Déséquilibre social
1 avril 2014 - Image par Romain Hainaut
Henry Mintzberg veut revaloriser la société civile.

À l’occasion de la sortie de son pamphlet «Rééquilibrer la société», l’académicien de renommée mondiale Henry Mintzberg discutait au Cercle Universitaire de McGill, jeudi 27 mars, de sa conception des priorités sociales. La société, dit-il, est composée de trois piliers qu’il faut savoir équilibrer: le public, le privé, et ce qu’il appelle le pluriel, «la société civile». Ces trois piliers donnent lieu à trois types de besoins: les besoins individuels, communs et nationaux. Le problème de nos sociétés à nous, de notre démocratie idéalisée, c’est que la balance penche toujours d’un côté ou de l’autre.

Mintzberg illustre: les États-Unis ont commencé à perdre l’équilibre vers la fin du XIXe siècle, quand la Cour Suprême a accordé aux entreprises le statut de «personnes» protégées par les mêmes droits que les citoyens. On a tendance à oublier que les entreprises peuvent être des communautés humaines plutôt que des «collections de ressources humaines». C’est pourquoi aujourd’hui, raconte-t-il, on se retrouve avec des flux virtuels de monnaies à la tête de l’économie globale, ou un coût des services de santé qui représente, aux États-Unis, 17% du produit intérieur brut national. Les exemples fusent les uns après les autres, pour nous mettre un avant-goût de déséquilibre en bouche: 40% de la population américaine est au-dessus du seuil d’obésité ou, encore, l’exemple de l’État de Californie qui dépense plus dans son système carcéral que dans l’éducation, pour ne citer qu’eux. Le conférencier cite le Pape François: «l’argent doit servir et non pas régner.» Mintzberg rit d’ailleurs des conférences sur le réchauffement climatique: «c’est une blague! Ils ne font rien du tout.»

Puis la conversation dérive sur les avancées technologiques et les réseaux sociaux. La toile mondiale créée en 1990, le premier téléphone intelligent en 2005, et maintenant les réseaux sociaux numériques. Quels sont les enjeux pour la société? «Ce qu’il faut éviter, insiste Mintzberg, c’est la confusion entre un réseau et une communauté». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les mouvements comme Occupy Wall Street n’ont pas bouleversé l’ordre mondial: «les nouveaux médias sociaux favorisent la communication, mais pas la collaboration.» Les technologies nous encouragent à l’individualisme, c’est tout le secteur pluriel qui est tiré vers le bas.

Le discours semble pessimiste et désabusé à première vue, mais l’humanisme de Mintzberg est en fait frappant. Un membre de l’assemblée lui a reproché son message négatif: on est conscient du déséquilibre, mais qu’est-ce qu’un individu lambda peut faire pour rétablir la balance? Nos insurrections sont-elles vaines et ne nous servent-elles qu’à nous plonger dans un autre modèle disproportionné? L’individu a besoin d’un message d’espoir, et Mintzberg nous assure qu’il en est conscient. Il a parlé à plusieurs reprises du Brésil, de ses citoyens prêts à relever les défis de société, à prendre des risques. Le Brésil pullule d’initiatives sociales, il y existe même des partenariats entre les entreprises, l’État, et le secteur pluriel. Le message à retenir, dit Mintzberg, c’est qu’en réfléchissant, on se rend compte qu’on exploite tous quelqu’un ou quelque chose.

Rééquilibrer la société, ce serait cesser de causer des dommages à ce qui nous entoure, et devenir actif pour le changement. La conclusion est restée plutôt vague, et c’est peut-être à chacun de nous de comprendre comment on peut lutter pour ce changement. L’avantage, c’est qu’on sort toujours de ce genre de conversations avec un brin d’espoir, le cœur à l’activisme et des chiffres frappants.

 

 
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