Santé mentale, état précaire
6 avril 2017 - Image par Monica Morales
Les services mcgillois sont de nouveaux critiqués pour leur inefficacité.

La fusion des services étudiants de Conseil (Counselling, ndlr) et des services à la Santé mentale, mise en place au semestre passé, s’est retrouvée cette semaine de nouveau critiquée par la gouvernance étudiante mcgilloise. Le Groupe de travail sur la santé mentale de étudiant·e·s de McGill a publié le 31 mars dernier une lettre ouverte intitulée «l’administration de McGill continue à faire défaut à la santé mentale étudiante».

Pétition étudiante

La lettre ouverte, co-écrite par Erin Sobat, vice-président aux Affaires universitaires  de l’Association des étudiants en premier cycle de l’Université McGill (AÉUM), fait trois recommandations pratiques à l’administration: remettre en ordre les Services de conseil et à la santé mentale (Counselling and Mental Health Services, ndlr), éliminer les 650 000 dollars de frais généraux déduits du budget des services étudiants, mettre en place un stratégie pour la santé mentale complète et englobant l’ensemble du campus. Publiée en ligne sous forme de pétition, elle avait le 6 avril au soir recueilli 900 signatures sur 1000 voulues.

La fusion de ces deux services étudiants en une seule entité était accompagnée d’une nouvelle approche thérapeutique, un modèle «étape par étape» («stepped care model» en anglais, ndlr). Cette approche préconise une gradation des traitements les moins intensifs, une discussion de groupe par exemple, aux plus intensifs, comme une évaluation psychiatrique. Ce n’est pas cette approche «étape par étape» qui est critiquée, mais sa mise en place désorganisée, qui parait s’être faite au détriment des étudiant·e·s.

Une bureaucratie dysfonctionnelle

L’importante couverture qu’a fait de cette transition la presse étudiante permet de passer en revue nombreux disfonctionnements : notes médicales difficiles à obtenir, longue attente avant de pouvoir consulter, aide reçue inadéquate…Cette couverture médiatique fait aussi état de grandes confusion et déception étudiantes.

Selon Giuseppe Alfonsi, directeur du Service à la santé mentale, l’attente pour rencontrer un psychologiste ou un conseiller serait d’un mois. Une estimation à la baisse selon Erin Sobat, qui, selon les témoignages reçus, la situent entre un et deux mois. Selon M.Alfonsi, il ne faudrait attendre qu’une semaine pour consulter un psychiatre, et se voir prescrire des médicaments.

Le témoignage d’Amélie*, étudiante à McGill, remet en question cette version. Amélie a un problème chronique de santé mentale: «Je me retrouve dans un très mauvais état de burnout et d’anxiété deux fois l’année. D’habitude quand cela se produit, j’ai juste besoin d’un petite dose de médicaments anti-anxiété pour calmer mes crises de panique et me permettre de fonctionner l’histoire d’une semaine.» Se rendant aux Services de conseil et à la santé mentale elle doit consulter un conseiller «inutile» pendant deux semaines, et paie un psychiatre externe afin de se voir prescrire les médicaments nécessaires. Afin de pouvoir consulter un psychiatre d’urgence, elle doit stipuler sur un formulaire être dans un état suicidaire, ce qui «dissuade de demander un rendez-vous» explique Amélie.

Manque de suivi personnel

Rencontrant une psychiatre, celle-ci la questionne sur son état suicidaire, Amélie lui confie alors involontairement certains éléments particuliers de son passé, liés à sa santé mentale, qui la catégorisent comme un «cas compliqué» aux yeux des services mcgillois. La psychiatre refuse alors de lui prescrire des médicaments, «il m’a dit qu’elle ne me prescrirait pas des médicaments car je pourrais me tuer avec.» La psychiatre réfère alors Amélie à un autre psychiatre, qu’Amélie avait consulté il y a un an, avec lequel elle lui prend rendez-vous dans deux semaines. «Le docteur ne voulait simplement pas me prendre en charge…alors elle m’a renvoyé sans ressource et un rendez-vous pris dans deux semaines…»

Amélie ne se présente pas à ce second rendez-vous, pour voir si les services effectueraient un suivi de sa personne, elle n’est jamais recontactée. «Ils aiment mettre un pansement sur les cas compliqués jusqu’à ce que ces individus abandonnent», explique Amélie. «Bien que le modèle étape par étape permette un meilleur usage de ressources limitées, en ce moment le staff doit à la fois agir en tant que thérapeutes et gestionnaires de dossiers, ce qui n’est pas viable and signifie qu’il y a finalement moins de temps disponible pour de la thérapie spécialisée» abonde Erin Sobat.

Réorganisation urgente

Alors que ces services mcgillois sont bien dotés en psychologues, conseillers, et psychiatres, le cas d’Amélie met en lumière plusieurs problèmes organisationnels. Le «triage», le fait d’aiguiller l’étudiant·e vers un conseiller ou psychologue, supposément éliminé alors que conseillers et psychologues sont désormais dénommés «Cliniciens au service-client» («Client Care Clinicians», ndlr), reste un problème. «Ils vous rentrent dans le système rapidement mais le suivi continu est quasiment non-existant», explique Amélie. «Nous avons besoin d’un système central de triage qui peut mieux évaluer les besoins des étudiants et les référer dès le début à l’éventail complet de ressources disponibles.» continue Erin Sobat, qui espère pouvoir amener McGill à effectuer le meilleur usage de ses ressources actuelles, à l’image du programme Wellness Recovery Action Plan qui soutient l’individu tout en l’encourageant à se «réapproprier son autonomie».

Des ressources qui ne se limitent pas aux Services de conseil et à la santé mentale, mais incluent aussi les groupes de soutien étudiants, tel le Peer Support Centre, la McGill Nightline, ou la McGill Chatline. Des ressources étudiantes, comme universitaires, qui sont comprises dans la vision d’ensemble demandée par la lettre ouverte étudiante. Un Groupe de travail sur la santé mentale avait été constitué pendant l’année 2013-2014, il comprenait une vingtaine d’employé·e·s mcgillois·e·s pour une dizaine d’étudiant·e·s, et avait présenté ses conclusions pour une approche globale de la santé mentale à McGill. Ses recommandations n’auraient pas été suivies. Un nouvel effort similaire serait nécessaire, comme il serait nécessaire de toujours plus inclure les étudiant·e·s à ce travail de consultation et de réflexion.

 
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