Tabaski!
29 janvier 2008
En décembre dernier, alors que Montréal recevait ses premiers flocons et que la frénésie de Noël s’emparait de la population, une fête d’une tout autre nature se préparait sous le chaud soleil nigérien: la Tabaski.

Célébrée deux mois et dix jours après le début du jeûne du Ramadan, cette fête musulmane commémore le sacrifice fait par Abraham. Pour faire court, le Coran –tout comme la Bible– raconte qu’Abraham, mis à l’épreuve par Dieu, s’apprêtait à sacrifier son fils unique pour prouver sa foi lorsque l’ange Gabriel apparut soudainement pour l’arrêter et lui offrit un bélier pour remplacer son fils. La Tabaski est une occasion pour les croyants de remercier Dieu, mais c’est surtout la fête du partage et de la famille —l’équivalent du Noël chrétien, quoi!

1- Quelques semaines avant la fête, les familles achètent au marché un, deux ou même dix moutons, selon leurs moyens. C’est chose facile au Niger, pays où l’élevage et l’agriculture sont les principales activités économiques. C’est d’ailleurs du Niger que proviennent les moutons que sacrifient les populations musulmanes des pays voisins, comme le Burkina Faso et le Mali. Selon les recommandations du Coran, on ne choisit que des mâles en bonne santé, âgés de plus d’un an. Cette année, il était possible de se procurer un mouton pour l’équivalent d’environ 110 dollars canadiens, une somme considérable pour beaucoup de familles nigériennes. Une fois le ou les moutons achetés, ils sont gardés dans la cour de la famille jusqu’à la fête.

2- Le grand jour arrivé, famille et amis se rassemblent d’abord autour d’un copieux déjeuner. Dans ma famille d’accueil, on se régale autour d’un délicieux plat de canard et de galettes de blé. On discute, on rit et surtout on prend des forces pour la dure journée de travail qui nous attend!

3- Aussitôt le déjeuner terminé, les hommes du voisinage préparent un lieu de sacrifice commun, en plein milieu de la rue. Pendant que certains vont chercher les premiers moutons, d’autres s’affairent à creuser un trou pour recueillir le sang.

4- On attend avec fébrilité que l’Imam de la région procède au premier sacrifice, en direct à la télévision, puis on exécute rapidement les autres. Dans mon cas, c’est un marabout, érudit et guide spirituel de la famille, qui a sacrifié les premiers moutons du voisinage. On mentionne tout d’abord au nom de qui le mouton sera sacrifié –la mère de la famille, les enfants, etc.–, puis on égorge l’animal d’un coup sec avec un long couteau. Finalement, on dit «Dieu est grand» pour remercier le Seigneur. Une trentaine de moutons ont ainsi été sacrifiés devant chez moi ce matin-là.

Après avoir vidé les moutons de leurs organes, on plante deux longs pieux effilés dans les carcasses pour la cuisson. On les lave avec de l’eau, puis on les dispose autour d’un grand feu, où elles resteront toute la journée. Il ne fait aucun doute que la chair est fraîche; elle se contracte encore par endroits!

5- Pendant que les hommes disposent la viande autour du feu, les femmes préparent les abats pour la cuisson. On vide l’estomac de son contenu, on tresse les boyaux et on cuit tout de suite le foie sur les braises ardentes.

6- C’est le lendemain matin que l’on découpe la viande en famille et qu’on la déguste avec du piment en poudre et de la moutarde. Tous se réjouissent de l’abondance de viande fraîche et du partage de cette nourriture entre amis.

7- La Tabaski, c’est surtout la fête du partage. Chaque famille divise sa viande en trois; une partie va aux pauvres, à ceux qui ne peuvent pas se permettre d’avoir de la viande à se mettre sous la dent, la seconde est partagée avec les voisins et la troisième est gardée pour la famille. Toute la journée, les plus pauvres viennent cogner à la porte pour recevoir une portion de viande et de jeunes enfants offrent des pièces de mouton en cadeau.