Ban Ki-moon à McGill
16 février 2016 - Image par Vittorio Pessin
La visite du Secrétaire général de l’ONU expliquée en quatre temps.

1 – Visite à Ottawa: «Canada is back»

Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) Ban Ki-moon a entamé sa visite officielle au Canada par Ottawa en rencontrant le premier ministre Justin Trudeau. Rencontre très médiatisée, le premier ministre n’est pas passé par milles chemins pour faire savoir à Ban Ki-moon son ambition d’obtenir un des très prisés sièges non-permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. Replacer le Canada sur la carte du monde, tel est l’objectif du jeune premier ministre qui tient à prouver son leadership sur la scène internationale.

«En tant  que parti politique fédéraliste, nous croyons à l’influence du Québec au sein du Canada»

M. Ban est actuellement dans la dernière année de son deuxième mandat de cinq ans; son successeur devrait être connu un peu plus tard au cours de l’année.

Vittorio Pessin

2 – Visite à l’hôtel de ville de Montréal

Après Ottawa, ce fut le tour du maire de Montréal, Denis Coderre, de recevoir en grande pompe le Secrétaire général de l’ONU. L’entretien entre le représentant onusien et le maire fut de courte durée — une trentaine de minutes. Toutefois, les deux hommes ont pu discuter de la question des réfugiés et rencontrer les journalistes présents sur place. Le précédent Secrétaire général, Kofi Annan, n’avait jamais mis les pieds à Montréal durant son mandat. Il faut remonter en 1994 pour la dernière visite d’un Secrétaire général à Montréal, Boutros Boutros-Ghali.

Vittorio Pessin

3 – Visite à McGill

Un saut à McGill? Pourquoi pas. Outre l’alarme d’incendie, qui a quelque peu retardé le début de la conférence, et l’équipe de Désinvestir McGill qui a profité du passage du Secrétaire général et de sa délégation pour rappeler les enjeux de leur organisation, l’événement s’est déroulé sans incident. Présente sur les lieux avec des pancartes qui arboraient les mots suivants: «Vous ne pourrez pas dire que vous ne le saviez pas.» Désinvestir McGill a réitéré, de façon très pacifiste, son souhait que l’Université McGill se départisse de ses intérêts économiques liés à l’industrie du fossile et autres énergies non-renouvelables.

«Vous ne pourez pas dire que vous ne le saviez pas»

Prenant des accents populistes, sans doute empruntés au maire Coderre assis en première ligne, le Secrétaire général a débuté son allocution en entonnant le chant religieux de tous les Montréalais «Go Habs go!» (Allez Canadiens, allez!, ndlr) obtenant de facto la sympathie du public.

Avec un discours intitulé «Menaces et Opportunités» (Threats and Opportunities, ndlr), le Secrétaire général s’adressait directement aux étudiants présents dans la salle et avait pour objectif de convaincre le public du rôle vital de la jeunesse dans les enjeux tels que le changement climatique, les conflits armés, les crises humanitaires et l’emploi. Toutefois, c’est avec une pointe d’humour et beaucoup d’humilité que le Secrétaire général a tenu à rappeler à cette jeunesse que seule la sagesse permet de réconcilier l’utopiste et le réaliste afin de construire l’avenir. 

M. Ban a aussi rappelé que le savoir lui-même n’est pas important, mais que c’était plutôt son application qui faisait la différence et qu’il existe une multitude de façons de contribuer tout en restant autonome: «Vous avez un potentiel énorme, c’est aux jeunes de décider de leur contribution. Vous pouvez devenir artiste ou politicien, la décision vous appartient ».

Lorsqu’il a été questionné sur l’enjeu de la Corée du Nord par le professeur Krzysztof Pelc du Département des Sciences Politiques, la salle a semblé retenir son souffle pour un instant. Toutefois, le Secrétaire général n’a pas semblé bousculé par la question. Sans toutefois fournir une explication exhaustive de sa vision concernant le conflit, M. Ban a affirmé qu’il trouvait la situation très «frustrante et agonisante», mais qu’il souhaite avant tout favoriser l’approche diplomatique à ce conflit.

Pour le maire de Montréal, Denis Coderre, cette visite confirme le statut privilégié de la ville onusienne: «Montréal est redevenu un incontournable en terme de relations étrangères. M. Ban compte sur les villes pour qu’on puisse débloquer la situation pour le suivi de la COP21 sur la question de la transition énergétique et de l’environnement entre autres.»

Rencontrée par Le Délit, Mme Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie, qui était aussi présente à la conférence, a expliqué au Délit que lors de son arrivée en poste «La question de la Charte des valeurs (qui voulait interdire les signes ostentatoires religieux dans les services publiques, ndlr) avait fait mal à la réputation du Québec à l’international. Ça donnait un image d’intolérance qui ne reflète pas les Québécois, nous avons depuis rectifié le tir afin de démontrer le contraire. De plus, en tant que parti politique fédéraliste, nous croyons au pouvoir et à l’influence du Québec au sein du Canada et nous travaillons dans ce sens.» 

Vittorio Pessin

4 – Visite au centre de la prévention contre la radicalisation de Montréal

Sans doute tombé sous le charme de Denis Coderre, Ban Ki-moon a tenu à retrouver son hôte montréalais suite à sa visite à l’Université McGill pour faire un tour des locaux du Centre de la prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV).  Le centre lutte contre toutes les formes de radicalisation permet aux familles d’obtenir un soutien et de dénoncer les personnes qui pratiquent des activités terroristes. Le centre, qui a ouvert ses portes en mars 2015, offre notamment une ligne d’écoute 24 heures sur 24 qui offre un soutien aux parents et à leurs enfants. Depuis la création du centre, presque une dizaine de dénonciations de la part des citoyens ont mené à une enquête policière. En conférence de presse, le Secrétaire général a rappelé qu’il y a moins d’un mois, il a présenté Le plan d’action des Nations Unies pour prévenir l’extrémisme violent (United Nations Plan of Action to Prevent Violent Extremism, ndlr). Dans ce rapport, M. Ban présente plus de 70 recommandations qui peuvent être utilisées par les États dans leur lutte contre l’extrémisme. Il a cependant tenu à rappeler que la protection et la promotion des droits humains doivent toujours demeurer une priorité dans la lutte contre le terrorisme.

Seule la sagesse permet de réconcilier l’utopiste et le réaliste afin de construire l’avenir

Pour clôturer sa visite, le Secrétaire général a été convié à un dîner officiel en son honneur organisé par nul autre que, vous l’aurez sans doute deviné, l’inévitable Denis Coderre. Au cours de ce dîner qui a rassemblé plus de 300 personnes, le Secrétaire général a reçu le titre de citoyen honorifique de Montréal.

 
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