Élire une femme, quelle blague!
20 octobre 2015 - Image par Charlie
Le sexisme en politique est encore trop présent.

Il n’est jamais trop tôt pour avoir une opinion, surtout quand il s’agit de rabaisser les femmes. À 390 jours des élections présidentielles américaines, le rappeur américain T.I. a décidé qu’il était temps de justifier ses choix politiques. Lors d’une interview avec DJ Whoo Kid sur la radio Sirius XM, il déclarait: «Sans vouloir être sexiste, je ne peux pas voter pour une femme à la tête du monde libre.» La suite de ses propos mentionne l’instabilité émotionnelle que l’on reconnaît souvent chez les femmes: «Elles prennent des décisions très sérieuses, butées, et après, c’est un peu comme si ça ne s’était pas passé, ou elles ne voulaient pas que ça se passe ainsi». Le rappeur finit en disant qu’il serait regrettable d’envoyer une bombe nucléaire dans ce contexte.

Charlie

Même si, au vu des paroles de ses chansons (en référence à Whatever you like, ndlr), il était déjà clair qu’Hillary Clinton ne correspondait pas à son idéal féminin, cette déclaration reste profondément choquante. En quelques mots, pour le rappeur, l’adéquation d’œstrogène et de pouvoir donne forcément lieu à une guerre nucléaire. 

«Je pense que l’on élirait le monstre du Loch Ness avant d’élire une femme. »

De nombreux stéréotypes continuent d’entacher la réputation des femmes en politique: considérées comme hystériques si elles s’affirment, censées être diplomates et pacifiques, rendues irrationelles par leurs menstruations, et la liste est encore longue… «La saison est ouverte pour les politiciennes», selon l’expression utilisées par John A. Tures dans le Huffington Post, et T.I. n’est que le dernier scandale en titre. Après tout, Donald Trump à la présidentielle pensait que le fait que «du sang sortant de son vous savez quoi» était un bon argument pour discréditer une journaliste.

Alors que les élections américaines ne débuteront que dans plus d’un an, les fédérales canadiennes se terminent, et le sexisme fait aussi partie du paysage électoral. La candidate bloquiste Catherine Fournier a été l’objet de commentaires sexistes quand un journaliste de Global TV News, Peter Anthony Holder, a retweeté une photo d’elle aux côté du chef de son parti, Gilles Duceppe, sous une légende faisant entendre qu’elle serait séduite par le pouvoir de ce dernier: «Elle est prête à retirer son string pour lui.» La candidate a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux, en soulignant que jamais une blague de ce genre ne serait faite sur un homme. Par la suite, M. Holder a présenté ses excuses.

Le Canada a fait d’énormes progrès égalitaires aux cours des dernières décennies, mais n’a pas encore atteint la parité. Après les élections fédérales de 2011, seulement 25% des sièges au Parlement étaient contrôlés par des femmes.  Le Canada n’est que 50e au classement mondial de l’égalité parlementaire entre les hommes et les femmes. Et bien que des candidats sexistes comme Gilles Guibord (candidat conservateur mis à la porte à la suite de commentaires misogynes, ndlr) soient mis à l’écart, les femmes continuent d’être victime des stéréotypes les décrivant comme «moins aptes» à gouverner que les hommes.

Au final, pour T.I, comme pour M. Holder, il n’y a rien eu de mieux à faire que de s’excuser humblement. Petit conseil pour la prochaine fois: ne jamais commencer une phrase par «Sans vouloir être sexiste». Ou arrêter, tout court, de considérer les femmes en politique comme des amatrices.