Un retour en personne qui ne fait pas l’unanimité

Table ronde des médias étudiants avec l’administration mcgilloise. 

Alexandre Gontier | Le Délit

Le retour en personne sur le campus de l’Université ne s’est pas fait sans contestation ou inquiétude le 24 janvier dernier. Dans un courriel envoyé le 17 janvier, l’Association étudiante de l’Université McGill (AÉUM) dénonçait l’approche de l’Université, affirmant que les mesures en place seraient insuffisantes pour assurer la sécurité des étudiant·e·s. Également, une pétition numérique circulant au sein de la population étudiante demandait que l’Université rende obligatoire l’enregistrement des cours. Pour répondre à ces inquiétudes, une table ronde des médias étudiants a été organisée le 21 janvier dernier par l’administration de l’Université. Le vice-principal exécutif adjoint (enseignement et programmes d’études), Christopher Buddle et le premier vice-principal exécutif adjoint (études et vie étudiante), Fabrice Labeau, étaient présents pour apporter des clarifications concernant les mesures sanitaires mises en place sur le campus et les accommodements disponibles. Christopher Buddle a notamment rejeté l’idée selon laquelle le campus n’est pas sécuritaire.

Des accommodements à court et à moyen termes pour les étudiant·e·s

L’approche de l’Université vise à avoir un niveau d’uniformité tout en laissant une certaine flexibilité aux facultés, départements et professeur·e·s de prendre les meilleures décisions les concernant. Christopher Buddle a expliqué que l’Université ne peut pas rendre obligatoire l’enregistrement des cours puisque certain·e·s professeur·e·s ne sont pas à l’aise avec cette procédure et que certains types de cours ne s’y prêtent pas, notamment les cours de musique ou les cours en laboratoire. Il a réitéré que l’Université encourage toutefois fortement les professeur·e·s à le faire de manière à offrir plus de flexibilité aux étudiant·e·s. Christopher Buddle soutient que, malgré tout, le choix de se présenter, ou pas, en cours revient aux étudiant·e·s comme à n’importe quelle autre session. 

« Christopher Buddle soutient que, malgré tout, le choix de se présenter, ou pas, en cours revient aux étudiant·e·s comme à n’importe quelle autre session »

Il est cependant possible d’obtenir des accommodements à court terme pour celles et ceux qui ont contracté la COVID-19 ou qui sont aux prises avec d’autres obstacles temporaires. Ces arrangements doivent être négociés directement avec les professeur·e·s et varieront d’un cas à l’autre. Les cas d’accommodements à long terme, quant à eux, doivent être faits au cas par cas avec le Bureau du doyen à la vie étudiante (Office of the Dean of Students) en collaboration avec le Bureau de soutien aux étudiants en situation de handicap (Office of Students with Disabilities, OSD). Les accommodements jugés raisonnables sont ceux « qui doivent [nécessairement, ndlr] être mis en place et qui ne causent pas de contraintes excessives », a expliqué Buddle. Par exemple, un accommodement ne peut justifier une exemption de la partie clinique ou pratique d’un cours. Fabrice Labeau a ajouté que les accommodements ne doivent pas compromettre les standards académiques du cours suivi.

Dans une annonce datée du 17 janvier, l’AÉUM affirmait que McGill n’offrait pas d’accommodements, ce qu’ont démenti Buddle et Labeau. Des accommodements sont disponibles, même si ce sont les étudiant·e·s en ayant besoin qui doivent entamer les démarches nécessaires afin de les obtenir. « Je comprends que ce soit une source de confusion pour certain·e·s étudiant·e·s et qu’il est difficile de s’y retrouver pour certain·e·s », a dit Christopher Buddle. Il a toutefois rappelé que la session d’automne s’était plutôt bien déroulée à cet égard et que « les instructeur·rice·s s’étaient montré·e·s très flexibles » pour trouver des moyens de soutenir les étudiant·e·s.

Accommodements pour les professeur·e·s et modalités d’instruction

En novembre dernier, le Sénat avait adopté une politique sur les modalités d’enseignement pour l’hiver 2022, le quatrième semestre en temps de pandémie. Cette politique donne aux professeur·e·s la possibilité d’enseigner jusqu’à 20% de leur cours à distance, à leur discrétion. Elle s’applique pour l’ensemble de l’Université mais certaines facultés ont des politiques différentes, a expliqué Fabrice Labeau.

Néanmoins, ce ne sont pas tous·tes les professeur·e·s qui peuvent enseigner leurs cours en personne : « Pour les instructeur·rice·s plus à risque, comme les individus immunodéprimés, nous avons toujours en place les mêmes accommodements qu’à la dernière session », a fait valoir Fabrice Labeau. Christopher Buddle a assuré que les procédures dont s’est dotée l’Université ont permis aux professeur·e·s touché·e·s par des problèmes de santé chroniques d’obtenir des accommodements nécessaires. « C’est à leur disposition et ça l’est depuis le début de la pandémie », a‑t-il expliqué. Les accommodements varient selon les cas en fonction du contexte d’instruction et de l’instructeur·rice concerné·e.

Plus d’informations sur l’application des mesures sanitaires

Comme à la session d’automne, l’Université comptera sur des gardien·ne·s de sécurité pour patrouiller le campus et assurer le respect des mesures sanitaires : « Chaque fois que nous avons été informé·e·s de l’existence de points chauds, où les directives étaient moins respectées, nous avons simplement augmenté les patrouilles et la présence dans ces zones pour être sûr·e·s », a expliqué Fabrice Labeau. Selon lui, cela permettrait à l’Université d’atteindre un très haut taux d’adhérence aux mesures sanitaires.

L’Université continuera d’exiger le port du masque procédural. Interrogé au sujet des exigences quant au type de masque, Christopher Buddle a affirmé qu’il n’y a pas de doute que les masques N95 sont plus efficaces que les masques procéduraux, et que ces derniers sont plus performants que les masques en tissu.

Il insiste toutefois que les masques N95 sont plus adaptés au contexte hospitalier ou de soins de santé, là où les contacts sont étroits et prolongés, et qu’il n’est pas primordial de les exiger sur le campus mcgillois : « Il n’y a pas beaucoup de situations dans un environnement universitaire qui justifient le port d’un N95. Dans l’ensemble, étant donné les conditions dans lesquelles nous interagissons et le niveau de risque, le masque procédural est à privilégier. »

Christopher Buddle a cependant spécifié que rien n’empêche ceux et celles qui le souhaitent de porter un masque N95 sur le campus. Les gardien·ne·s de sécurité n’interpelleront que les personnes qui portent un masque inadéquat.

Retour en classe pas tout à fait comme avant

Le retour en classe se fait dans un contexte pandémique différent de celui de la rentrée d’automne selon Fabrice Labeau : « Le principe qui guidait la gestion de la pandémie à l’époque était vraiment de faire en sorte que, dans la mesure du possible, personne ne contracte le virus. Je pense que la façon dont la santé publique gère actuellement la pandémie est un peu différente. » Il a également souligné que le traçage des cas contact est effectué différemment : « Auparavant, il fallait procéder à un traçage très détaillé et minutieux de tous les contacts possibles avec les cas positifs. Omicron étant bien plus contagieux et ayant des effets beaucoup plus limités sur les individus, la recherche des contacts est effectuée de façon à ce que ce soit la personne testée positive qui identifie les contacts importants et leur dise quoi faire. » Les paramètres sur lesquels se fie l’Université ont donc changé avec la situation, a résumé Christopher Buddle.

L’anxiété et l’incertitude généralisées entourant le retour au campus ne sont pas sans rappeler celles de la rentrée d’automne 2021. « Le retour en personne était plutôt réussi, bien plus que ce à quoi plusieurs se seraient attendus. Je crois que nous faisons face à une situation similaire, encore cette session », a dit Fabrice Labeau. Selon Christopher Buddle, il est normal de ressentir de l’anxiété et des doutes quant aux mesures en place, mais il assure qu’après quelques semaines la poussière finira par retomber.


Dans la même édition