Bilan des courses
20 janvier 2009

À quelques jours de l’investiture de Barack Obama, et peu avant les élections israéliennes, un cessez-le-feu fragile s’est installé à Gaza, mettant fin à un conflit de trois semaines qui aura attisé les foudres de l’opinion publique mondiale et servi de prétexte aux discours et actes haineux de partisans des deux côtés.  Le cessez-le-feu unilatéral, voté à un moment stratégique, a été accueilli avec perplexité.  Et pour cause, les tirs de roquettes du Hamas se poursuivaient encore après la décision israélienne. Le Hamas a donné, quant à lui, son accord conditionnel à l’arrêt des violences, demandant que soient opérés le retrait israélien et la fin du blocus. Devant le décompte implacable des morts et des blessés et l’inventaire des dégâts matériels, il est difficile de dire qui sort la tête haute du combat.

Malgré une volonté explicite du gouvernement israélien de décourager l’ennemi, l’assise populaire du Hamas est, jusqu’à preuve du contraire, quasi intacte, et ses ressources loin d’être anéanties. Avec un Hamas toujours sur pied et prêt à dégainer, Israël reste donc aussi sur les starting blocks, avec Tzipi Livni se disant prêt à remettre une claque au Hamas en cas de reprise. La démarche unilatérale, manœuvre inhabituelle, place Israël dans une situation de calme précaire, car en l’absence d’un accord liant les deux parties, le cessez-le-feu est voué à l’échec. Or, il semble que le dialogue n’arrange guère plus Israël que le Hamas. Malgré le désastre humain et le bilan défavorable tiré par nombre d’analystes, on est en droit de se demander si Israël ne trouve pas là quelque intérêt.

Il va de soi que le démantèlement d’une organisation comme le Hamas était mission impossible en l’espace de quelques jours, et que l’on n’allait guère en si peu de temps tuer à sa racine le soutien populaire du Hamas. Si l’on peut lire cela comme un échec de la manœuvre armée, Israël, sans être vainqueur, a toutefois marqué des points.

Une des raisons de ce fait est liée à la couverture médiatique de ce combat éclair qui, à travers les attaques des forces israéliennes, a eu pour effet de faire du Hamas la vitrine du peuple palestinien. Le conflit a permis la mise en images assidue d’une organisation terroriste qui se sert de la population comme d’un bouclier humain. La couverture a certes servi à dépeindre l’ampleur des offenses faites aux civils palestiniens et à alimenter le dégoût généralisé. Elle a aussi dévoilé de manière flagrante le profond manque d’organisation d’un Hamas qui, pour ne citer que cet exemple, ne disposait vraisemblablement pas d’une structure adéquate pour traiter ses propres blessés, sa chair à canon, que l’on a vus traînés çà et là dans les cris et les pleurs.

C’est cela qui, au-delà des atrocités commises par Israël, demeure le plus choquant, et l’agresseur est fort conscient de l’impact des images. Pour pouvoir assurer la légitimité de ses offensives, Israël a un intérêt certain à ce que le public voie son ennemi sous ce jour. De même, en votant un cessez-le-feu unilatéral, qui, faute d’être accompagné d’un dialogue politique, ne lie par aucune clause la partie adverse, Israël se montre à la fois prêt à faire la paix (une position qui lui vaudra de faire bonne figure devant le nouveau président), mais laisse la porte ouverte à une reprise des provocations du Hamas, dorlotant par là même son joker, le droit à la défense de son territoire.

Israël aura certes fort à faire pour aller à l’encontre du dégoût que ses actions ont suscité, au sein même de la communauté juive et à l’intérieur de ses frontières. Il reste que les soldats qui ont combattu dans ses rangs sont aujourd’hui perçus comme des héros nationaux. Soldats israéliens comme civils palestiniens peuvent, sous un certain angle, également alimenter l’argumentaire israélien face à un acteur trop souvent ignoré du conflit: l’opinion. Parce que l’opinion publique est de plus en plus marquée par le traitement des individus, les sympathies se jouent bien souvent davantage à leur niveau qu’à celui de l’idéologie pure. Cela dit, si Israël peut temporiser sur le bénéfice marginal d’avoir un ennemi barbare, il se doit d’empêcher l’escalade et les frustrations, et laisser passer les convois humanitaires est la première des conditions.