Je ne suis pas une salope.
31 janvier 2017 - Image par Vittorio Pessin
Le documentaire UnSlut Project soulève un problème qui nous touche toutes.

«Meuf arrête de faire la pute!» «Elle couche avec n’importe qui, elle ne se respecte pas.» «C’est la salope de l’école!» «Fais pas genre, on sait que t’es une fille facile.» «T’as vu les photos qu’elle envoie à son mec…elle mérite de se prendre des queues!» «C’est pas du viol, t’es habillée comme une trainée, on sent que tu demandes que ça.»

Il y a plus poétique et mieux tourné comme introduction. Je l’admets. Ce n’est pas moi qui ai une rhétorique sale et violente, c’est notre réalité. Vous avez déjà entendu ces phrases. Vous en avez certainement prononcé des similaires.  Avouez-le; je m’apprête à faire de même.  Aussi importante que la «culture du viol» ou la «culture de l’alcool» – mais plus discrète car encore plus internalisée – la culture du «slut shaming» est un sujet qui mérite d’être abordé sur notre campus.

La culture du slut shaming

Par «slut shaming» entendez une habitude culturelle qui incite à la discrimination et à la violence envers – le plus souvent – les femmes à cause de leur comportement(s) sexuel(s) jugé(s) comme dépravé(s).

Notre façon d’approcher la sexualité féminine est construite sur des dynamiques de pouvoir presque ancestrales

Lundi 16 janvier à McGill, Right to Campus et McGill’s Union for Gender Empowerment organisait justement une projection du documentaire UnSlut Project. Ce documentaire tente de soulever les causes et les effets dévastateurs du slut shaming. L’accent est tout particulièrement mis sur la façon dont le slut shaming se fait ressentir de manière d’autant plus forte par les victimes de viol. En effet, c’est un moyen de justifier et de décriminaliser l’action du violeur. De plus certaines «survivantes» de viol tendent à être, par la suite, cataloguées comme «salopes» du fait de l’expérience sexuelle qui leur a été infligée.

La vérité presque trop intense de ce documentaire m’a émue aux larmes. Elle mène aussi à un débat, à d’autres questions, et surtout, à une reconsidération de nos conceptions parfois trop rapides des femmes en tant que individus ayant une vie sexuelle. 

La salope salopée

Notre façon d’approcher la sexualité féminine est construite sur des dynamiques de pouvoir presque ancestrales. Il semble que depuis toujours la valeur d’une femme soit rapportée à sa pureté: aujourd’hui encore, il semblerait qu’une femme, comme un objet quelconque, perde petit à petit de sa «dignité» plus elle a été «utilisée» sexuellement.

Cela n’est pas seulement le cas dans le regard des hommes, mais bel et bien dans celui de tou(te)s. Même les féministes éduquées et fières de leur sexualité – moi incluse – pratiquent presque inconsciemment le slut shaming envers leurs paires ou sur elles-mêmes. Qu’il s’agisse de regarder une amie comme une «nympho» car elle «enchaine les coups d’un soir», ou de se s’auto-culpabiliser en décrivant notre retour d’un rendez-vous sexuel comme une «walk of shame» («marche de la honte», ndlr)… il s’agit là de discours qui entretiennent cette culture. Trop souvent, on voit les femmes sexuellement actives comme n’ayant pas su résister, n’ayant pas su dire «non» pour protéger ce qui leur reste de virginité. Des filles faciles, somme toute. Or, ne devrions-nous pas plutôt voir les relations sexuellement consenties comme des décisions prises de manière actives, voir pro-actives, de la part de ces femmes? Des femmes puissantes et maitresses de leurs choix de vie, donc. 

Cette projection en petit comité à McGill a montré qu’il était nécessaire de dialoguer au sujet du slut shaming car ses manifestations sont parfois inconscientes, mais ses conséquences sont considérables et graves. Nous devons aussi y inclure les questions de genre et d’intersectionnalité. Des solutions éducatives et institutionnelles sont à trouver. Mais avant toute chose il est urgent, comme le fait le UnSlut Project, d’en parler. Qu’on décide de se réapproprier ou de rejeter cette identification de «salope», il faut d’abord prendre conscience qu’elle est omniprésente dans notre société. 

 
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