Veni, vidi, hihi
16 février 2016 - Image par Mahaut Engérant
Les frères Coen dévoilent une nouvelle comédie tordante.

Sur une musique d’ouverture religieuse, c’est en vitesse que l’on s’empresse d’entrer dans la salle du Cinéma du Parc pour visionner le nouveau long-métrage des cinéastes Ethan et Joel Coen: Hail, Caesar!

On se retrouve alors plongé dans les années 1950, face à Eddie Mannix (Josh Brolin) en pleine confession. Eddie est un homme à tout faire qui lutte chaque jour avec des réalisateurs mécontents à Hollywood, qui conseille des stars capricieuses — dont la pulpeuse Dee Anna Moran (Scarlett Johansson) — et qui s’escrime à contourner les questions dérangeantes d’une paire de journalistes aspirantes dictatrices. C’est décidément trop pour ce pauvre homme accablé par son quotidien mondain à Hollywood, d’autant plus qu’il s’est vu offrir un poste bien plus «sérieux» à Lockheed.

L’élément perturbateur intervient juste avant une prise lorsque l’acteur Baird Whitlock (George Clooney) est drogué par deux figurants dont on apprendra plus tard qu’ils appartiennent à un groupuscule communiste franchement commode. Transporté à l’Ouest de Malibu dans une villa en total désaccord avec l’idéal communiste, Whitlock devient peu à peu communiste malgré lui, sans aucun questionnement de sa détention qui devient un séjour de vacances intellectuelles. Tel un enfant, il s’imbibe alors de mots compliqués à propos de «l’économie» des intellectuels figurants.

Mahaut Engérant

En parallèle, Hobie Doyle (Alden Ehrenreich), un autre acteur de peu de mots et beaucoup de gestes, découvre peu à peu le complot; entre dîner au lasso de pâte et scène difficile à jouer avec le très panaché Laurence Laurentz (Ralph Fiennes), il mènera la trame à son terme en découvrant la cache des communistes où Whitlock lit patiemment le journal dans le salon.

De leur côté, les communistes, bien divisés sur les tenants de leur idéologie, ont demandé une rançon et sont guidés par un agent du Komintern infiltré en acteur à Hollywood.

Vous l’aurez compris, il s’agit bien d’un film des frères Coen, et par cela entendez l’appel du 5e degré. Les informations partent dans différents sens, plusieurs éléments sont ajoutés et ne sont pas là pour aider la trame mais plutôt pour ajouter du comique au film.

«Il s’agit bien d’un film des frères Coen, et par cela entendez l’appel du 5e degré»

C’est aussi ce que nous retrouvons dans «O Brother, Where Art Thou?», une tapisserie sur laquelle se «patchent» plusieurs éléments sur fond d’Odyssée.

Ces éléments, ce sont les différents genres de comique, car Hail, Caesar! en est plein. La répétition, les situations, les gestes, le texte, chaque partie semble être réfléchie. Nous avons alors peur de laisser passer quelque détail, quelque réplique cinglante au sens caché. Nous ne vous le cacherons pas, c’est un film qui demande de la concentration et un œil expert si l’on veut en tirer tout ce qu’il a à offrir.

Cela commence par l’aspect de l’affiche dont la police tend vers celle de Ben-Hur, au costume d’un George Clooney habillé en général romain pendant 106 minutes de film, à deux journalistes jumelles, à une star enceinte aussi vulgaire qu’une poissonnière de Ménilmontant et à qui on a conseillé d’adopter son bébé, et enfin à un fil rouge qui est peut-être cette fois tiré de la Bible. Doute, difficultés et rédemption, mais comique!