Paysage urbain
3 février 2009
Poète, chansonnier ou auteur-compositeur-interprète? Le Délit a rencontré l’inclassable Urbain Desbois, à quelques jours seulement de la première Semaine Internationale d’Urbain Desbois.

Il y a plus de quinze ans, Urbain Desbois voit le jour. Il trouve sa source dans le désir de son créateur, Luc Bonin, de créer une entité distincte de lui-même, un personnage qui se construirait à travers les albums et prendrait véritablement vie sur scène. À la manière d’un marionnettiste, Luc Bonin tire donc les ficelles derrière ce personnage, ce super héros de la parole, duquel, précise-t-il, il est «à la fois le patron et l’employé».

En quoi Urbain, avec ses textes minimalistes et ses mélodies de toutes les influences, est-il un super héros? Son créateur voit en lui l’issue de son idéal artistique: «la diffusion de messages qui s’adressent à la tête». Derrière des textes simples mais intelligents, truffés de jeux de mots, se cache toujours l’idée de diffuser un message social, de provoquer une réaction. Luc Bonin soutient qu’il fait partie du rôle de l’artiste – quel qu’il    soit – non seulement de développer l’imaginaire, mais aussi de bousculer, d’instaurer un dialogue. Dans cette mesure, le personnage d’Urbain devient un représentant, un porte-parole par lequel s’exprime une vision, peut-être idéaliste mais certainement noble, de l’art.

Urbain Desbois roule sa bosse quelque part entre la ville et la campagne depuis plusieurs années déjà, mais il ne s’est pourtant jamais véritablement installé sur la scène musicale québécoise. Toujours plutôt marginal, il a souffert, semble-t-il, de son incapacité à être catégorisé. Hésitant, il se qualifie aujourd’hui de «chansonnier expérimental», mais cette étiquette ne l’a pas aidé à se tailler une place dans la programmation des radios populaires. Au contraire, il n’a cessé de se heurter au même constat: il n’entre pas dans le moule. Il a pourtant reçu une nomination au dernier Gala de l’ADISQ dans la catégorie «Auteur ou compositeur de l’année», une reconnaissance que l’artiste n’attendait plus. Mais si son travail a été salué par les gens de l’industrie, la question de la «commerciabilité» d’Urbain Desbois ne cesse de ressurgir. Même si elle peut parfois être difficile, Urbain accepte bien sa situation: «Les moules me refusent, mais je refuse les moules», affirme-t-il. Il avoue ne s’être jamais senti confortable dans ce qu’on appelle l’industrie de la musique, qui s’entête à l’exclure.

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, pourtant! Dans l’espoir de séduire un marché qui jusque-là le boudait, Urbain Desbois a produit en 2007 La gravité me pèse, son plus récent album. Réalisé par Jean-François Lemieux, ce nouvel opus était plus léché, moins désorganisé que les précédents. «On a tenté de faire un album qui pourrait peut-être plaire aux radios et obtenir une plus grande diffusion», confie le chansonnier. Le résultat est à la hauteur des espérances de ses créateurs. L’album est plus complet, plus riche, et habité de mélodies variées qui accompagnent à merveille les textes minimalistes mais toujours poétiques d’Urbain Desbois. Pourtant, l’artiste se heurte encore une fois à des portes fermées. Les radios commerciales refusent de diffuser l’album.

Lorsqu’on lui demande s’il demeure fier, malgré tout, de ce dernier album, il est formel: La gravité me pèse s’insère dans son évolution, comme le maillon d’une chaîne, et il ne le reniera jamais. «Je l’aime, cet album-là!», lance-t-il, satisfait. Mais l’effort est fait, et il est maintenant temps de passer à autre chose. Après avoir tenté avec La gravité me pèse de sortir de l’underground montréalais, il prépare aujourd’hui un nouvel album sur lequel il ne fera pas de compromis. Il fera cette fois fi du protocole et de l’obligation de plaire à un marché. Si ce nouvel album est encore au stade de la préproduction, Urbain Desbois promet qu’il sera plus proche de son «idéal» artistique: il surprendra et bousculera.

Celui qui qualifie sa place dans l’industrie de la musique de «place debout», qui change tout le temps, a pourtant un public qui lui est fidèle. Question de satisfaire ce public qui ne se lasse jamais des mots d’esprit du poète, il a mis sur pied une initiative où l’on retrouve toute l’extravagance qu’on lui connaît: la Semaine Internationale d’Urbain Desbois. Le concept est simple et pourtant unique, tout comme son créateur: cinq spectacles, dans cinq endroits différents, précédés de cinq premières parties différentes. C’est sans prétention que l’artiste a choisi de créer lui-même son propre festival, question de provoquer les occasions de jouer avec ses musiciens, tout en invitant le public à participer à leur délire. Pour couronner ce festival improvisé, les fans pourront visiter le Centre d’interprétation d’Urbain Desbois, qui s’installera le 14 février à la Galerie du Viaduc. Les visiteurs pourront y admirer des artefacts, illustrations, caricatures, textes et manuscrits liés au personnage, en plus de le rencontrer en chair et en os. «C’est comme le Biodôme, mais au lieu des castors, c’est Urbain Desbois», lance l’artiste en riant. Le but de cette entreprise plutôt inusitée est de documenter Urbain Desbois et son travail. Luc Bonin, l’homme derrière le personnage, espère ainsi aider à définir son alter ego tout en créant un événement, en faisant d’Urbain un drôle de phénomène.

Voilà donc l’occasion de découvrir l’univers tout particulier d’Urbain Desbois, un univers où les musiques se mêlent pour donner un métissage tout à fait unique, où l’humour a toujours une place de choix, sans pourtant manquer d’intelligence. Un univers dans lequel les mots sont toujours justes et la parole célébrée. Lors de notre rencontre, l’artiste s’est finalement résigné: «Peut-être que je suis un poète, finalement…»