Dix jours pour changer le monde
17 mars 2009
Pour sa quatrième édition, le Festival de films sur les droits de la personne de Montréal décuple d’efforts.

Du 12 au 22 mars 2009 se tient le Festival de films sur les droits de la personne de Montréal (FFDPM), qui réunit cinéma et photographie. Durant dix jours, le septième art devient le meilleur moyen de traduire la souffrance d’autrui. La porte-parole, Laure Waridel, affirme que le cinéma est le moyen le plus efficace de rendre tangible la notion des Droits de la personne. Selon elle, le septième art touche à la fois la tête et le cœur; le cinéma est propice à l’établissement d’un dialogue entre le public et ses sujets– contrairement aux média (télévision, journaux, radio) qui ne font que relater impersonnellement les événements.

Les films du FFDPM sont regroupés sous les thèmes des arts de la résistance, des catastrophes environnementales, du combat des journalistes, de la déportation des Inuits, des enfants, des femmes, des objectifs du millénaire pour le développement durable, du respect et de la reconnaissance des GLBT – gais, lesbiennes, bisexuelles et transsexuels – , de la violence politique, et des zones de conflits politiques et religieux. La porte-parole rappelle que le festival ne s’adresse pas seulement aux cinéphiles ou aux militants pour les droits humains. Les films présentés mettent en scène une variété de protagonistes tels des commerçants, des sportifs, des musiciens, des journalistes et des médecins. Soixante-douze longs et courts métrages issus de vingt-deux pays seront dévoilés durant les dix jours du Festival. La variété de la provenance des films permet à ceux-ci d’atteindre un plus grand auditoire et favorise ainsi une sensibilisation à plus grande échelle. L’appel à l’action s’adresse donc à un public plus vaste, varié et élargi. Il ne faut cependant pas oublier que le malheur n’est pas toujours éloigné. Les quelques films sur l’itinérance en Amérique du Nord nous rappellent que les droits humains ne sont pas acquis, même en Occident.

Cette quatrième édition du FFDPM coïncide avec le vingtième anniversaire de la Convention relative aux droits de l’Enfant. Afin de souligner cet anniversaire, le Festival propose une programmation jeunesse pour les sept à dix ans, présentée à l’ONF. Les séances seront interactives et permettront d’intéresser les enfants occidentaux aux réalités quotidiennes des autres enfants ailleurs dans le monde.  Le Festival s’inscrit aussi dans la continuité de la dixième édition de la Semaine d’actions contre le racisme, permettant ainsi d’étendre la mobilisation pour les Droits de la personne bien au-delà du 22 mars.

Le FFDPM vise à éduquer ainsi qu’à approfondir la connaissance des principaux enjeux humains, environnementaux et politiques de notre époque. Les films du festival reflètent la réalité, souvent très sombre, des avancées des droits de la personne.  La pénurie alimentaire, la crise économique, les problèmes environnementaux ainsi que la légitimation de la torture par les États-Unis montrent que le FFDPM est plus nécessaire que jamais cette année.

Un projet d’envergure

Encore une fois, le Festival de films sur les droits de la personne nous prouve que l’engagement politique et social n’est pas une contrainte à la technique et au style avec une production variée et de qualité.

En septembre 2000, 191 gouvernements se sont engagés auprès de l’ONU à respecter huit objectifs pour le développement durable de la planète et de l’humanité. Ces objectifs du millénaire devaient être atteints pour 2015. À ce jour, aucun des gouvernements n’est en voie de réussite. Le constat mondial est de plus en plus inquiétant. Huit cinéastes se sont donc réunis afin d’exposer, dans le cadre d’un même projet mais chacun à leur manière, les conséquences de l’inaction des gouvernements. C’est ce film collectif qui a inauguré le Festival.

Abderrahmane Sissako présente Le rêve de Tiya. Tiya est une enfant éthiopienne plutôt lucide. Son professeur tente de lui enseigner les objectifs du millénaire, mais elle n’y croit pas: elle préfère regarder par la fenêtre les garçons jouer au ballon. Même l’enfance est désillusionnée et démoralisée par l’inaction des gouvernements et de la société.

Gael Garcia Bernal offre quant à lui La lettre, un film où la trame narrative et la trame visuelle racontent deux histoires qui semblent distinctes. L’une n’explique pas l’autre, mais fait le lien entre l’histoire individuelle des protagonistes et l’objectif un objectif collectif, celui d’assurer l’éducation primaire pour tous.

SIDA vise pour sa part à montrer l’incompétence des autorités médicales ainsi qu’à éduquer sur le VIH/SIDA et le paludisme. Gaspar Noé place au centre de son documentaire un homme originaire du Burkina Faso. L’Africain fait le récit de sa découverte de la maladie, des conséquences de celle-ci sur ses relations avec ses proches, ainsi que des effets de la maladie sur son corps. La figure squelettique de l’homme accapare l’écran. Les battements du cœur du sidéen, qui servent de trame sonore, intensifient l’angoisse du public, déjà mal à l’aise devant le spectacle des maux physiques et mentaux du sujet.

La réalisatrice Mira Nair présente une fiction qui veut promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes. How Can It Be? met en scène une femme musulmane qui quitte fils et mari afin de suivre l’homme qu’elle aime et poursuivre ses rêves.

Dans The Water Diary, tout un village est aux prises avec les conséquences du réchauffement climatique: l’eau potable est introuvable. Ce qui surprend, c’est que le film de Jane Campion se déroule en Australie, dans un pays industrialisé, et non pas dans le tiers-monde.  Les membres de la nouvelle génération décident de prendre leur avenir en main et de se mobiliser, au moyen de la musique, pour faire venir la pluie.

Gus Van Sant présente, dans Mansion on the Hill, des adolescents adeptes du skateboard et se sert d’eux pour attirer l’attention du spectateur sur des faits véridiques et choquants. Durant le film, on nous montre des statistiques sur la mortalité infantile à travers le monde. Les garçons qui s’agitent en arrière-plan semblent inconscients de la réalité qui traverse l’écran sur lequel ils évoluent.

Une jeune Péruvienne chante L’histoire de Panshin Beka, une femme enceinte qui meurt en couches, faute d’avoir eu accès à des soins adéquats. Jan Kouen fait mourir cette mère à l’écran, sur le fleuve Amazone, sous les yeux du public.

Wim Wenders propose toutefois, avec Person To Person, une alternative à tout le malheur exposé dans les sept films précédents. La manipulation des médias donne une image défavorable de la situation mondiale et ne favorise pas l’amélioration de celle-ci. La solution est pourtant simple, selon le cinéaste: les êtres humains doivent créer une chaîne de solidarité et d’entraide où chacun viendrait en aide à son prochain.

Forbidden Sun Dance

Ce documentaire de 35 minutes est suivi, dans la programmation du festival, de trois autres courts métrages, soit Sedition, Tembùr et Whispers of Light. Lila Ghobady place sa caméra face à une chorégraphe iranienne afin qu’elle lève le voile sur son exil. Elle explique ainsi au public que la République islamique d’Iran interdit formellement la danse, considérée comme une forme d’adultère. Ayama Bayat tente malgré tout de perpétuer la tradition de la danse folklorique persane, à l’extérieur de son pays. Sedition prend place dans le centre-ville de Toronto. Min Sook Lee, la réalisatrice, rencontre Rafeef Ziadah et Boonaa Mohammed. Ces deux poètes sont très jeunes, mais comprennent déjà les enjeux de l’immigration, de l’exil et du racisme. Dans Whispers of Light, un photographe aveugle décrit sa démarche créatrice au réalisateur Alberto Resendiz. Le réalisateur mexicain tente de souligner, par le biais de nombreux plans montrant les différents moments du jour et les différentes sources de lumière, le lien singulier qui existe entre le photographe Gerardo Nigenda, la lumière et les ténèbres.

Les fictions et documentaires présentés dans le cadre du FFDPM sont projetés sur les écrans du Cinéma du Parc et du Cinéma de l’Office National du Film. Les expositions, elles, sont présentées au Cœur des sciences de l’Université du Québec à Montréal. Un atelier de photo-reportage donné par Anthropo Graphia suivra l’exposition des finalistes de la première édition du concours de photoreporter lancée par l’organisme.