Dévoiler le désir – Le Délit
Dévoiler le désir
Par · 28 janvier 2020
Corps célestes de Dany Boudreault au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.
Image par Valérie Remise

Corps célestes, c’est aussi le nom du film d’Hélène (Julie Le Breton). Cette dernière, actrice et réalisatrice de films pornographiques, revient auprès de ses proches après quinze ans d’absence. Sa mère (Louise Laprade), paralysée après un problème de santé, la demande à ses côtés. En revenant, Hélène, qui se fait appeler Lili, fait face à sa soeur Florence (Evelyne Rompré), heurtée par son départ et par la vie, à son beau-frère James (Brett Donahue), et son neveu de quinze ans Isaac (Gabriel Favreau) dont elle ne connaissait pas l’existence. L’intrigue se déroule sur fond de guerre, où le Canada, la Russie et la Chine se disputent la souveraineté des territoires au nord du Canada. Pourtant, les personnages sont loin de tout ça, reclus dans la forêt, écartés de tout. S’ils·elles se pensent éloigné·e·s de la guerre qui fait rage au nord, les conséquences de cette dernière ne tardent pas à devenir visibles, les premier·ère·s réfugié·e·s faisant apparition (de manière indirecte) au cours du récit. 

Honte et rancoeur

Nous, spectateur·rice·s, sommes immédiatement plongé·e·s dans le récit. Une voix hors champ, celle d’Hélène, dirige, comme sur un tournage, la façon dont nous devons comprendre les scènes. Elle rythme, ordonne des changements de plans, des ellipses. C’est ainsi qu’elle fait son entrée dans sa famille, en dirigeant la manière dont cette arrivée est filmée. Les retrouvailles sont difficiles, la tension entre Hélène et sa sœur est palpable. Retrouver sa mère paraît également délicat. La peur du jugement transparaît chez tous les personnages. Florence a peur de celui de sa sœur, sur sa vie, ses ambitions. Hélène craint celui de sa mère, sur son métier. La honte est un thème central de la pièce mais alors qu’elle est traditionnellement associée à la sexualité, ici elle est présentée différemment. Au contraire, cette honte est remise en question tout au long de la pièce. Les difficultés que l’on rencontre pour mettre des mots sur ce qui touche au sexe et à la sexualité sont pointées du doigt.

En parlant de la pièce sur le site du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Dany Boudreault affirme que « la révolution sexuelle est en marche, mais elle n’est toujours pas advenue ». Il s’attaque au tabou encore présent dans notre langage et nos interactions vis-à-vis de la sexualité.

Famille et sexualité

Quels sont les liens entre famille et sexualité? C’est une question qui est rarement abordée, qui semble d’ailleurs parfois déplacée. Pourtant, la famille joue un rôle majeur dans le développement et la compréhension de la sexualité. Le tabou évoqué plus haut est souvent d’autant plus fort au sein même des familles. Dès leur première rencontre, Isaac est fasciné par sa tante. Elle qui ose parler, celle qui sait, avec qui il peut discuter, lui apparaît comme singulièrement intelligente. Ce personnage ambigu, assoiffé de sensations qu’il ne ressent pas, espère trouver des réponses auprès de sa tante. Il s’avère qu’il n’est pas le seul au sein de la famille à vouloir apprendre d’Hélène. Cette dernière ose parler du désir, de la sexualité, mais pas seulement restreint à leurs visions « traditionnelles » du désir. Comme le précise Dany Boudreault, le désir féminin est mis en avant et les personnages féminins ne sont pas relégués au statut d’objets de désirs, mais incarnent aussi des sujets désirants. 

Corps, images et lumières

L’auteur voulait que Corps célestes soit « un texte où il y a la guerre, une guerre que se livrent le corps et l’esprit ». Il réconcilie ainsi les personnages à leur propre corps. Tout dans la mise en scène et l’écriture fonctionne dans cette idée. La manière dont les corps des acteur·rice·s bougent semblent chorégraphiée, millimétrée. Leurs mouvements sont fluides, comme s’ils·elles dansaient. Le texte est brillamment écrit, il sonne juste. Il n’est cependant pas le seul vecteur de la réussite de la pièce. Les différentes scénographies et images marquantes permettent aussi de toucher le·la spectateur·rice.

 
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