<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Joséphine Miton - Le Délit</title>
	<atom:link href="https://www.delitfrancais.com/author/j-miton/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.delitfrancais.com/author/j-miton/</link>
	<description>Le seul journal francophone de l&#039;Université McGill</description>
	<lastBuildDate>Thu, 01 Oct 2026 22:43:14 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	
	<item>
		<title>Votre argent dort peut-être chez Revenu Québec</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/votre-argent-dort-peut-etre-chez-revenu/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 30 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[finances]]></category>
		<category><![CDATA[Premières Nations]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
		<category><![CDATA[Réclamations]]></category>
		<category><![CDATA[Revenu Québec]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61134</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un registre public et gratuit recense plus de 400 millions de dollars non réclamés.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/votre-argent-dort-peut-etre-chez-revenu/" data-wpel-link="internal">Votre argent dort peut-être chez Revenu Québec</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Quelque part dans les serveurs de Revenu Québec dorment <a href="https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1858057/registre-biens-non-reclames-autochtones-barriere-langue" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plus de 400 millions de dollars</a>. Cette somme n’a rien d’anonyme : elle réunit une ancienne paie, un compte bancaire oublié, un héritage jamais réclamé… Toujours en attente de ses bénéficiaires, elle vaut le budget annuel de Trois-Rivières (<a href="https://www.v3r.net/wp-content/uploads/2025/12/Communique-Budget2026.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">401,6 millions de dollars</a> en 2026). Le <a href="https://www.revenuquebec.ca/fr/biens-non-reclames/rechercher/registre-des-biens-non-reclames/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">registre existe</a>, il est public, on peut le consulter sans compte ni mot de passe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son <a href="https://portail-assurance.ca/article/produits-financiers-non-reclames-quebec-compte-rapatrier-1-g/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">budget 2021–2022</a>, Québec prévoyait rapatrier dans ses coffres un milliard de dollars en produits financiers non réclamés, alors encore détenus par les banques et les assureurs. Sur ce milliard, le gouvernement estimait que 450 millions seraient réclamés par leurs détenteurs au cours des cinq années suivantes. En droit, cet argent n’est pas perdu, puisqu’il reste rattaché à son propriétaire, identifié par un nom et parfois une adresse. Pourquoi une telle somme demeure-t-elle non réclamée? Et pourquoi certaines personnes ont-elles nettement moins de chances de récupérer leur argent que d’autres?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mécanisme vieux de vingt-sept ans</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/B-5.1" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Loi sur les biens non réclamés</a> existe depuis 1999 (modernisée en 2011, RLRQ c. B‑5.1). Une banque, un employeur, un assureur ou une succession qui détient un bien inactif depuis trois ans doit le remettre à Revenu Québec plutôt que de le garder indéfiniment. Concrètement, cela touche un compte bancaire oublié après un déménagement, un chèque de paie jamais encaissé, le contenu d’un coffre-fort dont le loyer n’est plus payé, ou une police d’assurance-vie dont personne n’a réclamé le capital.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« En centralisant ces sommes dans un registre unique, </p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Revenu Québec joue le rôle qu’on attend d’un bon gardien »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois transférés à Revenu Québec, ces actifs sont inscrits au registre public des biens non réclamés. L’organisme tente alors d’en retrouver les propriétaires, sans toutefois y être tenu : la responsabilité de réclamer les sommes revient d’abord aux titulaires. Les biens de moins de 500 $ peuvent encore être réclamés pendant une période de dix ans. Ensuite, ils sont liquidés et <a href="https://www.revenuquebec.ca/fr/biens-non-reclames/sinformer/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">versés au Fonds des générations,</a> mis en place en 2006 pour réduire la dette publique du Québec. Les biens de 500 $ et plus, quant à eux, demeurent réclamables sans limite de temps – encore faut-il que leurs propriétaires sachent qu’ils existent. Récupérer son bien a un prix : pour un produit financier, <a href="https://www.revenuquebec.ca/fr/biens-non-reclames/sinformer/delais-et-honoraires-relatifs-aux-biens-non-reclames/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Revenu Québec retient 10 % de sa valeur</a>, jusqu’à concurrence de 1 211 $, avec un minimum de 60$ en 2026–2027.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’autres administrations appliquent un mécanisme semblable. Une étude sur la gestion des biens non réclamés par les gouvernements d’États américains parle même d’un « <em><a href="https://www.emerald.com/insight/content/doi/10.1108/jpbafm-03-2018-001/full/html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">trésor caché</a></em> » pour les finances publiques. Une logique comparable est à l’œuvre au Québec. L’État agit à la fois comme gardien et bénéficiaire de ces avoirs : il prélève des frais lorsqu’un bien est réclamé et conserve les sommes de moins de 500 $ qui demeurent sans propriétaire après dix ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’État, ce bon gardien</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, la lecture officielle est celle d’un État prudent. Sans cette loi, l’argent disparaîtrait : les banques n’ont aucune obligation de retrouver des héritiers, les successions se perdent dans les méandres administratifs. En centralisant ces sommes dans un registre unique, Revenu Québec joue le rôle qu’on attend d’un bon gardien. Sans ce registre, retrouver un compte oublié pourrait exiger de communiquer individuellement avec chaque banque ou employeur du Québec, une démarche pratiquement impossible pour un particulier. <a href="https://www.blakes.com/fr-ca/perspectives/introduction-a-la-legislation-canadienne-sur-les-biens-non-reclames/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Cinq provinces canadiennes sont arrivées à la même conclusion</a> et ont adopté une loi du même genre, dont la Colombie-Britannique depuis 1999 et l’Alberta depuis 2008.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Ontario, à l’inverse, a fait un choix différent. La province ne possède toujours pas de régime général sur les biens non réclamés. Une consultation publique lancée en 2012 n’a jamais abouti à l’adoption d’un projet de loi, tandis que l’<em><a href="https://www.canlii.org/en/on/laws/stat/so-2015-c-38-sch-4/latest/so-2015-c-38-sch-4.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Escheats Act</a></em> de 2015 n’impose aux détenteurs aucune obligation de remise ni d’avis. Hors des comptes bancaires, <a href="https://www.canada.ca/fr/agence-consommation-matiere-financiere/services/activites-bancaires/soldes-non-reclames.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">qui relèvent d’une règle fédérale,</a> les sommes restent donc dans les coffres de leurs détenteurs, sans qu’aucun mécanisme ne garantisse que leurs propriétaires en soient informés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement à son voisin ontarien, le Québec a choisi d’imposer un registre public accessible à partir d’un simple nom. Tant qu’un bien est réclamable, le droit de le récupérer ne s’éteint jamais. Vu sous cet angle, le système n’est pas conçu pour dépouiller qui que ce soit. Il vise à empêcher que l’argent s’évapore dans les failles du secteur privé. Un assureur qui ne retrouve pas le bénéficiaire, un employeur qui ferme ses portes, un dossier jamais numérisé : sans cette loi, cet argent aurait fini par disparaître pour de bon, sans laisser de trace.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une égalité de façade?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Canada dans son ensemble, Banque du Canada et provinces confondues, détient collectivement plus d’un milliard de dollars en biens non réclamés. Une étude publiée en 2025 dans le <em><a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0047272725001471" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Journal of Public Economics</a></em>, menée par les économistes Alejandro Zentner et Justin Holz auprès d’environ 100 000 titulaires de biens non réclamés au Texas, montre que le taux de réclamation spontané plafonne à environ 1 %. Cette moyenne cache un écart racial marqué : les propriétaires hispaniques ont 64 % moins de chances de réclamer leur bien que les propriétaires blancs. Même lorsqu’ils reçoivent une lettre expliquant comment récupérer l’argent, l’écart persiste : 49 % des visiteurs blancs du site réclament finalement leur argent, contre seulement 26 % des visiteurs hispaniques. La difficulté ne se limite donc pas à « ne pas savoir » : elle touche aussi les documents à fournir et la confiance envers l’institution. Rien n’indique que l’écart soit identique au Québec : c’est le mécanisme, et non la mesure, qui se transpose. Les professeurs de politique publique Pamela Herd et Donald Moynihan, de l’Université du Michigan, ont nommé cela le «<a href="https://www.jstor.org/stable/10.7758/9781610448789" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> <em>fardeau administratif</em> </a>». C’est un coût invisible, fait de temps, de tracasseries et parfois d’humiliation, que certains portent seuls.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’héritage qui coûte cher</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 600 000 $ appartenant à des membres de la Nation crie dorment dans le registre de Revenu Québec, selon une enquête de Radio Canada. Plusieurs familles cries ne rédigent pas de testament selon les pratiques que présuppose le droit civil québécois, ce qui complique la reconnaissance des héritiers. Le registre lui-même soulève certaines limites. Les avis sont publiés presque exclusivement en français, dans la Gazette officielle du Québec, alors que le français n’est pas la langue de nombreux Cris. Jonathan Kitchen et ses cinq frères et sœurs tentent de réclamer 63 000 $ laissés par leur père, mort en 2005 sans testament. Leur démarche demeure toutefois bloquée à l’étape de départ : ils doivent d’abord réunir les certificats de naissance des six enfants, aujourd’hui dispersés à travers le Québec. Selon Jonathan, le gouvernement devrait contacter les familles directement plutôt que de publier une liste que personne ne consulte. Madeleine Kawapit, pour sa part, n’a découvert l’existence des 15 000 $ qui lui revenaient qu’après avoir été contactée par des journalistes de CBC. Revenu Québec ne lui en a jamais fait part. Dans chacun des deux cas, les frais déjà déduits de la succession s’élèvent à 1 254,38 $, prélevés à même l’argent que les familles tentent de récupérer.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Une étude sur la gestion des biens non réclamés par les gouvernements d’État américains parle même d’un «&nbsp;trésor caché&nbsp;» pour les finances publiques »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Les Cris ne sont qu’un exemple parmi d’autres. Pensons aux personnes âgées peu à l’aise avec les outils numériques : elles doivent d’abord parvenir à naviguer sur un site gouvernemental avant même de découvrir qu’un bien leur appartient. Un nouvel arrivant dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais se heurte au même obstacle, puisque le registre et ses avis sont presque exclusivement publiés en français. Puis vient l’étape de la réclamation elle-même, qui exige de rassembler des preuves et documents. Naviguer sur un site gouvernemental, franchir la barrière de la langue, rassembler des documents : ce sont exactement les obstacles qui ont ralenti la réclamation des Kitchen et des Kawapit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’<a href="https://www.rsfjournal.org/content/rsfjss/9/5/1.full.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">introduction d’un numéro spécial</a> paru en 2023, Herd et Moynihan soutiennent que ceux qui subissent ces frictions, délibérées ou non, finissent par perdre confiance dans l’État. Qu’on y voie la prudence d’un bon gardien ou un fardeau administratif, le résultat est le même pour ceux qui n’ont pas les moyens de réclamer : leur argent reste hors de portée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/30/votre-argent-dort-peut-etre-chez-revenu/" data-wpel-link="internal">Votre argent dort peut-être chez Revenu Québec</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le « self-care » : qui valide votre repos?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Décodage]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[décodage]]></category>
		<category><![CDATA[repos]]></category>
		<category><![CDATA[self-care]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=61011</guid>

					<description><![CDATA[<p>Tour à tour billet médical, arme politique et conseil d'employeur. </p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/" data-wpel-link="internal">Le « self-care » : qui valide votre repos?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Rester couché toute une journée, rideaux tirés, le téléphone à la main, porte désormais un nom : le <em><a href="https://www.today.com/health/news/bed-rotting-rcna108074" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">bed rotting</a></em>. Le site américain <em>TODAY</em> le range parmi les gestes de <em>self-care</em> et convoque cinq cliniciens pour dire comment s’y prendre sans risque. Une médecin y voit un « <em>self-care moment</em> », pas plus d’une demi-journée. Interrogés sur le risque, ils fixent au passage la dose qui fait d’une journée au lit un soin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot désigne pourtant, à l’<a href="https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/26574730/prise-en-charge-de-soi" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Office québécois de la langue française</a> comme à l’<a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK582359/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Organisation mondiale de la Santé</a>, la pratique par laquelle « une personne identifie ses besoins », « avec ou sans le soutien d’un professionnel ». La décision revient donc à celle qui se repose. Ici, ce sont cinq professionnels qui fixent les conditions. Chaque emploi du mot pose la même question : qui décide de ce qui compte comme repos légitime? Hier, le médecin; aujourd’hui, les objets connectés, l’employeur et l’État : jamais la personne fatiguée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le rôle de malade</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1873, le neurologue Silas Weir Mitchell met au point la <em><a href="https://branchcollective.org/?ps_articles=anne-stiles-the-rest-cure-1873-1925" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rest cure</a></em>, prescrite contre la neurasthénie – un épuisement nerveux alors diagnostiqué presque exclusivement chez des femmes. Pour elles : six semaines au lit, interdiction de lire et d’écrire. Selon le diagnostic, leur fatigue vient de leurs nerfs, pas des conditions dans lesquelles elles vivent. Ce qu’elles en disent ne compte pas. Le remède suit; Mitchell n’autorise pas seulement le repos, il en dicte les modalités. À <a href="https://hekint.org/2023/12/28/charlotte-gilman-weir-mitchell-and-the-yellow-wallpaper/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Charlotte Perkins Gilman</a>, il interdit précisément ce qui était son métier : écrire. L’écrivaine affirmera plus tard avoir retrouvé son équilibre en s’y remettant. De cette expérience naîtra <em><a href="https://theconversation.com/the-yellow-wallpaper-a-19th-century-short-story-of-nervous-exhaustion-and-the-perils-of-womens-rest-cures-92302" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Yellow Wallpaper</a></em>, une nouvelle dans laquelle une femme soumise à la même cure sombre progressivement dans la folie. Gilman n’était pourtant pas habilitée à dire ce dont elle avait besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’était pas une dérive isolée, mais une règle, que <a href="https://kar.kent.ac.uk/62743/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Talcott Parsons</a> nommera en 1951 : le « <em>rôle de malade</em> ». Se retirer de ses obligations est permis, à condition de chercher à guérir et de s’en remettre à l’autorité d’un professionnel reconnu. À une autre échelle, cette logique persiste : pour reporter un examen, il faut un billet du médecin.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’auto-préservation</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1975, Ivan Illich, penseur critique des institutions, publie <a href="https://archive.org/details/medicalnemesisex00illi" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Némésis médicale</em> : <em>l’expropriation de la santé</em></a>. Il reproche à la médecine, non de s’être trompée, mais d’avoir <a href="https://bjgp.org/content/75/750/26" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">confisqué aux familles</a> ce qu’elles savaient faire. Le <em>self-care</em> consiste alors à prendre en charge ensemble ce que l’institution néglige. Dès 1968, le Black Panther Party ouvre <a href="https://blackpast.org/african-american-history/black-panther-partys-free-medical-clinics-1969-1975/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">treize cliniques gratuites</a> dans les quartiers noirs de Chicago, Seattle ou Kansas City, et y dépiste la drépanocytose, maladie du sang fréquente chez les personnes d’origine africaine. <a href="https://www.presidency.ucsb.edu/documents/statement-signing-the-national-sickle-cell-anemia-control-act" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Washington</a> ne la finance qu’en 1972, après les cliniques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mêmes années voient des groupes de femmes s’organiser hors de l’institution médicale et publier dès 1970 leur propre manuel de santé, devenu <em><a href="https://ourbodiesourselves.org/history-legacy" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Our Bodies, Ourselves</a></em>, écrit à partir de leurs propres expériences. Médical à l’origine, le mot devient politique : se soigner sans autorisation. En 1988, la poétesse et féministe noire <a href="https://archive.org/details/burstoflightessa00lord" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Audre Lorde</a>, alors atteinte d’un cancer, écrit : « <em>Prendre soin de moi n’est pas de la complaisance, c’est de l’auto-préservation, et c’est un acte de guerre politique. (tdlr)</em> » On cite abondamment cette phrase, toutefois <a href="https://english.ucla.edu/wp-content/uploads/Schalk-and-Kim_Reclaiming-the-Radical-Politics-of-SelfCare_SAQ-2021.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">rarement avec ce qui l’entoure : la maladie</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chercheuse <a href="https://feministkilljoys.com/2014/08/25/selfcare-as-warfare/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Sara Ahmed</a> distingue deux groupes, ceux dont on prend soin et celles dont on attend qu’elles prennent soin des autres, une charge qu’elle décrit comme revenant d’abord aux femmes. Dans son analyse, Lorde appartient d’office au second groupe, et la maladie ne l’en fait pas sortir. Prendre soin d’elle-même revenait donc à quitter ce rôle, et à s’exposer au reproche d’égoïsme. D’où la justification qui ouvre sa phrase – ce n’est pas de la complaisance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le <em>soi quantifié</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le médecin signe toujours les dispenses, mais un second juge s’y est ajouté, qui n’exempte de rien et note tout. Il tient dans un objet qu’on achète et dans une routine qu’on filme, une suite d’étapes à exécuter et à montrer – le « <em><a href="https://www.stylist.co.uk/fitness-health/wellbeing/sunday-reset-trend-how-to-create-a-routine/687148" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sunday reset</a></em> », un dimanche passé à remettre la semaine en ordre; la « <em><a href="https://knowledge.uchicago.edu/record/5989?ln=en" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">that girl</a></em> », levée à cinq heures. Le <em><a href="https://www.nationalgeographic.com/science/article/does-sleepmaxxing-work" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">sleepmaxxing</a></em> en est la version chiffrée : ruban adhésif sur la bouche, score de sommeil affiché au réveil par une bague. Une routine a des étapes, et des étapes s’exécutent bien ou mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, le billet du médecin et le score de la bague ne disent pas la même chose. Le billet atteste qu’on est inapte, dispense d’un examen ou d’une journée, et engage le professionnel qui le signe. Le score ne dispense de rien et n’engage personne : la norme qu’il applique est fixée par un fabricant, pas par une profession. En 2017, des cliniciens du sommeil se demandent si le <em><a href="https://jcsm.aasm.org/doi/10.5664/jcsm.6472" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">soi quantifié</a></em> ne va pas trop loin. Ils nomment orthosomnie, la quête du sommeil parfait qu’entretiennent ces appareils : des patients consultent pour un trouble lu sur leurs courbes, qu’ils tiennent pour plus fidèles que les examens validés. Le score ne remplace donc pas le billet; il en fabrique la demande. La médecine se retrouve ainsi à arbitrer un verdict qu’elle n’a pas rendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le repos au service du rendement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une tribune du <em>Huffington Post</em>, en 2017 : « <em><a href="https://www.huffpost.com/entry/want-more-productive-employees-encourage-self-care_b_58a3763be4b0e172783aa19e" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Want More Productive Employees? Encourage Self-Care</a></em> ». Sept ans plus tard, une <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/irj.12418" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">étude</a> portant sur 46 336 salariés de 233 organisations britanniques constate que ces dispositifs – méditation, gestion du stress ou applications –, n’améliorent pas le bien-être de ceux qui les suivent. Le conseil survit à sa réfutation, et le terme est devenu, écrivent les universitaires <a href="http://read.dukeupress.edu/south-atlantic-quarterly/article-abstract/120/2/325/173307/Reclaiming-the-Radical-Politics-of-Self-CareA-Crip" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Jina B. Kim et Sami Schalk</a>, « <em>inextricable des impératifs du travail et de la productivité</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement du Québec ne poursuit pas le même but et aboutit au même ordre. Son programme de santé mentale s’intitule « <a href="https://cisss-outaouais.gouv.qc.ca/obtenir-un-service/obtenir-de-laide-pour-un-probleme-de-dependance-ou-de-sante-mentale/sante-mentale/programme-quebecois-pour-les-troubles-mentaux-pqptm/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">des autosoins à la psychothérapie</a> ». Une personne présentant des symptômes légers à modérés reçoit d’abord un guide d’exercices, qu’elle remplit à son rythme avec l’accompagnement d’un intervenant. Le nom officiel de l’étape dit le reste, ce sont des <a href="https://www.cisssca.com/soins-et-services/sante-mentale/autosoins-diriges" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">autosoins dirigés</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Autour de ces conseils et de ces programmes, un marché. L’économie du bien-être pesait <a href="https://globalwellnessinstitute.org/press-room/press-releases/the-global-wellness-economy-hits-a-record-6-8-trillion-and-is-forecast-to-reach-9-8-trillion-by-2029/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">6 800 milliards</a> de dollars en 2024. Carl Cederström et André Spicer y lisent une « <a href="https://www.politybooks.com/bookdetail?book_slug=the-wellness-syndrome--9780745655604" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>biomoralité</em></a> », où « <em>celui qui se sent bien est quelqu’un de bien, celui qui se sent mal est quelqu’un de mauvais</em> ». Comment y arrive-t-on? En deux temps, répond le sociologue <a href="https://www.persee.fr/doc/caf_2431-4501_2019_num_131_1_3352" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Claude Martin</a>. On confie à des spécialistes le soin de dire comment vivre, puis on se tient pour responsable de ce qui arrive. C’est le billet, signé par un tiers, puis le score, rendu à soi seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur Instagram, l’algorithme trie. Les chercheuses canadiennes en communication Shana MacDonald et Brianna Wiens ont montré qu’il met en avant une version blanche et consumériste du <em><a href="https://necsus-ejms.org/living-whose-best-life-an-intersectional-feminist-interrogation-of-postfeminist-solidarity-in-selfcare/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">#selfcare</a></em> et laisse de côté les approches féministes noires et anticapitalistes, celles de Lorde. Elles n’ont pas disparu pour autant. Tricia Hersey, fondatrice de <em><a href="https://thenapministry.wordpress.com/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">The Nap Ministry</a></em>, écrit que son repos de femme noire américaine « <em>a toujours été un refus politique</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Justifier son repos</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il alors abandonner le mot? Une partie de la critique le juge perdu, devenu une façon de conseiller du repos à ceux qu’on continue d’épuiser. La chercheuse <a href="https://link.springer.com/article/10.1057/s41301-017-0131-8" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Inna Michaeli</a> reprend l’accusation dans le titre de son article, <em>Self-Care: An Act of Political Warfare or a Neoliberal Trap?</em> (<em>Self-care : acte de guerre politique ou piège néolibéral</em>), pour répondre que la question est mal posée. « <em>Respirer n’est pas néolibéral en soi.</em> » Ce qui compte, c’est ce qu’il y a autour. Le même repos peut s’acheter seul ou s’organiser ensemble, et c’est cette seconde forme qu’elle observe dans les mouvements féministes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la personne qui tire ses rideaux à quinze heures? Le médecin décide si elle peut s’absenter, la bague note sa nuit, l’employeur lui conseille de se ménager pour revenir en forme. Aucun des trois ne lui demande ce dont elle a besoin. La phrase de Lorde n’a pas été écrite pour devenir un slogan, elle servait à une femme qui devait justifier son repos. Tant que d’autres décident quelle fatigue est légitime, chacun devra continuer à se justifier, et certains plus que d’autres.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/23/le-self-care-qui-valide-votre-repos/" data-wpel-link="internal">Le « self-care » : qui valide votre repos?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La fabrique de la boîte de nuit</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/la-fabrique-de-la-boite-de-nuit/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Sep 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[boîte de nuit]]></category>
		<category><![CDATA[Danse]]></category>
		<category><![CDATA[liberté]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60938</guid>

					<description><![CDATA[<p>Liberté de la piste : une mécanique sonore, entre nostalgie et quête de patrimoine.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/la-fabrique-de-la-boite-de-nuit/" data-wpel-link="internal">La fabrique de la boîte de nuit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">«<em> La vie nocturne, c’est romantiser en permanence une époque révolue qu’on n’a pas connue (tdlr) </em>», <a href="https://www.nbcnews.com/pop-culture/gen-z-nightlife-culture-nostalgia-rcna125912" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dit Brock Colyar à NBC News</a>. Il a fallu inventer un mot pour ça : l’écrivain John Koenig a forgé « <em><a href="https://dictionaryofobscuresorrows.com/post/105778238455/anemoia-n-nostalgia-for-a-time-youve-never" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">anémoia</a></em> », la nostalgie d’un temps qu’on ne connaît que par les images. Dans une enquête de 2026 menée par Vevo aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Australie, <a href="http://www.hq.vevo.com/press/vevo-launches-nostalgia-based-buying-capability" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">une personne sur trois de la génération Z dit se sentir née dans la mauvaise génération</a>. On n’a rien connu de cette époque qu’on romantise, et pourtant, ça nous manque. Un sentiment qui n’existe que depuis que le passé se consulte sur un écran. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Le club est devenu l’objet type de cette nostalgie. On imagine une piste plus libre, où l’on venait d’abord pour danser. Cette liberté qu’on suppose spontanée fut d’abord un calcul. Et derrière ce calcul, un nom. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pour que la danse ne s’arrête pas </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le club qu’on regrette n’a rien inventé, pas même la musique qui ne s’arrête jamais. Longtemps, le disque s’achevait, le rythme se cassait, les gens arrêtaient de danser et il fallait les relancer. À New York, à la fin des années 1960, un DJ nommé Francis Grasso est <a href="https://djhistory.com/read/francis-grasso-started-the-journey/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’un des premiers à caler le tempo</a> d’un nouveau disque sur celui qui joue pour que la musique ne s’interrompe plus. <a href="https://daily.redbullmusicacademy.com/2016/11/francis-grasso-interview/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Interrogé par Frank Broughton en 1999,</a> il décrit ainsi ce que faisaient les DJs avant lui : «<em> Personne n’avait vraiment maintenu le rythme. Ils les faisaient danser, puis changeaient de disque. Il fallait rattraper le rythme. Ça ne coulait jamais. »</em> </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Le tempo ne serait plus réglé sur le corps qui danse, mais sur l’appareil qui le film »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Grasso n’a pas trouvé ça seul. La technique lui vient d’un ingénieur de la radio, à CBS, dont il ne donne pas le nom. Elle sort donc d’un métier de la dissusion et s’apprend comme un savoir-faire manuel. Il raconte être devenu assez habile pour se repérer au seul reflet de la lumière sur le disque. Rien, dans ce qu’il en dit, ne parle d’argent. <a href="http://daily.redbullmusicacademy.com/2016/11/francis-grasso-interview" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Il parle de flux et de tenir une piste. </a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une salle qu’on accorde </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ensuite la salle elle-même qu’on se met à adapter. En club, il y a ce moment où tout disparaît, sauf les basses. À New York, en 1977, le <em>Paradise Garage</em> est bâti autour de cet effet. Le système de son est conçu par<a href="https://daily.redbullmusicacademy.com/2016/05/richard-long-feature/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"> <em>Richard Long &amp; Associates</em></a>. Il est <a href="https://designobserver.com/feature/in-paradise/39329/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">calibré sur la façon de jouer du DJ résident</a>, Larry Levan. Au-dessus de la piste <a href="https://insheepsclothinghifi.com/a-look-inside-the-hi-fi-equipment-behind-paradise-garage/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">pendent des grappes de petits haut-parleurs réservés aux sons aigus</a>, sur une commande séparée que Levan peut pousser plus fort que tout le reste. Il peut aussi les couper. Les basses, elles, sont assez puissantes pour <a href="https://daily.redbullmusicacademy.com/2014/04/larry-levan-feature/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ne jamais faiblir </a>et même pour faire trembler les murs. Le bruit d’un club se mesure en décibels. <a href="https://canadianaudiologist.ca/occupational-noise-exposure-in-nightclubs/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Deux acousticiens ont relevé une moyenne de 96 dBA dans plus de soixante clubs torontois </a>– un niveau où <a href="https://www.cdc.gov/niosh/noise/about/noise.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">il faut crier pour se faire entendre à un mètre. </a></p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus des enceintes, Long réglait la pièce. Les murs et le plafond étaient traités pour absorber les échos, et le système était recalibré deux fois par semaine. La chaleur et la foule déréglaient le son au fil de la nuit, et <a href="https://daily.redbullmusicacademy.com/2014/04/larry-levan-feature/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Levan allait retoucher les amplis pendant qu’il jouait.</a> Long avait une formule pour ça : «<em> le système de son peut être considéré comme l’orchestre, et le DJ comme son chef. </em>» Long n’était cependant pas un artiste : il <a href="https://daily.redbullmusicacademy.com/2016/05/richard-long-feature/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vendait</a> des systèmes de son à des propriétaires de clubs, jusqu’à Chicago, Tel-Aviv ou encore Francfort. Le flux que Grasso obtenait avec deux platines avait maintenant un prix. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Plus vite que le corps </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tempo se compte en battements par minute (BPM). <a href="https://biblio.ugent.be/publication/438283" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Dirk Moelants</a>, musicologue à l’Université de Gand, a dépouillé plus de 120 000 relevés de tempo sur quatre continents. La moitié de la musique dansante tient entre 120 et 140 BPM, avec un sommet autour de 130. C’est la cadence qu’il associe au corps, proche de deux mouvements par seconde. </p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« Musée, lui, n’a pas ce problème : on y crédite les artistes accrochés au mur, et leurs tableaux existent encore le lendemain. Une soirée ne laisse que des images »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette régularité a tenu jusqu’en 2016. La radiotélévision publique berlinoise rbb24 a <a href="https://web.archive.org/web/20230602015140/https://www.rbb24.de/kultur/beitrag/2023/05/trends-trance-techno-bpm-laenge-tracks.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">comparé les vingt morceaux préférés des lecteurs </a>du magazine <em>Groove</em> en 2016, 2019 et 2022, dans le pays qui reste le <a href="https://musictech.com/news/industry/ims-electronic-music-business-report-2026/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">premier marché mondial de la musique électronique</a>. En tête en 2016, « <em>Mutter</em> » de Konstantin Sibold, 129 BPM, une dizaine de minutes, aucune voix. En tête en 2022, « <em>Miss You</em> » de Southstar, 145 BPM, des voix, des synthés. Le premier est au sommet de la courbe. Le second est au-dessus de toute la fourchette. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les clubs, on met cette accélération sur le compte des confinements du COVID-19 et de l’énergie accumulée pendant deux ans sans piste. Les données disent autre chose : dès 2019, les morceaux étaient déjà nettement plus rapides qu’en 2016. rbb24 pointe ailleurs. Les stories Instagram existent depuis 2016, TikTok depuis 2017, et une soirée s’y publie comme un trophée. « <em>On voit mieux ce qui est sauvage à partir de 135 BPM, là où les bras et les jambes bougent vraiment </em>», explique Ersin Akgül, agent d’artistes berlinois. Le phénomène a même un nom, le « <a href="https://www.tiktok.com/tag/ravetok" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Ravetok</em></a> ». Le tempo ne serait plus réglé sur le corps qui danse, mais sur l’appareil qui le filme. </p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Personne à créditer </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune de ces décisions n’a d’auteur identifiable, et ce n’est pas un hasard. En 2018, le<em> <a href="https://www.design-museum.de/fileadmin/user_upload/Downloads/Presseseite/Pressetexte/Night_Fever_Press_text_EN.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Vitra Design Museum</a> </em>consacrait aux clubs une exposition, «<em> </em><a href="https://www.dezeen.com/2018/03/17/vitra-design-museum-night-fever-exhibition-clubbing-culture/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Night Fever</em> </a>», où il les présente comme des œuvres d’art totales. L’expression ne désigne pas seulement le bâtiment. Elle englobe le son, la lumière, la salle, <a href="https://www.domusweb.it/en/design/2018/03/29/night-fever-the-total-artwork-of-nightclubs-on-display-at-the-vitra-design-museum.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">jusqu’aux danseurs eux-mêmes</a>, c’est-à-dire la soirée. Or, une soirée n’a personne à créditer. Un DJ signe son set, et Levan a donné son nom à un haut-parleur, mais il n’a pas conçu la salle où il jouait, et Long n’a pas programmé les nuits qu’on y a passées. Un musée, lui, n’a pas ce problème : on y crédite les artistes accrochés au mur, et leurs tableaux existent encore le lendemain. Une soirée ne laisse que des images. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Allemagne, elle, n’a tranché qu’à moitié. En novembre 2020, <a href="https://www.theartnewspaper.com/2021/05/07/its-officialgermany-declares-its-nightclubs-are-now-cultural-institutions" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">la plus haute juridiction fiscale allemande fait passer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) des soirées de musique électronique de 19 % à 7 %,</a> le même taux que les théâtres et les musées. Le 7 mai 2021, le Parlement allemand <a href="https://clubsareculture.de/baunvo/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">demande au gouvernement </a>de sortir les clubs de la catégorie des lieux de divertissement, qui comprend aussi les salles de jeux et les maisons closes, afin de les classer avec les théâtres et les musées. Cinq ans plus tard, <a href="https://miz.org/de/nachrichten/deutscher-musikrat-kritisiert-entwurf-zur-neuen-baunutzungsverordnung-mit-blick-auf-musikclubs" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ce n’est toujours pas fait. </a>En revanche, en mars 2024, la t<a href="https://www.unesco.de/aktuelles/sechs-neuzugaenge-auf-deutschlands-liste-des-immateriellen-kulturerbes/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">echno berlinoise entre au registre national allemand du patrimoine immatériel.</a> La seule catégorie disponible est celle ne suppose ni objet ni auteur.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">« On imagine une piste plus libre, où l’on venait d’abord pour danser. Cette liberté qu’on suppose spontanée fut d’abord un calcul »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">À Montréal, la question ne se pose même pas en ces termes. La <a href="https://theconversation.com/vie-nocturne-pourquoi-letau-se-resserre-autour-de-la-fete-a-montreal-229676" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vie nocturne montréalaise a perdu plusieurs salles ces dernières années. </a>Le Divan Orange, fermé en 2018 après des années de plaintes. Les Katacombes, fermées en 2019, sous la pression immobilière. <a href="http://www.ledevoir.com/culture/theatre/930276/tulipe-pourra-rouvrir-portes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La Tulipe, fermée quatorze mois </a>à cause de la plainte d’un seul voisin dont l’immeuble commercial avait été converti en logement. Ce n’est plus du patrimoine qu’on discute ici, mais de la survie pure et simple des lieux. </p>



<p class="wp-block-paragraph">À Berlin, des clubs collent un autocollant sur les caméras des téléphones, pour que la nuit reste à ceux qui y sont. On publie les vidéos quand même. On n’y voit qu’un carré noir, on y entend la salle. Le passé se consulte à présent d’un geste, et voilà ce qu’il en restera.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/09/16/la-fabrique-de-la-boite-de-nuit/" data-wpel-link="internal">La fabrique de la boîte de nuit</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les jeunes investisseurs : capitalistes malgré eux ?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/les-jeunes-investisseurs-capitalistes-malgre-eux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Aug 2026 21:35:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60820</guid>

					<description><![CDATA[<p>Stress financier et promesse de prendre sa place, que donne vraiment une action?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/les-jeunes-investisseurs-capitalistes-malgre-eux/" data-wpel-link="internal">Les jeunes investisseurs : capitalistes malgré eux ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Deux étudiants, même bibliothèque. L’un vérifie son portefeuille six fois par jour; l’autre n’a jamais ouvert de compte et se répète qu’il devrait s’y mettre. Ni l’un ni l’autre n’a l’esprit tranquille. Le même adage les inquiète : <a href="https://www.lemonde.fr/argent/article/2025/07/03/epargne-ces-jeunes-qui-deviennent-fourmis_6617470_1657007.html" data-type="link" data-id="https://www.lemonde.fr/argent/article/2025/07/03/epargne-ces-jeunes-qui-deviennent-fourmis_6617470_1657007.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">investir, c’est prendre sa place dans l’économie. </a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Prendre sa place, est-ce devenir capitaliste ? Le terme « <em>capitaliste</em> » porte plusieurs sens. Deux comptent ici. Pour <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/capitaliste/12857" data-type="link" data-id="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/capitaliste/12857" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le Larousse</a>, c’est celui qui « <em>fournit des fonds</em> », qui met l’argent. <a href="https://www.cnrtl.fr/definition/capitaliste" data-type="link" data-id="https://www.cnrtl.fr/definition/capitaliste" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Le Trésor de la langue française</a> en donne un second : celui qui « possède les moyens de production et en contrôle l’emploi », c’est-à-dire la production et les conditions de son emploi. </p>



<p class="wp-block-paragraph">L’actionnaire ne décide pas de l’usage des fonds. Il choisit les décisionnaires. Chaque printemps, les actionnaires d’une entreprise sont appelés à élire son conseil d’administration, le petit groupe qui nomme le président-directeur général (PDG) et qui peut le renvoyer. On n’y vote pas par personne, mais par action : dix actions donnent dix voix, un million d’actions en donnent un million. Celui qui en a dix ne pèse rien. S’il y a neuf places au conseil, l’entreprise présente neuf noms, choisis par le conseil en place. On peut les approuver ou s’abstenir, mais <a href="https://corpgov.law.harvard.edu/2025/09/09/how-three-years-of-the-secs-universal-proxy-card-have-changed-proxy-contests/" data-type="link" data-id="https://corpgov.law.harvard.edu/2025/09/09/how-three-years-of-the-secs-universal-proxy-card-have-changed-proxy-contests/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">pas voter pour quelqu’un d’autre</a>. Alors on ne vote pas : en 2025, les petits actionnaires américains <a href="https://www.broadridge.com/_assets/pdf/2025proxypulse-updated.pdf" data-type="link" data-id="https://www.broadridge.com/_assets/pdf/2025proxypulse-updated.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">n’ont utilisé que 28 % de leurs voix</a>. Le droit de vote existe. Il ne permet pas de changer qui décide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Encore faut-il détenir l’action. La plupart des jeunes achètent un fonds indiciel, un paquet d’actions des plus grandes entreprises. Ces actions appartiennent au fonds, pas à celui qui a mis l’argent : le vote revient à la société qui gère le fonds. Trois dominent ce marché : BlackRock, Vanguard et State Street. <a href="https://www.nber.org/papers/w25914" data-type="link" data-id="https://www.nber.org/papers/w25914" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Elles réunissent à elles trois un quart des voix dans les plus grandes entreprises américaines</a>. Vanguard détient des actions dans 13 225 entreprises à travers le monde. Chaque année, chacune fait élire son conseil, et Vanguard y vote. Les juristes <a href="https://www.nber.org/papers/w26543" data-type="link" data-id="https://www.nber.org/papers/w26543" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Bebchuk et Hirst</a> ont compté : en 2019, ces votes étaient l’acaire de 21 personnes. Pour décider comment voter, il faut évaluer l’entreprise : des centaines de pages par an, écrivent-ils. Les auteurs concluent que ces entreprises ne reçoivent qu’une attention « limitée et superficielle ». <a href="https://corpgov.law.harvard.edu/wp-content/uploads/2019/11/Jill-Fisch-Assaf-Hamdani-Steven-Davidoff-Solomon.pdf" data-type="link" data-id="https://corpgov.law.harvard.edu/wp-content/uploads/2019/11/Jill-Fisch-Assaf-Hamdani-Steven-Davidoff-Solomon.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">D’autres juristes leur objectent </a>que l’influence se joue ailleurs, dans des échanges privés avec les entreprises.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une place fabriquée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette impuissance du petit actionnaire trouve sa genèse dans les années 1920. La société AT&amp;T distribue ses actions à ses employés et à ses clients au nom d’une « <a href="https://www-degruyterbrill-com.proxy3.library.mcgill.ca/document/doi/10.4159/harvard.9780674061217.c7/html" data-type="link" data-id="https://www-degruyterbrill-com.proxy3.library.mcgill.ca/document/doi/10.4159/harvard.9780674061217.c7/html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>démocratie des actionnaires </em></a>(tdlr) ». L’historienne Julia Ott a retrouvé dans leurs archives le motif de cette initiative : décourager les syndicats et écarter l’idée que l’État les nationalise. Plus les actionnaires sont nombreux et petits, moins l’un d’eux peut contester la direction. Le petit actionnaire sans influence n’était pas un raté du système, mais plutôt son produit. C’était le résultat recherché. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette place a un prix, des deux côtés. <a href="https://cibc.mediaroom.com/2025-09-29-Nearly-Half-of-Young-Canadians-Invest-on-Instinct-Over-Information,-New-CIBC-Investors-Edge-Poll-Finds" data-type="link" data-id="https://cibc.mediaroom.com/2025-09-29-Nearly-Half-of-Young-Canadians-Invest-on-Instinct-Over-Information,-New-CIBC-Investors-Edge-Poll-Finds" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">79 % des jeunes Canadiens</a> déclarent ressentir de l’anxiété liée à leurs finances. Ceux qui investissent perdent souvent à force d’agir : <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/0022-1082.00226" data-type="link" data-id="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/0022-1082.00226" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Barber et Odean</a> l’ont demontré dès 2000 que les petits investisseurs perdent moins par mauvais choix que par excès de transactions. Ceux qui s’abstiennent regardent l’écart se creuser : <a href="https://www.jbs.cam.ac.uk/2025/report-stocks-have-far-outperformed-over-the-past-125-years/" data-type="link" data-id="https://www.jbs.cam.ac.uk/2025/report-stocks-have-far-outperformed-over-the-past-125-years/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un dollar placé en actions américaines en 1900 en valait 107 409 fin 2024</a>, contre 67 laissés à l’épargne. Le coût n’est pas le même pour les deux étudiants. L’inquiétude l’est. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne suffit-il pas de choisir de « <em>bonnes entreprises ? </em>» <a href="https://www.lemonde.fr/argent/article/2020/10/08/les-jeunes-des-epargnants-presque-comme-les-autres_6055211_1657007.html" data-type="link" data-id="https://www.lemonde.fr/argent/article/2020/10/08/les-jeunes-des-epargnants-presque-comme-les-autres_6055211_1657007.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">72 % des moins de 35 ans </a>disent tenir compte des impacts environnementaux et sociaux de leurs placements. Mais les deux conseils qu’on leur donne se contredisent : acheter un fonds indiciel diversifié, et choisir des entreprises responsables. Mais un fonds indiciel prend tout, sans rien écarter : dans le S&amp;P 500, la liste des 500 plus grandes entreprises amé- ricaines, on y trouve des pétrolières et des solaires. Choisir ce qu’on finance reste choisir ce qu’on détient, pas ce qui s’y décide. Une action donne droit à une part des bénéfices. Le juriste Berle et l’économiste Means le disaient déjà en 1932 : l’actionnaire « <em>a échangé le contrôle contre la liquidité </em>(tdlr)» . Le droit de partir, jamais celui de déci- der. Reste à savoir si cela s’appelle prendre sa place.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/08/31/les-jeunes-investisseurs-capitalistes-malgre-eux/" data-wpel-link="internal">Les jeunes investisseurs : capitalistes malgré eux ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La performance de l’homosexualité : un privilège?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-performance-de-lhomosexualite-un-privilege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Coin queer]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Slider]]></category>
		<category><![CDATA[2SLGBTQ+]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[discrimination]]></category>
		<category><![CDATA[expression]]></category>
		<category><![CDATA[performance]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60646</guid>

					<description><![CDATA[<p>Blague innocente, signe d’ouverture ou nouveau costume?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-performance-de-lhomosexualite-un-privilege/" data-wpel-link="internal">La performance de l’homosexualité : un privilège?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Deux hommes hétéros imitent une voix, se prennent par la taille, font semblant d’être en couple pour une photo, puis éclatent de rire. L’un ajoute « <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/No_homo" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">no homo</a></em> » et tout rentre dans l’ordre. Pendant ce temps, un homme gai tient la main de son partenaire. Il surveille autour de lui, sonde le quartier, évalue le risque. Pour les uns, l’homosexualité est un prétexte pour rire. Pour les autres, c’est juste une vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Entre violences et « <em>bromance</em> »</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur papier, le contexte semble plus apaisé. Un sondage du <a href="https://www.pewresearch.org/global/2020/06/25/global-divide-on-homosexuality-persists/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Pew Research Center</a> mené en 2019 dans 34 pays montre que 52 %, en médiane, des répondant·e·s estiment que l’homosexualité « <em>devrait être acceptée par la société </em>(<em>tdlr</em>) ». Dans plusieurs pays, l’acceptation a gagné plus de dix points depuis le début des années 2000. Le <a href="https://ressource.sos-homophobie.org/Rapports_annuels/rapport_LGBTIphobies_2025.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Rapport sur les LGBTIphobies 2025</a> décrit pourtant toujours l’école comme un des principaux lieux de violences, parlant d’une « police du genre » exercée entre élèves : moqueries, insultes, mises à l’écart de celles et ceux qui ne rentrent pas dans la bonne case de la masculinité ou de la féminité. En France, le <a href="https://www.education.gouv.fr/contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-40706" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ministère de l’Éducation nationale</a> rappelle lui aussi qu’il est « essentiel de ne pas banaliser, sous prétexte de jeu ou d’humour, ces comportements ». En parallèle, une partie de la recherche en sociologie montre l’émergence de nouvelles formes de masculinité où des hommes hétérosexuels rejettent plus clairement l’homophobie, se montrent plus tactiles entre eux et revendiquent une « <em><a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/09589236.2016.1245605" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">masculinité plus douce</a></em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre la brutalité toujours très réelle des LGBTIphobies et ces « <em><a href="http://bromances" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">bromances</a></em> » : que penser d’un geste aussi banal que deux mecs qui « font les gais » pour rire? Blague innocente, signe de progrès ou nouveau costume qui maintient l’homosexualité à distance?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Où le « jeu » apparaît</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces scènes, le scénario se répète. On imite une voix jugée « efféminée ». On exagère des gestes codés comme gais. On se présente comme « en couple » avec son meilleur ami, avant de dissiper tout malentendu. L’homosexualité devient un filtre comique, une intonation, une position du corps. Elle sert à cimenter la complicité du groupe, pas à parler de désir ni de violence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu n’est pas marginal. Il traverse les équipes sportives amatrices, les groupes d’amis urbains, les établissements scolaires et universitaires situés dans des milieux se considérant comme « ouverts » et éduqués. Cette présence est attestée à la fois dans une <a href="https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/15579883211061009" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">revue systématique</a> portant sur les masculinités contemporaines et dans <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/1468-4446.12055" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’ethnographie d’un lycée anglais</a> réalisée par Mark McCormack. Là, l’insulte frontale devient moins visible. Elle se fait plus rare dans les couloirs. On préfère le clin d’œil ironique, le « <em>no homo</em> » murmuré après un câlin de trop. Pourtant, les chiffres rappellent que la ligne n’est pas la même partout. En France, 41 % des personnes déclarent utiliser encore des insultes homophobes comme « pédé » ou « enculé », une proportion qui monte à 47 % chez les moins de 35 ans (<a href="https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2019/06/cp_fjr_250619.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">IFOP, 2019</a>). L’institut note que l’homophobie explicite reste plus fréquente dans les milieux peu diplômés et recule avec le niveau d’éducation. Autrement dit, la violence change de forme selon l’espace social : dans certains milieux, on insulte ; dans d’autres, on ironise.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« L’homosexualité devient un filtre comique, une intonation, une position du corps. Elle sert à cimenter la complicité du groupe, pas à parler de désir ni de violence »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La lecture du « progrès » : masculinité inclusive</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains chercheurs y voient une rupture réelle. Eric Anderson, dans son ouvrage <a href="https://www.taylorfrancis.com/reader/read-online/46ef3f94-4ae9-4efe-9fe2-53bdeb7d4b42/book/pdf?context=ubx" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Inclusive Masculinity: The Changing Nature of Masculinities</em></a> et dans <a href="https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/09589236.2016.1245605?needAccess=true" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">un article</a> coécrit avec Mark McCormack, propose la « théorie de la masculinité inclusive » . Elle repose sur un concept central : l’« homohysteria », non pas la peur d’être gai, mais la peur d’être vu comme tel par les autres. Tant qu’elle est forte, chaque geste est surveillé. On évite les câlins, les confidences, les larmes, tout ce qui pourrait être lu comme trop féminin. Quand l’homophobie culturelle recule, la peur d’être perçu comme gai perd de son pouvoir. Quand elle diminue, le terrain de jeu s’ouvre : les gestes de tendresse redeviennent possibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les enquêtes ethnographiques sur des lycées et campus britanniques ou nord-américains décrivent des groupes de garçons hétérosexuels qui rejettent ouvertement l’insulte homophobe et incluent des camarades gais dans leur cercle. <a href="https://www.taylorfrancis.com/reader/read-online/46ef3f94-4ae9-4efe-9fe2-53bdeb7d4b42/book/pdf?context=ubx" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Anderson</a> documente aussi une tactilité accrue entre eux : étreintes prolongées, partage de lit, gestes de tendresse qui auraient été impensables dans les années 1980. Une <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8674484/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">revue systématique publiée dans l’<em>American Journal of Men’s Health</em></a> synthétise 33 études. Elle identifie quatre traits récurrents dans ces masculinités contemporaines : plus d’inclusivité, plus d’intimité émotionnelle et physique, plus de résistance aux normes virilistes classiques. Dans cette lecture, « jouer au gai » ne signifie pas forcément se moquer des gais. C’est aussi le signe qu’une partie des garçons ne construit plus son identité en fuyant à l’idée de « passer pour pédé ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La lecture du « costume » : masculinités hybrides</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bridges et Pascoe parlent de « <em><a href="https://compass.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/soc4.12134" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">masculinités hybrides</a></em> » : une « <em>incorporation sélective d’éléments associés aux masculinités marginalisées </em>». Concrètement, des hommes, souvent blancs, hétéros, de classe moyenne ou supérieure, s’approprient la sensibilité, l’humour queer ou la douceur sans jamais céder leur position de pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Appliquée à notre jeu de départ, cette grille change la question. « Jouer au gai » devient un marqueur de confort social : seul celui qui est sûr de sa place dans la hiérarchie, masculin, hétéro, légitime, peut se permettre la mise en scène sans craindre que l’étiquette reste. McCormack, qui est pourtant l’un des partisans d’une lecture optimiste de la masculinité inclusive, le reconnaît lui-même : dans son ethnographie d’un lycée de milieu populaire en Angleterre, les attitudes pro-gais et la tactilité existent, mais « <em>ces comportements sont <a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/1468-4446.12055" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">moins prononcés que chez les garçons de classe moyenne</a>.</em> » Un constat que <a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8674484/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Connor et al</a>. élargissent : ces nouvelles formes de douceur et d’inclusivité s’observent surtout chez de jeunes hommes hétérosexuels, de classe moyenne, dans des pays occidentaux riches.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au final, ces deux lectures ne s’excluent pas : les mêmes garçons peuvent adopter des gestes plus doux et inclusifs tout en portant ce « nouveau costume de classe » qui les laisse en position dominante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Toujours le même gagnant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu rappelle qu’on peut imiter, surjouer et tourner en dérision l’homosexualité, alors que ceux qui sont réellement gais n’ont pas cette marche arrière. <a href="https://www.jean-jaures.org/publication/lgbtphobies-etat-des-lieux-2019/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">La Fondation Jean-Jaurès</a> documente leurs stratégies d’invisibilité au quotidien : éviter de se tenir la main, changer de quartier, taire son couple.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">« Il faut une certaine tranquillité pour se déguiser en ce que d’autres subissent »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Certains hommes gais apprennent à y participer, à rire avec le groupe, parfois pour s’y fondre. Mais cette adaptation a un coût : ce que Meyer appelle la « <em><a href="https://psycnet.apa.org/fulltext/2003-99991-002.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">dissimulation de soi</a></em> » , c’est-à-dire mettre à distance sa propre identité pour survivre socialement. Cette stratégie constitue en soi une charge psychologique à part entière. Plus largement, ses travaux sur le stress minoritaire montrent que ces signaux répétés — blagues, sous-entendus, caricatures — alimentent un stress chronique fait d’anticipation du rejet, d’autosurveillance et de honte intériorisée, même sans violences explicites. <a href="https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2021/6-7/2021_6-7_1.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Les recherches sur les microagressions</a> envers les jeunes minorités sexuelles le confirment : ce type de blagues est associé à davantage de symptômes dépressifs et d’anxiété chez les jeunes LGBTQ+.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jeu n’est jamais neutre et est toujours inégal. La vraie question reste : qui peut jouer sans jamais perdre? Les hommes hétérosexuels, les plus légitimes, peuvent « faire les gais » pour une blague et revenir aussitôt à une identité jamais menacée. Il faut une certaine tranquillité pour se déguiser en ce que d’autres subissent. Ceux directement concernés n’ont pas ce luxe. Le costume, pour eux, n’a jamais été un déguisement.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/25/la-performance-de-lhomosexualite-un-privilege/" data-wpel-link="internal">La performance de l’homosexualité : un privilège?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 11:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexion]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>
		<category><![CDATA[Misandrie]]></category>
		<category><![CDATA[représentation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60469</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le mot « misandre » décrit-il un contenu ou un inconfort ?</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/" data-wpel-link="internal">L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Dans <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt0266697/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Kill Bill</em></a></em>, une femme massacre des dizaines d’hommes au katana. Personne n’a parlé de misandrie. Ses victimes sont des yakuzas, des figures du mal dont personne ne se sent proche. Dans <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt9620292/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Promising Young Woman</em></a></em>, l’héroïne ne tue personne. Elle fait semblant d’être ivre dans des bars. Quand des hommes la ramènent chez eux en pensant profiter de son état, elle révèle qu’elle est sobre et les force à faire face à ce qu’ils s’apprêtaient à faire. Ces hommes ne sont pas des monstres de cinéma. Ce sont des étudiants, des collègues, des « nice guys ». Le film a été qualifié de misandre dès sa sortie. D’un côté, une violence spectaculaire qui ne dérange personne. De l’autre, un malaise ordinaire mis en scène, et l’accusation tombe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un mot qui dérange</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/misandre/51743" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misandrie</a> désigne, selon le <em>Larousse</em>, la haine ou le mépris des hommes. C’est le miroir étymologique de la <a href="https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/misogyne/51773" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">misogynie</a>. Le parallèle semble logique. Plusieurs chercheurs le contestent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La philosophe <a href="https://www.katemanne.net/down-girl.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Kate Manne</a>, de l’Université Cornell, a consacré un ouvrage entier à redéfinir la misogynie. Dans <em>Down Girl : The Logic of Misogyny</em> (2018), elle montre que ce n’est pas un simple sentiment de haine envers les femmes, mais un système : un ensemble de mécanismes sociaux qui punit les femmes qui dévient de la norme. Marc Ouellette, dans <em>l’<a href="https://www.taylorfrancis.com/books/mono/10.4324/9780203413067/international-encyclopedia-men-masculinities-michael-flood-judith-kegan-gardiner-bob-pease-keith-pringle" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>International Encyclopedia of Men and Masculinities</em></a></em>, pose alors la question qui s’impose : si la misogynie est structurelle, la misandrie l’est-elle aussi? Sa réponse est non. Selon lui, « <em><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Misandry" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">l’antipathie systémique, institutionnalisée et légiférée</a> </em>(<em>tdlr</em>) » de la misogynie manque à la misandrie. La misogynie s’appuie sur des siècles de lois et de structures sociales. La misandrie n’a pas d’équivalent. Les deux mots se ressemblent, mais ne pèsent pas le même poids.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le mot « misandrie » a une histoire particulière. <a href="https://xyonline.net/sites/xyonline.net/files/2019-12/Marwick,%20Drinking%20male%20tears%202018.pdf" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Dès les années 1890</a>, des journaux américains et britanniques qualifiaient les premières militantes féministes de « <em>man haters</em> ». Le mot disparaît ensuite pendant près d’un siècle avant de réapparaître dans la littérature masculiniste des années 1980, puis d’exploser en ligne dans les forums de « droits des hommes ». Plus d’un siècle plus tard, le mécanisme reste le même. <a href="https://actualites.uqam.ca/2016/en-classe-lantifeminisme-decortique-par-francis-dupuis-deri/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Francis Dupuis-Déri</a>, professeur de science politique à l’UQAM et auteur de <em><a href="https://journals.openedition.org/lectures/31663" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La crise de la masculinité : autopsie d’un mythe tenace</em></a> </em>(2018), documente l’usage du mot comme outil central du discours masculiniste contemporain : il sert à dépeindre les hommes en victimes et à inverser le rapport de pouvoir. En février 2026, il affirme <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-02-26/prevention-des-violences-sexuelles/il-faut-deconstruire-le-discours-masculiniste.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">observer</a> une hausse de ces discours dans les écoles québécoises. Quand le même mot est ensuite appliqué à un film ou à un essai, il arrive chargé de cette histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trop radical? Pas assez?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le réflexe n’est pas nouveau : <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Thelma_et_Louise#cite_note-vaevictis-51" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Thelma &amp; Louise</em></a></em> en 1991, le livre <em>King Kong Théorie</em> de Virginie Despentes en 2006, l’essai <em>Moi les hommes, je les déteste</em> de Pauline Harmange en 2020. À chaque génération, une femme exprime sa colère dans une œuvre et le mot ressurgit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2020, Ralph Zurmély, conseiller au ministère de l’Égalité femmes-hommes français, <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/310820/un-livre-feministe-provoque-un-desir-de-censure-au-ministere-de-l-egalite-femmes-hommes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">menace</a> les éditeurs de « poursuites pénales » si l’ouvrage de Harmange n’est pas retiré de la vente. L’objet du scandale : un essai de 80 pages dont le titre ne laisse aucune ambiguïté. Le titre est provocateur, et Harmange <a href="https://www.lapresse.ca/arts/litterature/2020-11-06/essai/pourquoi-pauline-harmange-deteste-les-hommes.php" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le revendique</a> : elle dit l’avoir choisi pour « se réapproprier l’accusation de misandrie qu’on lance toujours aux féministes ». Le livre, lui, raconte autre chose. Le site du collectif féministe <em><a href="https://la-part-des-femmes.com/2020/10/les-ressorts-de-la-misandrie/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>La Part des Femmes</em></a></em> le décrit comme un texte « simple et sans aigreur », dont le vrai sujet n’est pas la haine des hommes, mais la solidarité entre femmes : « Consacrons notre temps à la moitié de l’humanité qui nous réjouit. » Le livre connaîtra un succès massif et sera traduit en 18 langues. Quatorze ans plus tôt, Despentes publiait <em>King Kong Théorie</em>, accueilli par <em>Le Figaro</em> Littéraire comme un essai « <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/King_Kong_Th%C3%A9orie#cite_note-12" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">plein de gros mots</a> ». La critique s’est arrêtée au ton. Le <a href="https://cefres.hypotheses.org/2184" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">CEFRES</a>, le Centre français de recherche en sciences sociales, a quant à lui regardé le fond : il note que Despentes s’adresse aussi aux hommes qui rejettent la virilité imposée. Sa phrase finale invite à « une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres ». Des œuvres qu’on réduit à de la haine, mais dont le contenu dit autre chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réception de <em>Promising Young Woman</em> illustre quelque chose de plus subtil encore. La revue académique <em><a href="https://aestheticsforbirds.com/2021/08/27/what-promising-young-woman-gets-right-about-misogyny-and-male-violence/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Aesthetics for Birds</em></a></em> relève qu’Emerald Fennell refuse délibérément la scène de vengeance cathartique que le genre du rape-revenge promet habituellement. Son choix de distribution, des acteurs associés à des rôles de « <em>nice guys</em> », vise, selon la revue, à montrer que le problème n’est pas le monstre évident, mais le système qui protège l’homme ordinaire. C’est une illustration directe de ce que Manne appelle la « <em><a href="https://www.katemanne.net/down-girl.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">himpathy</a></em> » : cette sympathie disproportionnée envers les agresseurs qui, écrit-elle, « exonère les hommes privilégiés qui dominent, menacent et réduisent les femmes au silence ». D’un côté, le hashtag #NotAllMen et l’accusation d’être anti-hommes. De l’autre, des critiques féministes tout aussi sévères. La revue <em><a href="https://www.anothergaze.com/yes-girls-love-corpses-emerald-fennells-promising-young-woman/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Another Gaze</em></a></em> juge le féminisme de Fennell superficiel. Mary Beth McAndrews, survivante de violences sexuelles, écrit que Cassie s’approprie le trauma de son amie plutôt que de le respecter. Le film la laisse, dit-elle, « <em><a href="https://www.rogerebert.com/features/on-the-disempowerment-of-promising-young-woman" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">vide</a></em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le même film est donc simultanément trop radical et pas assez. Quand un détracteur dit « ce film déteste les hommes », il demande que l’œuvre n’existe pas. Quand une critique féministe dit « ce film ne va pas assez loin », elle demande qu’elle soit meilleure. Ce n’est pas le même reproche, mais le mot « misandrie » écrase les deux positions, et le débat disparaît.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une sélectivité qui interroge</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe posé en ouverture n’est pas un cas isolé. <em><a href="https://www.imdb.com/title/tt1392190/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>Mad Max: Fury Road</em></a></em>, dénoncé comme « <a href="https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/pourquoi-mad-max-fury-road-enerve-les-anti-feministes_908481.html#:~:text=Mad%20Max%20%3A%20Fury%20Road%20%2C%20presque,Road%20%22%20(en%20anglais)." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">propagande féministe</a> » par des militants masculinistes, est signé George Miller, 70 ans. Quand un homme filme une femme en colère, la critique parle de « personnage complexe ». Le traitement n’est pas tout à fait le même quand l’œuvre est signée par une femme. Le constat vaut aussi en littérature. Lorsque Michelle Houellebecq écrit avec rage, la critique &nbsp;<a href="https://slate.com/culture/2015/10/submission-by-michel-houellebecq-reviewed.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">mentionne sa misogynie en passant</a>, puis s’attarde sur son style, sa lucidité, sa capacité à « prédire » le monde. Virginie Despentes <a href="https://liverpool.universitypressscholarship.com/view/10.5949/liverpool/9781846318610.001.0001/upso-9781846318610-chapter-2" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a pointé du doigt ce décalage</a> : si une femme avait écrit l’équivalent de ses romans, on aurait surtout parlé de son physique et de sa vie sexuelle. La colère masculine passe pour du style. La colère féminine passe pour un problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les données empiriques vont dans le même sens. <a href="https://www.researchgate.net/publication/375424142" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Hopkins-Doyle, Peterson et Leach</a> ont mené six études auprès de près de 10 000 participants dans neuf pays. Leur question était simple : les féministes sont-elles réellement plus hostiles aux hommes que le reste de la population? Résultat : non. Leurs attitudes envers les hommes ne sont pas plus négatives que celles des non-féministes, ni même que celles des hommes envers eux-mêmes. Autrement dit, si l’étiquette « misandre » devait s’appliquer aux féministes, elle devrait tout aussi bien s’appliquer aux hommes. Les chercheurs en concluent que le stéréotype n’a aucune valeur descriptive. Ils appellent ça « <a href="https://www.psychologytoday.com/us/blog/compassionate-feminism/202403/debunking-the-myth-of-the-man-hating-feminist" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le mythe de la misandrie</a> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que ces œuvres partagent n’est peut-être pas la haine, mais le refus de rassurer leur public. On peut les trouver réussies ou ratées. Les critiques féministes elles-mêmes ne s’accordent pas. Réduire ce débat à un seul mot, c’est peut-être passer à côté de ce qu’il révèle : non pas que ces œuvres détestent les hommes, mais qu’elles posent des questions auxquelles le mot « misandre » évite de répondre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/03/18/lart-misandre-existe-t-il-vraiment/" data-wpel-link="internal">L’art « misandre » existe-t-il vraiment?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Gaza : les soldats canadiens ne reposent plus en paix</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/gaza-les-soldats-canadiens-ne-reposent-plus-en-paix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Gaza]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60300</guid>

					<description><![CDATA[<p>Tsahal confirme avoir excavé un cimetière où reposaient 22 militaires canadiens.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/gaza-les-soldats-canadiens-ne-reposent-plus-en-paix/" data-wpel-link="internal">Gaza : les soldats canadiens ne reposent plus en paix</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Ils n’étaient pas venus faire la guerre. Vingt-deux Casques bleus canadiens, morts lors d’une mission de paix dans les années 1950 et 1960, étaient enterrés depuis des décennies dans un cimetière du Commonwealth à Gaza. Le 18 février, l’armée israélienne <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/gaza-cemetery-graves-9.7093884" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">confirme </a>avoir excavé le lieu à plus de trente mètres de profondeur, bien au-delà des deux mètres où reposaient les corps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cimetière militaire d’al-Tuffah, au nord de Gaza, abrite plus de 3 600 tombes de soldats morts pendant les deux guerres mondiales. Jusqu’à récemment, le <a href="https://www.warmuseum.ca/firstworldwar/history/after-the-war/remembrance/commonwealth-war-graves-commission/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Commonwealth</a> ne rapatriait pas ses morts selon un principe d’égalité voulant que chaque soldat, quel que soit son rang, repose là où il est tombé. Les tombes de ces Casques bleus avaient donc été confiées à la <a href="https://www.cwgc.org/our-work/news/100-year-family-tie-ensures-cwgc-gaza-cemeteries-flourish/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">famille palestinienne Jaradah</a>, qui entretenait le site depuis 1923. Le 4 février, des images satellites <a href="https://www.theguardian.com/world/2026/feb/04/idf-bulldoze-gaza-war-cemetery-allied-graves-satellite-images" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ont révélé</a> que la parcelle canadienne a été entièrement détruite. Ce constat s’ajoute à un autre fait marquant : l’armée israélienne a contraint la famille Jaradah à s’exiler en Égypte, mettant fin à près d’un siècle de gardiennage du site.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Un tunnel sous les tombes : nécessité ou prétexte ?</strong> </p>



<p class="wp-block-paragraph">La présence alléguée d’un tunnel du Hamas sous le cimetière sert à justifier l’opération menée par Tsahal (Armée de Défense d’Israël). Les fouilles conduites de juillet à août 2025 ont révélé la présence d’un <a href="https://www.timesofisrael.com/idf-said-to-damage-gaza-cemetery-containing-graves-of-allied-troops-from-world-wars/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">lance-roquettes</a> parmi les tombes. Cette trouvaille a permis d’affirmer la militarisation du cimetière. La zone reste toutefois sous contrôle militaire : aucune vérification n’est alors possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit international est quant à lui explicite. Le <a href="https://www.ohchr.org/en/instruments-mechanisms/instruments/protocol-additional-geneva-conventions-12-august-1949-and" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Protocole additionnel I </a>aux Conventions de Genève (art. 34) et la <a href="https://guide-humanitarian-law.org/content/article/3/missing-persons-and-the-dead/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Règle 115 du CICR</a> (Comité international de la Croix-Rouge) protègent les sépultures. Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (<a href="https://www.pbs.org/newshour/world/israel-military-operation-destroys-a-gaza-cemetery-israel-says-hamas-used-the-site-to-hide-a-tunnel" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">USCIRF</a>), la destruction de cimetières pourrait constituer un crime de guerre en vertu du Statut de Rome. Les autorités israéliennes font valoir que cette protection cesse dès qu’un site est militarisé, un <a href="https://www.hrw.org/news/2023/10/09/questions-and-answers-october-2023-hostilities-between-israel-and-palestinian-armed" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">argument</a> également appliqué aux hôpitaux et aux écoles de Gaza.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tsahal affirme avoir agi avec « <a href="https://www.timesofisrael.com/idf-said-to-damage-gaza-cemetery-containing-graves-of-allied-troops-from-world-wars/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>la sensibilité requise</em></a> (<em>tdlr</em>) ». Un de ses officiers admet pourtant ne pas pouvoir garantir que les restes ont été préservés. Ce n’est pas la première fois que ce cimetière se retrouve au centre des violences. Il avait déjà été endommagé lors d’opérations militaires israéliennes en <a href="https://theconversation.com/the-damaged-gaza-war-cemetery-highlights-ongoing-risk-to-soldier-graves-in-conflict-zones-275536" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2006 et en 2009</a>, le gouvernement israélien ayant alors versé une compensation financière à la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CWGC). De nouvelles destructions ont notamment été documentées <a href="https://www.theguardian.com/world/2026/feb/04/idf-bulldoze-gaza-war-cemetery-allied-graves-satellite-images" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">en 2025</a>. Au total, au moins <a href="https://www.cnn.com/2024/01/20/middleeast/israel-gaza-cemeteries-desecrated-investigation-intl-cmd/index.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">16 cimetières</a> ont été détruits à Gaza depuis le début du conflit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’indignation, faute de mieux </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Affaires mondiales Canada se dit « <em>profondément préoccupé</em> » dans un communiqué officiel et souligne l’importance de préserver les sites commémoratifs « <em>avec le plus grand respect</em> ». La Légion royale canadienne se déclare « <em>anéantie</em> » par communiqué de presse. Son président, Berkley Lawrence, estime qu’aucune raison ne peut justifier la destruction d’un cimetière et s’interroge sur le sort des dépouilles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.cwgc.org/our-work/caring-for-our-sites/our-sites-in-challenging-locations/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">CWGC</a> confirme sur son site des dommages importants aux pierres tombales, mémoriaux et murs d’enceinte. Elle n’a aucun accès au cimetière, toujours sous contrôle militaire israélien. La restauration est promise « <em>lorsqu’il sera sûr de le faire</em> », <a href="https://www.cwgc.org/our-work/caring-for-our-sites/our-sites-in-challenging-locations/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">indique</a> le communiqué officiel de la CWGC.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le paradoxe commémoratif : le rappel des vétérans </strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Greg Mitchell, vice-président de l’Association canadienne des vétérans du maintien de la paix, confie à la <a href="https://www.nsnews.com/national-business/ottawa-investigating-report-gaza-cemetery-where-canadians-were-buried-was-destroyed-11854711" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">presse canadienne</a> faire confiance à la CWGC pour restaurer le cimetière le moment venu. Mais il recentre le débat : ce qui le préoccupe avant tout, ce sont les personnes qui souffrent et meurent à Gaza en ce moment. Le territoire où reposaient ces 22 Casques bleus a vu périr plus de 75 000 Palestiniens lors des seize premiers mois du conflit, <a href="https://www.thenationalnews.com/news/mena/2026/02/19/actual-gaza-death-toll-50-per-cent-higher-than-ministry-figures-says-lancet-study/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">selon une étude publiée dans le journal <em>The Lancet</em></a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Morts et vivants partagent désormais le même territoire dévasté. Ces soldats avaient été envoyés pour maintenir la paix. Ils n’y ont même pas trouvé le repos.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/25/gaza-les-soldats-canadiens-ne-reposent-plus-en-paix/" data-wpel-link="internal">Gaza : les soldats canadiens ne reposent plus en paix</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>​​Neuf morts dans une fusillade scolaire</title>
		<link>https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/neuf-morts-dans-une-fusillade-scolaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Joséphine Miton]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 12:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[fusillade]]></category>
		<category><![CDATA[registre des armes à feu]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.delitfrancais.com/?p=60052</guid>

					<description><![CDATA[<p>Une ancienne élève a ouvert le feu dans une école secondaire en Colombie-Britannique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/neuf-morts-dans-une-fusillade-scolaire/" data-wpel-link="internal">​​Neuf morts dans une fusillade scolaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Ce mardi 10 février, Tumbler Ridge a été frappée par la pire fusillade scolaire au Canada <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/school-shooting-ten-dead-british-columbia-9.7084222" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">depuis le massacre de Polytechnique</a> en 1989. Cette petite ville isolée de 2 400 habitants, située au pied des Rocheuses à 1 200 kilomètres de Vancouver, porte désormais le poids d’une tragédie nationale. Jesse Van Rootselaar, 18 ans, ancienne élève, a d’abord tué sa mère, Jennifer Strang, 39 ans, ainsi que son demi-frère de 11 ans à leur domicile, avant de se rendre à la Tumbler Ridge Secondary School. À 14 h 20, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a reçu un signalement de tirs actifs. Après avoir ouvert le feu dans l’école, la tireuse a été retrouvée morte par blessure auto-infligée. Le bilan est lourd : neuf morts et 27 blessés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une communauté sous le choc</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette petite ville où tout le monde se connaît, l’horreur a bouleversé le quotidien de la communauté<em>. « Tout semble tellement irréel. Les larmes n’arrêtent pas de couler. Tant de jeunes vies fauchées inutilement (tdlr) »</em>, <a href="https://x.com/AwarenessTCS/status/2022841209203364084" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a confié</a> le grand-père d’Ezekiel Schofield, 13 ans, tué dans la fusillade<em>. « C’est une petite ville très soudée, et l’impact d’un événement comme celui-ci est ressenti par tout le monde »,</em> <a href="https://x.com/LarryNeufeldCon/status/2021407906164261016" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a écrit</a> sur X le député provincial Larry Neufeld. Le ministre fédéral Gregor Robertson, qui s’est rendu sur place, <a href="https://x.com/gregorrobertson/status/2021822631276937223" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a décrit</a> <em>« une communauté extraordinaire »</em>, où il a été témoin <em>« d’une compassion et d’une entraide remarquables chez chaque personne rencontrée ».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La fusillade a provoqué une vague d’émotions à travers le pays et au-delà des frontières canadiennes. Le premier ministre Mark Carney <a href="https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/tout-un-matin/episodes/1020392/mercredi-11-fevrier-2026/transcription" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a annulé ses déplacements</a> à Halifax et Munich. Visiblement ému devant la Chambre des communes, <a href="https://lactualite.com/actualites/de-nombreuses-personnes-reagissent-a-la-fusillade-de-masse-survenue-a-tumbler-ridge/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">il a déclaré</a> <em>: « Ce matin, des parents, grands-parents, frères et sœurs à Tumbler Ridge se réveilleront sans quelqu’un qu’ils aiment. La nation pleure avec vous. »</em> À l’étranger, <a href="https://x.com/EmmanuelMacron/status/2021498327565729876" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Emmanuel Macron</a>, <a href="https://x.com/ZelenskyyUa/status/2021512477452738785" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Volodymyr Zelensky</a>, <a href="https://x.com/RoyalFamily/status/2021588046903214181" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">le roi Charles III</a> et <a href="https://x.com/bundeskanzler/status/2021501207781736763" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Friedrich Merz</a> ont exprimé leur solidarité envers les victimes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des lois mises à l’épreuve</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Canada, les fusillades scolaires restent rares. La dernière de cette ampleur remonte à <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/02/10/les-5-pires-tueries-dans-des-ecoles-canadiennes" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Polytechnique</a>, où 14 femmes ont perdu la vie. Cette tragédie a mené à l’adoption du projet de loi <a href="https://www.caut.ca/fr/bulletin/gun-control-under-control/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">C‑17</a> en 1991, puis à la <a href="https://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/f-11.6/TexteComplet.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">Loi sur les armes à feu</a> en 1995. Depuis, plus de <a href="https://www.canada.ca/fr/securite-publique-canada/campagnes/rachat-armes-a-feu.html" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">2 500 armes de type « assaut »</a> ont été interdites et un <a href="https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/cntrng-crm/frrms/c21-fr.aspx?wbdisable=true#:~:text=armes%20%C3%A0%20feu-,L&#039;ancien%20projet%20de%20loi%20C%2D21%20et%20ses%20implications,ne%20sont%20pas%20en%20vigueur." data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">gel de la vente d’armes de poing</a> a été imposé entre 2022 et 2023, et se poursuit progressivement jusqu’en 2026. Malgré ces mesures, les crimes violents liés aux armes à feu <a href="https://www.publicsafety.gc.ca/cnt/trnsprnc/brfng-mtrls/prlmntry-bndrs/20230201/016/index-fr.aspx?wbdisable=true" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">ont bondi de 84 %</a> entre 2010 et 2020 au Canada.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des questions sans réponses</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreuses zones d’ombre persistent. La police serait <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2228233/jesse-van-rootselaar-tumblr-ridge" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">intervenue à plusieurs reprises</a> au domicile de Van Rootselaar en raison de sa santé mentale. Des armes à feu se trouvaient dans le foyer familial : elles auraient été <a href="https://www.nationalobserver.com/2026/02/10/news/rcmp-tumbler-ridge-shooter-weapons" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">saisies puis restituées</a> à leur propriétaire légal. Le permis de possession de la tireuse était pourtant <a href="https://www.cbc.ca/news/politics/tumbler-ridge-firearms-9.7088680" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">expiré depuis 2024</a>, et les armes retrouvées à l’école ne seraient pas enregistrées à son nom. Aucune note n’a été découverte et le <a href="https://www.cp24.com/news/canada/2026/02/11/heres-what-we-know-about-the-tumbler-ridge-shooter/" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">motif reste inconnu</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La GRC a par ailleurs confirmé que Van Rootselaar était une femme transgenre. Cette information a rapidement été instrumentalisée par des influenceurs de la droite américaine, relayant l’idée d’une « <em>“</em><a href="https://www.cbc.ca/news/canada/tumbler-ridge-shooting-trans-community-false-claims-9.7085078" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer"><em>épidémie” de violence transgenre</em></a> ». Or, <a href="https://www.cbc.ca/news/canada/tumbler-ridge-shooting-trans-community-false-claims-9.7085078" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">selon James Densley</a>, cofondateur du Violence Prevention Project, 97,5 % des fusillades de masse recensées aux États-Unis ont été commises par des hommes cisgenres, contre 0,5 % par des personnes transgenres. Des militants 2SLGBTQ+ ont déploré que cette récupération politique détourne l’attention du deuil collectif.</p>



<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph"><em>« Déterminer le «&nbsp;pourquoi&nbsp;» sera difficile, mais nous ferons tout notre possible pour reconstituer ce qui s’est passé »</em>, <a href="https://www.cnn.com/2026/02/10/americas/canada-british-columbia-school-shooting-intl-hnk" data-wpel-link="external" target="_blank" rel="external noopener noreferrer">a admis</a> le surintendant de la GRC, Ken Floyd. En attendant, mercredi soir, des centaines de résidents se sont rassemblés pour une veillée aux chandelles au cœur de la ville.</p>
<p>L’article <a href="https://www.delitfrancais.com/2026/02/18/neuf-morts-dans-une-fusillade-scolaire/" data-wpel-link="internal">​​Neuf morts dans une fusillade scolaire</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.delitfrancais.com" data-wpel-link="internal">Le Délit</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
