La Civic Tech, garante de la démocratie? – Le Délit
La Civic Tech, garante de la démocratie?
Par · 20 février 2018
La technologie civique devient une solution aux problèmes de notre système politique.

Les technologies «utilisées dans l’intérêt général et qui améliorent les conditions de vie du plus grand nombre, et pas seulement de quelques-uns» sont les seules dignes d’être qualifiées de technologie civique, selon Micah Sifry, créateur de la conférence annuelle Personal Democracy Forum. Depuis 2012, cette tendance prend de l’ampleur et de nombreuses start-ups revendiquent l’étiquette de technologie civique. Toutefois, en termes concrets, comment se manifeste cet engagement civique —voire politique— du monde entrepreneurial?

Dérive démocratique

La technologie civique est née suite à un constat alarmant: celui d’une baisse drastique de confiance des citoyen·ne·s occidentaux·ale·s envers leur système politique. Plusieurs signes sont révélateurs de cette forte désillusion. Tout d’abord, les doutes de beaucoup quant aux bienfaits de la mondialisation et du système capitaliste, tel qu’il fonctionne actuellement, semblerait nourrir un fort nationalisme et un certain isolationnisme. Ces préoccupations sont exploitées par un nombre grandissant d’extrêmes politiques. En Pologne par exemple, le parti ultraconservateur Droit et justice (PiS, ndlr), au pouvoir depuis 2015 et dirigé par Jarosław Kaczyński, est en train de peu à peu restreindre les libertés des médias et l’indépendance de la justice.

La santé de la démocratie est par ailleurs mise en péril à cause d’un engagement politique très bas de la part des jeunes. Parmi les nombreuses raisons qui expliquent cette absence de volonté de participer, une étude réalisée par l’Institut du Nouveau Monde auprès des jeunes Québécois identifie le désintérêt, le cynisme et le négativisme comme raisons principales. Bien que le sondage date d’il y a quelques années, il n’y a pas de doute sur le fait qu’il soit encore pertinent aujourd’hui, et qu’il s’applique aux jeunes occidentaux au-delà du Québec. Ainsi, comment maintenir en place un système politique dans lequel une grande proportion de ses adhérents ne croît plus? Une solution serait de prendre du recul et d’admettre que notre modèle de démocratie occidentale contient des défauts de taille. En effet, proposée —même imposée parfois— depuis plusieurs siècles comme le meilleur système politique possible, la démocratie en est venue à se reposer sur ses lauriers et à oublier qu’elle aussi a besoin de réajustements permanents.

L’intervention de la technologie

Depuis quelques années, le monde entrepreneurial se charge de trouver des solutions à ce problème démocratique. De prime abord, le couple technologie/politique peut paraître inédit. En effet, l’affirmation du domaine technologique comme quoi il est en train de façonner le monde de demain fait plutôt référence aux progrès de mobilité, de santé et de communication que la réforme morale des politicien·ne·s. Et pourtant, de nombreuses start-ups prennent cet objectif comme idée de base pour leurs projets, qui se concrétisent ensuite de manières diverses et fort ingénieuses. L’un des problèmes majeurs est celui du manque d’intérêt et la conviction que nos voix individuelles n’ont pas d’impact car elles ne sont pas écoutées par ceux·lles au pouvoir. Une solution est donc d’exploiter le pouvoir immense qu’a Internet comme moyen de communication et de le transformer en lieu de discussions d’idées et de ralliement à des causes politiques et sociétales. C’est ce que fait actuellement change.org, «la plateforme mondiale pour le changement». Ce site Internet permet à n’importe quel citoyen de créer une pétition et de faire campagne pour avancer une cause. Créé aux États-Unis en 2007, change.org est désormais disponible dans plus d’une dizaine de pays. Grâce à une communication travaillée, une pétition peut rapidement prendre de l’ampleur et servir de moyen de pression pour changer certaines lois ou amener les politiciens·nes à assumer la responsabilité de leurs actes. 

Une autre start-up, française cette fois-ci, a créé une plateforme qui permet à n’importe qui de proposer un projet de loi sur des sujets aussi variés que la nutrition ou comment promouvoir l’inclusion dans les écoles. make.org facilite donc les débats de société, et en parallèle organise de «grandes causes», dont la plus récente combat les violences faites aux femmes. Ce que font ces start-ups, dans l’absolu, c’est de donner une voix aux citoyen·ne·s qui se sentaient jusqu’alors ignoré·e·s. En créant un espace (virtuel) pour de nouveaux débats, orchestrés par les électeur·rice·s eux·lles-mêmes, la technologie aide à réengager la société avec la politique. Ces start-ups, ainsi que les réseaux sociaux, créent une proximité sans précédent entre les élécteur·rice·s et les élu·e·s, promouvant ainsi une plus grande responsabilisation des personnes au pouvoir, ainsi que meilleure représentativité. 

La démocratie en est venue à se reposer sur ses lauriers et à oublier qu’elle a besoin de réajustements permanents

Capucine Lorber | Le Délit

La question des médias

Un autre écueil que connaît notre système politique occidental est la perte totale de confiance envers les médias et les sources d’informations en général. Ce qui était encore considéré il y a quelques années comme le quatrième pilier de la démocratie est aujourd’hui perçu comme une arme des politicien·ne·s et lobbies pour propager leurs mensonges, leurs exagérations et pour dissimuler. Et pourtant, la survie de la démocratie dépend de notre accès à des informations variées, vérifiées et factuelles.

Pour combattre cette tendance et rétablir un juste rapport à la vérité, plusieurs initiatives ont été menées. La 2017 Democracy Award par exemple, récompense les entreprises et organisations qui trouvent des moyens de combattre les fausses nouvelles. D’autres start-ups se sont penchées sur la question de l’accès à l’information. Aujourd’hui, nous sommes assailli·e·s en permanence par des montagnes d’information dont il est très difficile de déterminer la véracité du fait de leur quantité et de leur provenance. Dans cette logique, voxe.org a eu l’idée de créer un chat bot qui sélectionne et regroupe les nouvelles majeures de la semaine (provenant de sources d’information vérifiées) pour les envoyer sous forme de messages concis chaque samedi matin.

Et Montréal ?

Les initiatives que nous avons évoquées jusqu’à présent sont d’envergure nationale, voire mondiale. Cependant, beaucoup de projets fleurissent également à plus petite échelle. Dans les municipalités, les entrepreneur·se·s audacieux·ses sont encouragé·e·s à contribuer à l’amélioration de la démocratie. Mobilisons Montréal, un organisme sans but lucratif visant à promouvoir l’entrepreneuriat local, consacre une partie de sa mission au développement de la technologie civile. Comme est indiqué sur le site de l’organisation, peu importe l’échelle à laquelle elles sont réalisées, «la finalité de ces initiatives [est d’]aller d’une société de la représentation vers celle de la participation». 

 
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