La grève en 118 mots
5 février 2013 - Image par grâc. Dictionnaire de la révolte étudiante
Le Dictionnaire de la révolte étudiante, codirigé par une étudiante de McGill

Il y a quelques semaines était publié un petit livre dont le carré rouge de la couverture ne pouvait dissimuler le contenu. Le Dictionnaire de la révolte étudiante est un petit lexique engagé qui tente de revoir les différents mots qui étaient sur toutes les lèvres l’année passée. L’idée originale de Serge Théroux était de donner la parole aux différents acteurs du printemps érable en leur proposant d’écrire un court texte sur les mots et les expressions qui ont fait la grève. En entrevue avec Le Délit, Mariève Isabel, étudiante au doctorat à McGill en littérature française et en environnement, décrit le projet qu’elle a dirigé avec Laurence-Aurélie Théroux-Marcotte comme une plate-forme pour redonner leur sens à des mots galvaudés. Selon elle, le Dictionnaire est un livre «tout en nuances» qui couvre des mots «à sens élastique».

L’idée du dictionnaire a germé dans la tête de Serge Théroux il y a un peu moins d’un an. Les deux directrices ont été approchées pour mener le projet à terme, en proposant une liste de mots à couvrir à différents acteurs de la société québécoise. «On a commencé par proposer une liste de 50 mots. Au fur et à mesure qu’on nous proposait de nouveaux mots, on est arrivé à 118 entrées dans le dictionnaire», commente Mariève Isabel. Le Dictionnaire de la révolte étudiante est donc un projet qui rassemble de multiples collaborateurs. De l’étudiante du Québec au professionnel de la culture, en passant par le professeur et jusqu’au préfacier, Guy Rocher, qui approche les 90 ans, le projet rassemble les générations.
De part ses multiples auteurs, le dictionnaire prend des allures d’Encyclopédie. Chaque entrée est comme un traité pour lequel un auteur a décidé de prêter sa plume, pour donner une définition à un mot ou une expression. Ces «lexicographes engagés», comme les décrit Mariève Isabel, donnent pour la plupart quelques définitions pour l’entrée qu’ils ont choisie, en prenant un ton tantôt satirique, tantôt sérieux, tantôt révolté. Les définitions nous touchent toutes de près ou de loin; elles redessinent à la fois ces mots, leur donne un caractère, une histoire, liée à celle du Québec, et sont autant d’associations incongrues que de traités philosophiques. Ce livre qu’on lit partiellement de temps à autre, qui reste sur une table basse, bien en évidence, sait nous rappeler ce que Montréal a vécu en 2012.

Pour Mariève Isabel, le fait de publier un dictionnaire permet d’«attirer notre attention sur l’importance des mots». Il est vrai que les opposants à la grève n’ont pas hésité à faire usage d’un «réseau sémantique qui frappe l’imaginaire». Une sorte de guerre des mots, qui font de la grève un boycott, et du carré rouge un symbole d’intimidation et de violence. Dans un climat d’après-guerre, un livre est aussi un moyen de remettre les choses à leur place. Le combat ne s’arrête pas là. La codirectrice du projet nous rappelle que rien n’est gagné; et si nous ne sommes plus dans les rues, c’est que nous avons conclu une trêve pour l’occasion du Sommet de l’éducation. Le passage à la table des négociations est aussi une façon de porter la révolte à un autre niveau. Il ne nous reste plus qu’à défendre nos intérêts comme nous savons le faire.