«Indignez-vous!»… et après?
22 septembre 2015 - Image par Esther Perrin Tabarly
Concrétisons nos emportements en actes.

se réveille comme chaque matin, prend son café, allume la télévision, ouvre le journal. Il est à la recherche de l’information choc, du scandale humanitaire. Il le trouve. Alors plongé dans une rage folle, il se jette sur les réseaux sociaux, son arme la plus précieuse. Rien ne saurait l’arrêter dans cette entreprise, rien, ni personne. Et rien, ni personne, ne l’entend réellement, et son indignation bien éphémère n’a que peu d’effet.Ainsi vont beaucoup de journées dans la sphère de l’internaute. Tout le monde est victime un jour du syndrome d’X. Reste à prendre conscience du problème.

Tous indignés

Les réfugiés dans le monde entier, les lycéennes enlevées par Boko Haram au Nigéria. Ces histoires ont peu en commun, et pourtant, toutes deux ont suscité un syndrome d’X, souvent irréfléchi, souvent fugace, souvent dans l’ignorance des causes mêmes de l’indignation; rendant ainsi impossible tout espoir d’effet réel sur la politique fédérale ou internationale.

Des enfants, des femmes et des hommes meurent tous les jours dans le cimetière qu’est la mer Méditerranée, ce n’est juste pas aussi visuel, choquant et sensationnel que la terrible photographie du jeune Aylan Kurdi. Boko Haram assassine depuis des années déjà au nord du Nigéria. L’assassinat de quelques-uns dans les tréfonds d’un pays dont on n’entend pas assez parler est seulement moins émouvant que la prise d’otage de jeunes filles écolières: symbole multiforme du développement, de la condition de la femme et de la protection des enfants.

L’indignation se mue trop vite en désintérêt, ou débouche sur une absence de coordination. Les provinces canadiennes ont beau tendre les bras aux migrants, le fédéral ne suit pas: le ministère de l’Immigration a refusé la demande d’asile de l’oncle d’Aylan Kurdi et les Conservateurs parlent de discriminer l’entrée dans le pays en privilégiant les non-musulmans pour ne pas admettre de terroristes, selon les mots de Jason Kenney, ministre de la Défense sortant.

Au Nigéria, Boko Haram assassine toujours à tour de bras tandis que la réponse des pays voisins, chez qui le virus se propage, se fait attendre.

Changer la donne

«S’il est important de bien conduire un mouvement revendicatif, il faut aussi savoir le terminer.» Ainsi parlait Maurice Thorez, représentant communiste français, lors des grèves de la joie de 1936. Son affirmation reste d’actualité. L’indignation ne suffit pas, il faut une action, une condensation des revendications dans des actes concrets afin de terminer le mouvement impulsé par l’indignation. L’Histoire récente nous a prouvé qu’il existe un militantisme utile. Le choc qu’ont provoqué les morts du séisme du Népal ne s’est pas limité à la contemplation. Des mesures ont été implantées immédiatement: Facebook a mis en place une plateforme de dons, et une chaîne d’aide a pu être créée. Pour accueillir les migrants ces derniers mois, en Allemagne, des systèmes similaires à Airbnb, d’ailleurs saturés en quelques jours, sont apparus. Encourageons de telles initiatives, qu’elles viennent d’individus, d’entreprises, ou de gouvernements. Elles se font souvent trop attendre.

À quel moment l’indignation n’est-elle plus que le passe-temps d’une population nombriliste? Loin de moi l’idée de nier que je suis aussi victime du syndrome d’X, parce qu’il concerne tout un chacun. J’accuse une population à l’opinion versatile, et de par ce fait, des politiciens opportunistes, démagogues et inconstants. Je veux encourager une prise de conscience et l’aboutissement des revendications. S’indigner ne suffit pas, il faut agir: le changement peut venir d’«en haut» comme d’«en bas», comme le montrent les Allemands. Il y a de l’espoir dans ce qui peut être notre perte: l’instantanéité est le frein mais peut devenir le moteur des revendications modernes.