Contradictions humanitaires
26 janvier 2016 - Image par Charlie
Idéalisme vs réalisme politique.

Si le premier trimestre de Justin Trudeau à la tête du gouvernement fédéral vient de se terminer, sa «lune de miel» avec les Canadiens en revanche semble partie pour durer encore un bon bout de temps. Bien qu’elle ne soit pas inédite (même les Conservateurs avaient profité d’une telle faveur en 2006), cette popularité reste quand même surprenante, au vu de la multiplication des incohérences du gouvernement ces dernières semaines. Des incohérences particulièrement flagrantes lorsqu’il s’agit de Droits de l’Homme.

Il est vrai que les photos de Trudeau auprès des nouveaux arrivants syriens ont convaincu de nombreux spectateurs que le Canada retrouvait sa position de sanctuaire des Droits de l’Homme d’avant le règne Harper. La décision du gouvernement de cesser de bombarder un pays déjà en ruine semble également sage. En tout cas, si elle est un jour appliquée. Car le candidat qui a promis tant de fois de cesser de combattre la violence par la violence n’a toujours pas donné de date précise pour le retrait des troupes. Évidemment, rien ne peut se faire dans la précipitation. Pourtant, si la situation des Syriens est assez urgente pour que le gouvernement ait essayé d’en accueillir 6000 par semaine sans aucune préparation, il est difficile de comprendre pourquoi cesser de bombarder le pays d’origine de ces mêmes réfugiés peut attendre indéfiniment.

Charlie

Nos affaires en Arabie Saoudite

Il est encore plus difficile d’expliquer comment notre gouvernement humaniste a pu accepter de vendre du matériel militaire à l’Arabie Saoudite, un pays qui non seulement ne respecte pas le droit de ses propres citoyens, mais commet aussi des crimes de guerre chez son voisin yéménite. Trudeau peut bien affirmer qu’il ne s’agit là que de Jeeps. Si c’est vraiment le cas, il est encore plus incompréhensible que le Canada ait quand même tenu à vendre une marchandise qu’on aurait facilement pu revendre à d’autres pays. Mais apparemment les Yéménites ne sont pas exactement au centre des préoccupations du premier ministre. Pourtant, 93% des morts et blessés dans ce pays sont des civils, et en vendant ces Jeeps blindées, nous prenons le risque d’augmenter leur souffrance.

Le prétexte selon lequel l’Arabie Saoudite est garante de stabilité dans la région est difficilement défendable au vu des événements des dernières semaines, durant lesquelles le pays a multiplié les provocations à l’encontre de son voisin iranien. Car, quoi qu’on pense de la réaction des Iraniens à la mort du Cheikh chiite al-Nimr, elle était prévisible. Tout comme leur réaction à un bombardement proche de leur ambassade au Yémen. Et la tentative de rapprochement de l’Arabie Saoudite avec le Pakistan indique que les dirigeants saoudiens se préparent à une possible escalade des tensions, ce qui n’augure rien de bon pour la région.

Alors, pourquoi les Canadiens ferment-ils les yeux sur toutes ces contradictions? Contrairement à l’époque d’Harper, avec le nouveau gouvernement tout est public, couacs inclus. Mais le réalisme politique est devenu une excuse des défenseurs du jeune Ppremier ministre pour accepter tout ce qui ne collait pas avec l’image humaniste de ce dernier. Ceux que les Conservateurs accusaient d’être des idéalistes clament à présent qu’annuler un contrat serait irresponsable, ignorant volontairement le fait que les Suédois l’ont fait. Ce soutien inconditionnel à la politique de Justin Trudeau est un amour aveugle, avec de lourdes conséquences humanitaires à la clé. La question, maintenant, est donc de savoir quand les aléas de la vie de couple vont enfin commencer pour les jeunes mariés.