Notre culture, une pétroculture?
11 février 2014
Pétrocultures 2014

** Pétrocultures 2014: : le pétrole, l’énergie et l’avenir du Canada. Voici le titre de la conférence annuelle de l’Institut d’études canadiennes de McGill qui s’est déroulée les 6 et 7 février derniers sur le campus, au cercle universitaire de McGill. Événement souhaité par certains, critiqué par d’autres, Pétrocultures a attiré l’attention et soulevé les débats. Cette semaine, Le Délit offre une couverture en profondeur de cet enjeu et des diverses conférences qui ont eu lieu. **

La réponse à cette question a semblé évidente pour Ruth Beer, Stephanie LeMenager et Sheena Wilson, toutes trois professeures d’université. Selon elles, le problème n’est plus de se demander si nous vivons dans une société où les intérêts économiques liés au pétrole ont une importance démesurée, car la réponse est assurément «oui». Elles sont parfaitement conscientes du rôle que le pétrole tient dans la vie sociale, culturelle et politique des Canadiens, et n’ont d’ailleurs pas hésité à énoncer vivement leur vision du problème.

Sheena Wilson, professeure assistante à l’Université d’Alberta, souligne qu’il est grand temps d’admettre que nous coexistons dans une pétro-culture pour enfin éveiller la conscience collective. Pour cela, il est tout d’abord essentiel de se poser les bonnes questions. Ruth Beer remet les choses en perspective et demande: «à qui appartiennent les terres dont nous exploitons les ressources? Quels jugements doit-on considérer légitimes lorsque les risques et bienfaits de ces exploitations sont en jeu?»

Ces questions rappellent que les intérêts liés au pétrole sont indissociables de réflexions sociales majeures telles que les relations entre autochtones et exploiteurs, et donc le droit de l’un à disposer des terres de l’autre. Au cours de la conférence, Stephanie LeMenager cite un exemple: des gisements de pétroles californiens installés trop près d’habitations et dont la pollution présente des risques considérables pour les habitants des environs. À son tour, Sheena Wilson touche un problème tout autre en dénonçant la dédramatisation des contestations liées aux problèmes environnementaux et l’importance que jouent les médias dans ce combat.

Mais comment faire évoluer cette culture où l’énergie prend plus de valeur que l’individu? Du discours de chacune des invitées s’échappe un optimisme encourageant qui évoque, à l’avenir, les potentielles directions à prendre. Toutes insistent sur les notions d’échange et de collaboration. Ainsi, en étant plus à l’écoute et en facilitant le dialogue, il serait possible de s’orienter vers une utilisation et une extraction plus judicieuse des énergies dont nous disposons. D’après Madame Beer, l’art représente un moyen particulièrement efficace de communiquer l’importance de remettre en question ce qui semble aller de soi, de produire une incertitude. Son projet artistique «Trading Routes» a pour objectif la recherche et la création dans une optique de reconsidération de la nature et de ses ressources. Pour sa part, à travers son dernier livre «Living Oil: Petroleum Culture in the American Century», Stephanie LeMenager, décortique l’histoire du pétrole et son omniprésence pour prôner une transition vers des énergies renouvelables.

Après avoir posé des questions et énoncé leurs opinions, les trois invitées proposent une alternative et rappellent qu’il est crucial d’alimenter le débat concernant l’exploitation et l’utilisation du pétrole, un enjeu contemporain fondamental.