The future is here
12 novembre 2013
Six mil Antennas de retour à la SAT.

La Société des Arts Technologiques (SAT) propose une deuxième session supplémentaire pour la projection du film immersif Six mil Antennas – The Final Cut de Johnny Ranger. Initialement prévu jusqu’au 31 août, la distribution du moyen-métrage onirique de l’artiste américain s’est étendue jusqu’au 14 septembre. Face au succès critique et commercial de l’œuvre, la SAT et Mindroots, co-producteurs, ont donc proposé des séances supplémentaires du 29 octobre au 22 novembre.

Projeté dans le nouveau dôme de la SAT, la Satosphère, Six mil Antennas – The Final Cut offre une expérience singulière aux spectateurs. Allongé sur des boudins, le spectateur se retrouve entouré d’images, comme dans un planétarium de musée. Le voyage que propose ce film est tout aussi cosmique. Organisé par séquences, il commence comme un film de science-fiction, sans dialogue mais avec une bande-son envoûtante et planante. Entre Matrix et La Jetée de Chris Marker, Six mil Antennas explore l’inconscient à travers plusieurs tableaux aux espaces flous, tantôt laboratoire, tantôt maison japonaise. L’équilibre entre les différentes séquences est instable, le spectateur est sans cesse sollicité par les images en périphérie, se retournant parfois, inquiet de ce qu’il se passe derrière lui. Une impression exacerbée d’autant plus par la non-narrativité de la pièce dans son ensemble.

C’est bien la circularité qui ressort de cette expérience, propre au dôme de la Satosphère. Des cercles mouvants qui englobent la salle, les images qui tournent à la manière d’un kaléidoscope. Loin de donner le tournis, ce motif est le point d’ancrage du film, celui où les figures reviennent, où les thèmes musicaux réapparaissent pour donner tout son sens à l’œuvre.

Qualifié de film d’art futuriste par les critiques, surréaliste selon la promo, Six mil Antennas est avant tout un regard sur une humanité décadente et la dégénérescence de l’homme, des corps. Les seules paroles du film, en voix-off, ressemblent à un poème appelant à la reconstruction du genre humain: «regenarate by the new, […] replace the disturbance of the mind with love» (régénérer par le nouveau […] remplacer le trouble de l’esprit par l’amour, ndlr). Cette voix se tait pour laisser place aux grands chantiers industriels et urbains, toujours symboliques, à travers de la peinture mouvante.

Enfin, on perçoit vers la fin du film une autre visée artistique et autoréflexive. Six mil Antennas questionne la perception du réel et l’expérience collective. Une des dernières séquences représente une salle de concert d’opéra progressivement envahie par des télévisions, appareils-photo, iPod, iPhone, jusqu’à ce que les écrans se brouillent. Avant de retrouver nos téléphones intelligents chéris et la vague d’informations quotidienne et continue, Johnny Ranger nous offre une petite heure de répit où on se laisse porter dans l’imaginaire d’une grande œuvre.

Six mil Antennas est précisément une œuvre collective, puisqu’elle ne se visionne qu’en planétariums, où nous devons côtoyer les autres, voire nous allonger les uns à côté des autres. Devant le succès à la fois local et mondial (le film à été primé dans plusieurs festivals étrangers), les droits devraient être commercialisés prochainement, une première pour ce genre de production – à la hauteur du film, unique en son genre.