Soirée avec Charles Taylor
5 novembre 2013
Entre conférence et militantisme.


Charles Taylor s’est exprimé, ce mardi 30 octobre, au pavillon Sherbrooke de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), au sujet de l’avenir de la démocratie. L’événement a une double portée: il est politique, marquant l’engagement de Charles Taylor auprès du Nouveau Parti Démocratique (NPD), mais aussi éducatif, grâce aux réflexions faites par le philosophe au sujet de la démocratie.

La conférence organisée conjointement par le NPD Westmount-Ville-Marie et Notre-Dame-de-Grâce-Lachine et le NPD McGill a réuni plusieurs centaines de personnes. La popularité du philosophe canadien a en effet le pouvoir de soulever les foules: les places ont toutes été réservées bien à l’avance, forçant les organisateurs à changer le lieu de l’événement afin d’obtenir une salle plus grande.

 

Engagement auprès du NDP

La soirée avait pour but d’afficher clairement l’engagement du professeur Charles Taylor auprès du NPD. Isabelle Morin, députée québécoise de la circonscription Notre-Dame-de-Grâce-Lachine, annonce à cet égard au début de la conférence: «c’est avec des personnalités comme Charles Taylor qu’on va pouvoir agrandir notre mouvement.» Le professeur de droit à McGill Daniel Weinstock, ajoute à ce sujet: «en tant que néo-démocrates, nous avons énormément de chance que, quand vient le temps de délasser ses patins, c’est de notre côté de la patinoire que [Charles Taylor] s’enligne.» Le professeur a d’ailleurs récemment travaillé de concert avec le NPD afin de guider le parti sur les questions relatives à la gestion de la diversité.

L’engagement de Taylor auprès du NPD est loin d’être passif. À la fin de son allocution, il souligne: «ce que je proposerais à notre parti, c’est de présenter tout son programme […] comme un ensemble qui a comme but de recréer une démocratie plus réelle au Canada.»

 

L’avenir de notre démocratie

Comme le dit Daniel Weinstock au début de la conférence: «Charles Taylor montre comment une pensée abstraite […] peut être mise au service d’une action éminemment concrète.»

Si le sujet de la démocratie peut sembler vague et flou, Charles Taylor, professeur émérite de McGill, met l’accent sur plusieurs points essentiels au cours de son discours. Le constat qu’il fait est de prime abord plutôt sombre. La société est coincée dans plusieurs cercles vicieux: baisse de la participation politique, accroissement des inégalités, etc.

Il insiste par la suite sur plusieurs points essentiels concernant la démocratie. En premier lieu, il la qualifie «d’inatteignable une fois pour toute, […] c’est une lutte permanente».  Il complète sa pensée par la suite en disant que «les moments les plus vibrants dans une démocratie sont ceux où l’on reconstruit la démocratie». C’est donc un objet changeant, jamais figé, et qui doit constamment être retravaillé et repensé. Rencontrer des obstacles devient alors un potentiel pour l’évolution et ne marque donc pas la fin de la démocratie.

 

Taylor contre la Charte des valeurs

Dans le contexte québécois, la question de la Charte des valeurs est naturellement intervenue au cours de la soirée. En 2007, la Commission Bouchard-Taylor avait été créée afin d’examiner la question des accommodements raisonnables reliés aux différences culturelles. Charles Taylor est nommé co-président de la commission au côté du sociologue Gérard Bouchard. Le rapport final est encore aujourd’hui sujet à controverse, notamment pour les conclusions qu’il tire au sujet du port de signes religieux par les représentants de l’État. Un droit de réserve est en effet émis quant à l’autorisation du port de signes religieux ostentatoires par les représentants directs de l’État (policiers, procureurs, président de l’assemblée, etc.).

Durant la séance de question, une jeune femme demande au philosophe s’il pense que cet aspect du rapport a pu ouvrir la porte à la Charte des valeurs. La réponse de Taylor est claire: la commission a été créée parce que ce débat existait déjà, il n’est donc pas possible que le rapport ait servi d’inspiration à la charte. Il affirme d’ailleurs depuis plusieurs mois son opposition formelle à la charte dans les médias, et réaffirme son engagement ce soir-là en qualifiant celle-ci de «poison».