La résistance anti-Trump
15 novembre 2016
GRIP-Concordia organise un rassemblement pour répondre à l’élection américaine.

La nouvelle de son élection est à peine tombée, il n’est même pas encore en fonction, mais déjà on s’affole de par le monde entier. Donald Trump sera donc le prochain président du pays le plus puissant au monde. «Vous avez dormi très tard mardi soir, parce que vous attendiez les résultats, vous vous êtes endormis avec confusion, colère et vous êtes levés avec les mêmes sentiments — découragés, peut-être?», comme le décrit Jaggi. Pourquoi ne pas transformer ces sentiments en une énergie positive et créatrice? C’est en tout cas ce que le jeune homme propose.

Un vote extrêmement contesté

Le vote populaire semblant donner la victoire à Hillary Clinton, beaucoup de citoyens américains s’insurgent devant les résultats et face à ce type bien particulier de scrutin indirect. C’est en particulier le cas de l’État de la Californie où l’écrasante majorité de Clinton (61.5%) a soulevé la question d’un «Calexit». Plusieurs manifestations anti-Trump ont déjà eu lieu dans plusieurs États américains… Et ici aussi, à Montréal.

En effet, au lendemain des résultats, le jeudi 10 novembre, la communauté de Concordia et le Groupe de recherche d’intérêt public au Québec de l’Université (GRIP-Concordia, ou QPIRG-Concordia en anglais, ndlr) ont organisé une rencontre. Cette «réunion communautaire» avait pour but de former une résistance anti-Trump.

Dans la salle, l’ambiance est chaleureuse et l’on manque de place: pendant la première heure, les gens ne cessent d’affluer. Immédiatement, le ton est donné: l’endroit est un espace sécuritaire, et ressemble à bien des égards aux mouvements ou forums comme Nuit Debout (manifestations organisées en France suite à l’adoption d’une nouvelle loi de réglementation du travail, ndlr): la parole est donnée tour à tour par un modérateur, le créateur de l’événement, et on peut «applaudir» silencieusement en agitant les mains si une idée nous plaît ou nous inspire.

Réactions à chaud

La réunion consiste en un véritable brainstorming des émotions de chacun face à l’élection de Trump: à travers les mots «terrifié», «motivé», «sans voix», transparaît bien une incrédulité générale, mais surtout un désir de faire bouger les choses.

Ainsi, quand on demande à l’assemblée quelles initiatives pourraient améliorer la situation, les idées fusent: se réunir et s’allier à d’autres mouvements en Amérique du Nord; essayer d’analyser les résultats de cette élection pour éviter que le schéma se reproduise en Europe, où des élections seront tenues prochainement (en France et en Allemagne, entre autres); soutenir les minorités et valeurs méprisées par Trump; et pour cela sensibiliser la population au consentement, à la communauté LGBTQ+, aux personnes de couleurs ou aux autochtones. Beaucoup s’inquiètent, non seulement des crimes de haines, de la surveillance de la NSA entre les mains d’un tel homme, et de l’impact sur le changement climatique que ses mesures auront.

Plusieurs sentent une forme d’urgence: il faut (ré)agir vite. C’est par exemple le cas de Talia Ralph et Victoria Woo, deux étudiantes de McGill présentes: «Je recherchais des rassemblements pour un débriefing immédiat, et celui-ci était le premier qui semblait organisé avec un but clair.»

Affront, affirmation, démocratique ?

Tocqueville le dénonçait déjà il y a deux siècles: la démocratie, c’est la tyrannie de la majorité. Ainsi, les résultats d’élections démocratiques font toujours des déçus. Nonobstant cette constatation, que penser de cette «majorité», face à un absentéisme colossal: 45.8% des citoyens en âge de voter n’ont pas rempli leur droit civique?

Donald Trump reste le président élu dans les règles de l’art par le peuple américain: ne pas reconnaître la légitimité de Trump, n’est-ce pas anti-démocratique? Les deux étudiantes de McGill réfutent cette idée: «Ce n’est pas simplement à propos de Trump comme président élu démocratiquement, mais plutôt un problème global, un changement structurel visible de la société. J’aimerais qu’il y ait une manière de parler de ça sans évoquer Trump — il représente ce qui arrive dans la société depuis un long moment», expliquent-elles. Il s’agit, plutôt que de se lever face à un individu, de «résister aux mouvements homophobes et xénophobes à grande échelle».

Jaggi, l’organisateur principal de l’événement à travers le GRIP-Concordia, conçoit aussi cette question démocratique à une échelle plus large: «Le fait que quelqu’un vienne d’être élu, ça ne veut pas dire se taire et ne rien faire. La démocratie, ce n’est pas juste quelque chose de bureaucratique et électoral, c’est dans ce que l’on fait tous les jours». Il ajoute, «les manifestants et manifestantes dans à peu près 25 villes aux États-Unis et aussi ici au Canada, ce sont eux les démocrates».

Il souligne ici un point essentiel: laisser la parole aux opposants, c’est une liberté permise par la démocratie. En général, le président élu endosse un rôle unificateur; mais l’élection très controversée fait planer le doute: Trump réussira-t-il à réconcilier une Amérique profondément divisée?

Le découragement, ou le cynisme?

Les deux étudiantes mcgilloises insistent: «Aujourd’hui, plus que jamais», il est temps d’agir. Lorsqu’on lui demande s’il a un message à faire passer à ceux découragés par les résultats, ou la politique en général, Jaggi répond : «Je respecte toujours toute émotion: chaque personne a son propre trajet pour gérer, tout ça. On n’a pas besoin d’avoir une compétition entre nos émotions. Moi, personnellement, je suis en colère et je suis aussi inspiré pour la lutte, mais je ne demande pas aux autres de ne pas respecter leurs émotions». Être découragé, en colère, heureux, avoir davantage envie de s’impliquer — tout ressenti est donc valable, valide. En revanche, Jaggi dénonce le cynisme politique, une dynamique qu’il juge cependant peu répandue au vu des diverses manifestations qu’a vécu l’Amérique du Nord ces derniers jours. 

 
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