducteur le plus aguerri admettra que certaines expressions sont impossibles à traduire directement. Diverses stratégies permettent de passer ces obstacles: adaptation, annotation, révision. Tout comme la transition d’un livre au grand écran ne fait jamais l’unanimité, chaque méthode a ses amateurs et ses détracteurs.</p>
<p>On me demande encore de temps en temps comment traduire <em>itadakimasu</em> malgré l’absence d’une expression équivalente en anglais (ou en français). Cette formule est habituellement prononcée avant de commencer à manger, mais elle s’emploie à diverses occasions. Traduite littéralement, elle signifie «je reçois humblement». En pratique, elle sous-entend davantage qu’elle ne laisse penser au premier abord.</p>
<p>La meilleure explication que j’ai entendue jusqu’à présent est celle de M. Kato, un autre agriculteur de la région, aussi fleuriste à ses heures. «Manger quelque chose, c’est s’approprier une vie autre que la sienne – qu’il s’agisse de celle d’un animal ou d’une plante. Cette appropriation te permet de demeurer en santé, énergique. Néanmoins, le fait d’absorber une autre vie se doit d’être reconnu avec respect et humilité.» Selon ma professeur, il s’agit aussi d’une marque de gratitude envers ceux qui ont travaillé pour élever, cultiver et récolter ces aliments.</p>
<p>Si vous êtes intéressés à comprendre davantage la perspective nippone vis-à-vis du fait divin, ma première suggestion est simple, voire divertissante. Si vous n’avez pas encore visionné<em> Spirited Away</em> (alias <em>Le voyage de Chihiro</em>), je vous invite à le faire prochainement. Si vous l’avez déjà vu, peut-être songez-vous à la panoplie de personnages fantastiques, à tous ces dieux qui viennent se reposer dans l’établissement de bains thermaux où l’héroïne se trouve employée malgré elle.</p>
<p>Mais non, c’était une feinte. En fait, je vous suggère fortement de jeter un autre coup d’œil à l’introduction. Durant celle-ci, les protestations constantes de l’héroïne à la perspective de devoir déménager vers une nouvelle ville, une nouvelle école, etc., sont interrompues lorsqu’elle aperçoit un assemblage pêle-mêle de petits sanctuaires de pierre. Ce premier aperçu donne une idée des perspectives à venir.</p>
<p>De fait, les nombreux temples et sanctuaires sont installés avec une attention scrupuleuse vis-à-vis de l’emplacement. Visiter un temple, cela signifie habituellement profiter d’une perspective de choix sur la nature environnante. Il suffit de songer au célèbre et immense <em>torii</em> (arche orangée) de Miyajima, dont l’échelle fait écho au lac paisible dans lequel il est immergé, et les chaînes de montagnes qu’on aperçoit à l’horizon. Même l’incontournable Pavillon d’or, à Kyoto, n’aurait pas le même impact si ce n’était du petit lac à ses pieds et des arbres qui le dominent.</p>
<p>Bref, là où je voulais en venir, c’est que le divin est inextricablement lié à la vie, et plus précisément à son expression dans la nature. Certains la prennent pour acquise, d’autres s’inquiètent de son bien-être. Comme dans les visions de Chihiro, le dieu de la rivière se voit parfois infesté de détritus, de boue et de bicyclettes. Mais il est encore possible de préserver les points de vue divins de la nature nippone.</p>
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		<title>Dans mes petits souliers</title>
		<link>http://www.delitfrancais.com/2009/03/03/herisson-mollasson/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Mar 2009 16:34:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[Hérisson mollasson]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si mon boulot se déroule la plupart du temps dans de petites, et souvent minuscules, écoles campagnardes, il m’arrive parfois de visiter des écoles moins isolées de la ville. L’une d’entre elles cultive une réputation de terreur. Il faut dire qu’avec près de 700 étudiants, cet établissement a une ambiance pour le moins animée.</p>
<p>Lors de mon dernier passage, j’ai eu l’occasion de rencontrer l’un des fameux «délinquants» de cette école. Ses cheveux dressés en une série de pics orangés d’une hauteur respectable, tel un pseudo-mohawk, lui donnaient un air de hérisson fluorescent. Difficile à manquer. Il traînait dans la salle des professeurs lorsqu’il m’a aperçu et est venu s’installer en face de moi, assis de revers sur une chaise, les bras appuyés sur le dossier. Déclarant noblement «vouloir devenir bilingue», il a commencé à me poser des questions… en japonais.</p>
<p>Étant donné son désir d’apprendre, je lui répétais ses questions en anglais. Lorsque je répondais à ses questions, il traduisait à son tour vers le japonais pour confirmer sa compréhension auprès d’un professeur qui s’était improvisé interprète. Au-delà de son apparence de cancre, l’élève avait certainement la tête bien sur les épaules. La séance de questions-réponses prenait des apparences de jeu qui semblait bien le divertir.</p>
<p>Passé l’interrogatoire traditionnel:  «Tu viens d’où? T’as quel âge? T’es marié?», les questions ont dérivé vers ses centres d’intérêts. «Est-ce que tu fumes? Moi, ça fait un an que je fume un paquet par jour.» Je lui ai suggéré qu’à quinze ans, c’était peut-être un peu jeune pour fumer comme une cheminée. «Qu’est-ce que tu bois comme alcool? Es-tu capable de boire du <em>shochu</em>?» Avec l’aide du professeur, je lui ai expliqué que le niveau d’imposition en vigueur, les Québécois devaient choisir leurs vices avec circonspection.</p>
<p>Pendant ce temps, le professeur/interprète essayait gentiment de convaincre mon interlocuteur de prendre le chemin de la salle de classe.</p>
<p>«Qu’est-ce que tu as comme horaire aujourd’hui?»</p>
<p>«Sais pas, je suis fatigué.»</p>
<p>«Allons, pourquoi ne pas y faire un petit tour?», roucoulait le professeur. Réfléchissant un brin, le délinquant a déclaré fièrement qu’il n’était pas entré dans une salle de classe des dix derniers mois. Ce qui ne l’empêchait pas pour autant de se pointer à l’école, de vagabonder ici et là et de réclamer sa pitance à l’heure du repas.</p>
<p>Quand je lui ai demandé pourquoi il n’assistait pas aux cours, il m’a répondu: «J’ai pas envie. C’est ennuyant et il y a trop de règles.» Bref, le problème le plus commun du  milieu scolaire, ce n’est pas la consommation de drogue, la longueur des jupettes ou le vandalisme. Le problème, c’est une épidémie d’apathie générale, de plus en plus manifeste avec l’âge. Mes collègues décrivent cela comme un problème de discipline (en général, inculquer les règles de bienséance est une tâche plus scolaire que parentale), mais je ne suis pas certain que resserrer l’étau soit la solution…</p>
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		<title>Dans mes petits souliers</title>
		<link>http://www.delitfrancais.com/2009/02/10/eloge-du-reve-vide/</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Feb 2009 23:05:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[Éloge du rêve vide]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Chanter du karaoké en français, ça signifie de prime abord apprécier sa propre ringardise. Il faut dire que le bref <em>flirt</em> du Japon avec la chanson française date du siècle dernier, plus précisément de l’époque d’Édith Piaf, Yves Montand et compagnie. Si vous recherchez un registre plus moderne, c’est Céline Dion ou rien du tout.</p>
<p>Néanmoins, le karaoké (qui signifie littéralement «orchestre vide», en référence au côté factice de la performance) est une expérience qui devrait être essayée au moins une fois. Ce passe-temps de choix, qu’on peut accompagner d’alcool, a l’avantage d’être le plus souvent pratiqué dans une cabine à l’abri des oreilles et des regards étrangers. En compagnie plus grivoise, on préférera le <em>snack-bar</em>, minuscule établissement tenu par une <em>mama-san</em> et quelques charmantes demoiselles offrant compagnie et conversation.</p>
<p>L’activité permet notamment d’acquérir un tout autre regard sur la perspective qu’ont bien des gens à propos des étrangers. J’ai appris que j’étais supposé pouvoir chanter spontanément mon hymne national, et aussi détenir la science infuse de la discographie entière des Beatles. Lorsque Michiko, professeur de japonais et chanteuse exceptionnelle, a appris que je ne connaissais pas le répertoire complet de la Mélodie du bonheur, sa déception a été telle qu’elle n’a guère pu s’empêcher de me taper dessus.</p>
<p>Dans un autre ordre d’idées, essayer le karaoké permet d’admirer les diverses vidéos qui accompagnent les chansons. Les vidéoclips officiels sont rarissimes et c’est normalement une production de qualité amateur qui complète l’instrumentation approximative. Trouver un lien logique entre la thématique d’une chanson et la vidéo d’accompagnement relève de l’exploit mental.</p>
<p>Pour prendre un exemple bien innocent, la chanson thème du film <em>Ghostbusters</em> est complétée d’un chef-d’œuvre d’hilarité vidéo. Une poignée de danseurs, dont les pantalons dangereusement amples ne sont pas sans rappeler la glorieuse époque de MC Hammer («U Can’t Touch This»), se déchaînent au sommet d’un gratte-ciel d’une ville quelconque.</p>
<p>En cas de manque d’inspiration, la solution est simple: il suffit d’une compilation pêle-mêle de vidéos de vacances tournés ici et là en Europe ou aux États-Unis. Qu’importe si les paroles évoquent la Californie, une vidéo tournée dans un bus touristique à New York fait aussi bien l’affaire…</p>
<p>De ce que j’ai pu comprendre des conversations avec mes collègues de travail, les relations entretenues avec le monde du vice sont plutôt raisonnables. Les gens qui boivent quotidiennement s’en tiennent sagement à une consommation. Si bien des gens fument comme des cheminées (j’ai vu des urinoirs avec des cendriers…), rares sont ceux qui s’aventurent au-delà des frontières légales.</p>
<p>De fait, c’est envers le divertissement que je remarque le plus de tolérance. Si un élève est en train de lire un manga ou un roman en plein cours, il ne sera pas cible de sanction disciplinaire. Même dans les coins les plus isolés, on finit par dénicher un pavillon de <em>Pachinko</em>, sorte d’équivalent bruyant des <em>vidéo poker</em> et autres machines à sous au Québec. Et, lorsqu’on saisit le micro pour interpréter le dernier tube ou un vieux classique, sur un arrière-plan d’exotisme ou d’exultation, on s’enferme dans le rêve vide et l’on oublie les tracas du quotidien.</p>
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		<title>Question de place</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Jan 2009 19:00:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand je suis arrivé au Japon, il y a de cela six mois, M. Shimizu a été le premier à m’avertir des dangers fauniques guettant les campagnards. «Si tu te promènes le soir, fais gaffe aux serpents! Et si tu conduis, il se peut que tu croises des cerfs ou des sangliers… ou même des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand je suis arrivé au Japon, il y a de cela six mois, M. Shimizu a été le premier à m’avertir des dangers fauniques guettant les campagnards. «Si tu te promènes le soir, fais gaffe aux serpents! Et si tu conduis, il se peut que tu croises des cerfs ou des sangliers… ou même des singes.» Il n’avait pas tort, puisque j’ai effectivement aperçu une douzaine de cerfs particulièrement adeptes d’escalade une nuit de novembre, alors que je conduisais sur une route serpentant le long d’une montagne.</p>
<p>J’ai même vu une vingtaine de singes il y a quelques semaines. Ils se la coulaient douce dans une rizière en dormance. Il paraît que le froid les incite à s’approcher de la civilisation, pour faire une razzia dans les jardins et les plantations qui contiennent encore de quoi à manger.</p>
<p>En fait, si en théorie M. Shimizu habite dans la même région que moi, la réalité est tout autre pour lui. Il a un appartement dans une grande ville à proximité (si on peut appeler un 1 ½ frappé d’anorexie un «appartement») pour diminuer les déplacements entre son boulot et son futon. Quand son horaire le lui permet, il effectue le pèlerinage rural pour passer du temps avec sa famille.</p>
<p>Sa situation paraît encapsuler la culture d’entreprise qui perdure dans plusieurs domaines. Bien que disposant d’une formation pour enseigner les mathématiques, M. Shimizu s’est vu assigner un poste au département des langues étrangères du bureau de la commission scolaire. Je soupçonne que la perspective de devoir parler anglais sur une base semi-régulière lui donne quelques ulcères d’estomac, ce qu’il cache adroitement sous un sourire contagieux et un pep apparemment inépuisable.</p>
<p>Bien qu’on associe janvier au commencement, je ne puis m’empêcher de penser qu’ici, c’est le début de la fin. C’est la saison des examens d’admission pour ceux qui veulent continuer leurs études – au deuxième cycle du secondaire ou à l’université. Une fois ce moment masochiste d’étude à outrance passé, et une place garantie pour l’étudiant dans l’établissement éducatif de son choix, les dernières semaines d’école ne semblent guère avoir d’impact ni d’importance.</p>
<p>Pour ceux qui vivent plutôt au rythme de leur profession, il ne reste qu’environ deux mois avant le début de la nouvelle année fiscale, en avril. La majorité des employés ne connaîtront pas leur sort avant le 31 mars. C’est à ce moment qu’ils apprendront s’ils conservent leur poste, ou s’ils vont jouer aux chaises musicales – et si c’est le cas, s’ils vont devoir se transplanter dans une autre région.</p>
<p>Du point de vue d’un observateur externe – et, je dois l’avouer, un peu illettré sur les bords – le sens logique employé par la haute direction paraît difficile à saisir. Imaginez le scénario: vous complétez des études en génie informatique, vous postulez pour un emploi dans une grande entreprise, et vous vous retrouvez… au département du marketing.<br />
En attendant, M. Shimizu fait de son mieux. Qui sait s’il continuera à orchestrer des séminaires dans quelques mois, ou s’il sera de retour dans son petit monde de nombres et de… sangliers.</p>
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		<title>Méandres</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Jan 2009 23:43:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[Les années passent, mais je ne doute guère qu’une fois de plus le retour aux amphithéâtres et aux salles de classes aura été bien hâtif sur le campus de McGill. Si ça peut vous consoler, ici-bas les 24 et 25 décembre ne sont pas synonymes de vacances. Cela dit, le 23 décembre est un jour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les années passent, mais je ne doute guère qu’une fois de plus le retour aux amphithéâtres et aux salles de classes aura été bien hâtif sur le campus de McGill. Si ça peut vous consoler, ici-bas les 24 et 25 décembre ne sont pas synonymes de vacances. Cela dit, le 23 décembre est un jour férié, puisqu’il s’agit de l’anniversaire de l’empereur. Ce jour-là, le palais impérial est partiellement ouvert au public, tandis que les camionnettes noires des ultranationalistes sillonnent les rues de Tokyo en crachant leur vitriol pamphlétaire.</p>
<p>Je ne saurais trop décrire la politique japonaise, sinon qu’on se scandalise de ce que le premier ministre soit semi-illettré (du moins, incapable de lire des <em>kanji</em> –caractères dérivés de l’écriture chinoise – élémentaires). Malgré la récente collection de premiers ministres aux mandats écourtés pour cause d’incompétence, la conscientisation politique semble modeste. Le système paraît fonctionner juste assez bien pour ne pas attiser le courroux des électeurs.</p>
<p>M’enfin, je digresse. Comment avez-vous profité des vacances? Personnellement, je suis allé respirer l’air de Kyoto. Un peu «fristounet», assez pour conjurer de petites averses de neige, mais bien loin des moins vingt degrés qui congelaient votre métropole au même moment. N’empêche, la vieille capitale nippone m’a rappelé Montréal, avec sa horde de cyclistes un peu casse-cou. On apprend à cohabiter sur les mêmes trottoirs, quitte à entendre le «dring dring» des sonnettes assez souvent.</p>
<p>Même s’il s’agissait de ma première excursion dans cette ville qu’on associe habituellement aux <em>geishas</em> et aux <em>maiko-san</em> (les apprenties), j’étais bien pourvu en guides, en cartes et en recommandations gastronomiques. Avant de partir à l’aventure, j’avais demandé conseil aux Yamamoto – ils connaissent bien cette ville, malgré leur préférence pour les charmes rustiques et les temples ancestraux de Nara, ville voisine.</p>
<p>J’ai rencontré les Yamamoto en tant que propriétaires du concessionnaire automobile de la région, mais depuis j’ai fait plus ample connaissance. Il faut dire qu’ils gagnent à être connus. M. Yamamoto possède par exemple un vélo à trois mille dollars et regarde le Tour de France à chaque année. De temps en temps, Mme Yamamoto passe à un café qui fait aussi office d’atelier de céramique tenu par un Français (en fait, dans toute la préfecture, il y a un grand total de deux Français: l’un tient un café, l’autre est maître en arts martiaux).</p>
<p>Les Yamamoto illustrent bien les changements qui se faufilent d’une génération à l’autre. La fille aînée étudie en médecine, ce qui aurait été source de tracas ou marque de rébellion il y a une ou deux générations. De ce que je peux observer, ça demeure quand même l’exception davantage que la règle. Certaines familles continuent à décourager les filles d’entreprendre des études supérieures, sous prétexte qu’elles en seraient plus «difficiles à marier». Il existe encore une forte division des sexes selon les disciplines. J’ai visité dix écoles primaires, dont une seule a à sa tête une directrice.</p>
<p>Quitte à ne pas bousculer le système, au moins on le détourne ou on l’infiltre.</p>
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		<title>Acide, lucide</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Nov 2008 22:38:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Ménard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Dans mes petits souliers]]></category>

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		<description><![CDATA[M. Shimamura a les sourcils les plus étranges que j’aie vus. Ils vont dans toutes les directions, comme si de longues mandibules poilues s’étaient greffées à ses arcades sourcilières. C’est la seule caractéristique qui anime son visage aux traits résignés, un peu fatigués. Il faut dire que M. Shimamura travaille dans une école secondaire de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>M. Shimamura a les sourcils les plus étranges que j’aie vus. Ils vont dans toutes les directions, comme si de longues mandibules poilues s’étaient greffées à ses arcades sourcilières. C’est la seule caractéristique qui anime son visage aux traits résignés, un peu fatigués.</p>
<p>Il faut dire que M. Shimamura travaille dans une école secondaire de premier cycle comptant 700 têtes. Parmi celles-ci, certaines s’endorment, d’autres demeurent parfaitement amorphes. Il y en a même qui s’éclipsent en plein milieu d’une leçon ou qui n’assistent carrément pas aux cours, préférant errer dans les couloirs ou à l’extérieur, à paresser ou à conspirer. Ce sont des yankee (slang pour «délinquant») en devenir, et il n’y a apparemment pas grand-chose à faire pour les convaincre de reprendre le chemin des bancs d’école…</p>
<p>En plus de son boulot de pédagogue, M. Shimamura est aussi membre de l’exécutif dans une des associations syndicales représentant les professionnels du milieu de l’enseignement. Bien qu’il ne soit pas au sommet de la chaîne alimentaire syndicale, cette tâche lui prend quand même un temps considérable, à coups de séminaires et de négociations. Entre les commentaires de l’ex-ministre de l’Éducation, M. Nakayama, qualifiant le plus grand syndicat de professeurs de «cancer sur le système de l’éducation», et les pressions faites par les groupes ultranationalistes, les représentants n’ont pas la tâche facile ces jours-ci…</p>
<p>Cela dit, discuter avec M. Shimamura est toujours un délice. Il se remémore avec plaisir ses études universitaires – il était alors un spécialiste des affaires étrangères américaines de l’après-Seconde Guerre mondiale. «C’était toujours un casse-tête de décortiquer les documents diplomatiques. À l’époque, on n’avait pas de dictionnaire pour les termes spécialisés, ni la moindre idée de comment on devait prononcer les noms des autorités du Moyen-Orient ou de l’Europe de l’Est.»</p>
<p>M. Shimamura habite à trente minutes en voiture de l’école, dans une banlieue qui se prend pour un village. Plus souvent qu’autrement, les rues étroites (et dépourvues d’indications claires) engloutissent les visiteurs confus. Il est déjà arrivé qu’une automobile conduite par des touristes détruise la clôture de sa maison («Ma femme a cru que quelque chose venait d’exploser») en essayant de faire marche arrière parce que la ruelle était devenue trop petite pour permettre à leur bolide de passer. «On leur a indiqué un stationnement et un endroit pour louer des vélos, et on a fait réparer la clôture.»</p>
<p>M. Shimamura rend occasionnellement visite à ses parents, habitant dans un village à deux stations de train au nord de mon patelin. L’année dernière, son père a dû subir une chirurgie pour réduire un cancer du poumon. Lorsqu’il peut, M. Shimamura aide donc ses parents à effectuer diverses tâches, dont le magasinage. «À chaque année, ça devient plus difficile. Il y a de plus en plus d’endroits qui ferment, il faut toujours aller plus loin pour faire ses courses. Ça devient vraiment pénible pour mes parents.»</p>
<p>Dans toutes ces histoires, M. Shimamura conserve une perspective acide, lucide. «La campagne est en train de s’éteindre, le coût de la vie est en hausse alors que nos richesses s’amenuisent, et on oublie trop vite qu’on a déjà été dans les mêmes conditions misérables que les autres pays d’Asie où se perpétuent la main-d’œuvre enfantine.» Alors il fait ce qu’il peut, et se résigne pour le reste.</p>
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