Éditorial | 23 octobre 2012
«James, ouvre-toi»
Le rapport sur la libre expression et l’assemblée pacifique du doyen de la Faculté des Arts Christopher Manfredi est sorti début octobre.
Rédigé par et | Image par Nicolas Quiazua | Le Délit
«Ne vous demandez pas ce que l’université peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’université” - Anthony C. Masi

Le rapport sur la libre expression et l’assemblée pacifique du doyen de la Faculté des Arts Christopher Manfredi est sorti début octobre. Le Professeur Manfredi propose dans ce rapport une synthèse de tout ce qui a été dit lors des séances du forum ouvert. Il offre également trois recommandations: la révision du Code de conduite de l’étudiant, la révision du Protocole James, et l’amélioration du programme d’entraînement des services de sécurité de l’Université. Le rapport a été discuté lors de la dernière séance du Sénat, le mercredi 17 octobre, et la Principale Heather Munroe-Blum a apporté ses commentaires.

Sens des Protocoles Provisoires aujourd’hui?

Deux Protocoles élaborés après les occupations du bâtiment d’administration en novembre 2011 et février 2012 – Le Protocole Provisoire sur les Manifestations, Protestations et Occupations à McGill et le Protocole James –  sont toujours en vigueur.

Ces protocoles restreignent en particulier la liberté de manifester des mcgillois et renforce la séparation «étudiants-administration» en limitant considérablement, si ce n’est en interdisant, la liberté de circulation dans l’édifice d’administration James.

On peut se demander la signification qu’ont ces protocoles aujourd’hui, plusieurs mois après les occupations et manifestations à McGill. Ces documents ont été élaborés rapidement après les événements, à brûle-pourpoint, et ne semblent pas pertinents aujourd’hui.

N’aurait-on pas dû proposer un abandon immédiat de ces protocoles plutôt qu’une simple révision, afin de se concentrer sur la plus vaste entreprise de révision du Code de conduite de l’étudiant. Pour l’instant, l’Université attend encore que la Principale Blum clarifie les prochaines démarches à suivre, le 23 novembre. L’ombre de ces protocoles pèsera sûrement encore un moment sur McGill.

Participation Étudiante

Dans l’élaboration de son rapport, le semestre passé, Manfredi a organisé des forums ouverts sur la libre expression. Ces forums se voulaient un point de rencontre entre les étudiants et l’administration de McGill afin de discuter les façons d’améliorer les politiques de vie étudiante et «discuter de la signification et de la portée des droits à la libre expression et aux réunions pacifiques sur le campus», tel que suggeré par le doyen de la faculté de droit, Daniel Jutras.

Le Délit, présent à chaque instance, n’a pu que faire remarquer l’absence quasi-totale des étudiants et le malaise ressenti par ceux qui osaient se présenter face au format de la discussion.
«Je ne me sens pas confortable de parler ici, et je vais vous expliquer pourquoi. D’un, ce débat est assez formel, j’aurais aimé avoir une conversation plus décontractée avec les administrateurs. C’est ce à quoi je m’attendais en tout cas. De deux, la scène et les micros n’aident pas non plus», rapportait Courtney, après la rencontre du 1er mars (voir Le Délit, «Les étudiants manquent à l’appel» volume 101, numéro 14).

Certains étudiants voyaient la participation à ces rencontres comme une légitimation d’un processus auquel ils n’adhéraient pas. Une rencontre organisée en gardant le même système hiérarchique et paternaliste que plusieurs dénonçaient et qui donnait un semblant d’écoute au corps étudiant.

Sécurité privée et procédures disciplinaires

Une des recommandations proposées dans le rapport de Manfredi concerne le programme de formation des employés de sécurité de l’Université.

Par contre, le Doyen des Arts ne parle que des «Services de Sécurité de l’Université» et n’aborde pas le sujet de l’emploi de gardes de sécurité privée, Securitas.

La compagnie semble être en mesure d’imposer ses propres règles et ne semble pas recevoir d’entraînement désigné à la sécurité estudiantine. Josh Resel, président de l’AÉUM, restant silencieux sur les autres points, déplore la pratique courante: «l’emploi de gardes de sécurité privés constitue un obstacle».

Les services de sécurité étant les premiers témoins lors d’événements, ils sont appelés à rédiger des rapports scellant le sort des participants. La session dernière, les procédures disciplinaires ont été enclenchées à plusieurs reprises sans motifs suffisamment pertinents et la plupart du temps, les personnes condamnées ont été rapidement acquittées.

Malgré le fait que cette majorité n’ait pas eu des conséquences, la professeure et sénatrice Catherine Lu a raison de dire que le fait «d’avoir à passer par le processus disciplinaire est en soi problématique».

Trop d’optimisme?

Le rapport a pour l’instant été accueilli chaleureusement par les représentants étudiants. Lors de la dernière séance du Sénat, les commentaires à propos du forum ouvert et de ses conclusions ont été majoritairement positifs.
Néanmoins, il est difficile de ne pas se garder de réserves sur le processus. Les recommandations sont vastes et prendront sans doute des années à être exécutées. Ce rapport a certes de nombreux mérites, mais la tâche reste considérable. Il est encore loin le temps où les étudiants se sentiront chez eux dans l’édifice James, et l’administration à l’aise dans le bâtiment Shatner.

La dynamique étudiant-administration peut être résumée par la citation de JFK paraphrasée par le doyen de l’Université, Anthony C. Masi, lors du sénat: «Ne vous demandez pas ce que l’université peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’université”.

(italique ajouté)