Voix lactées
17 mars 2015 - Image par Matilda Nottage
Le duo montréalais Milk & Bone lance son premier album.

La scène électro-pop montréalaise peut se targuer d’accueillir en son sein le duo prometteur Milk & Bone, qui lance son premier album «Little Mourning» sous le label Bonsound ce mardi 17 mars lors d’un concert — très attendu — au Centre Phi.

Le duo féminin, composé de Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin, nous propose un album délicieux dont vous pouvez déjà écouter les chansons «Coconut Water», «New York» et «Pressure» en ligne. Artistes complètes, les deux jeunes femmes ont écrit les textes de leur album, en plus de s’illustrer au piano et d’offrir une prestation vocale hypnotique. Combinant des musiques aériennes à des textes terre-à-terre, l’album est un mélange de douceur et de force tranquille, à l’image du nom du groupe.

Mais ce ne sont pas les premiers pas de Camille et Laurence dans le monde de la musique. Musiciennes et choristes de studio, elles ont fait les chœurs sur les albums de David Giguère. Le groupe Misteur Valaire les avait également réunies pour chanter avec lui sur le titre «Known By Sight» sur son dernier album en date («Bellevue», 2013). Mais les deux jeunes femmes, dont la complicité amicale et musicale grandit au fil des collaborations, décident de se lancer au-devant de la scène en formant Milk & Bone. Le public montréalais avait entre autres pu découvrir ce duo lors de l’édition 2014 du festival Les femmes s’en mêlent. Fort de ce passé musical, ce n’est pas étonnant que Milk & Bone nous propose un album mûr, abordant des thèmes crus (comme l’adultère et le désir), réalité brute qu’on retrouve dans le titre de l’album lui-même «Little Mourning».

La force du duo est de proposer un projet fini qui étonne par sa fluidité, mais qui, si on s’y penche de plus près, détonne par le foisonnement de ses sonorités. Enveloppée dans une musique tamisée, chaque chanson éclot et laisse éclater une saveur rythmique distincte – qui à chaque fois nous fait voyager: petit tambour méditerranéen dans «Easy to Read», balade polonaise dans «X», techno parfaite pour l’élite anglaise dans «Elephant». L’Amérique du Nord ressort aussi dans cet album: les thèmes de l’amitié et de l’amour sont dépeints sur des fonds de scènes proches de New York dans la chanson du même nom, alors que d’autres morceaux rappellent Montréal en été («Coconut Water») ou une cabine perdue dans les bois d’une campagne alentour («Elephant»).  D’ailleurs, le duo Milk & Bone a déjà commencé à faire parler de lui en Amérique du Nord mais aussi en France, où les critiques positives applaudissent déjà l’univers et la voix de ses deux jeunes interprètes.

Pourtant, certains pourraient reprocher aux rythmes et aux voix des chanteuses de ne pas être assez punchy, et d’emmener l’auditoire dans le monde dilué du rêve, d’où rien ne ressort vraiment. Même les voix des chanteuses sont indissociables l’une de l’autre. Sensuelles, elles s’entrecoupent et se mêlent pour créer des harmonies, qui sont non sans rappeler l’univers de Lorde, mais passé sous une brume épaisse. Pour d’autres, l’album se dessinera davantage comme un disque électrisant. Aux morceaux languissants et mélancoliques servis par des harmonies oniriques (on pense à «Pressure») s’entremêlent des morceaux plus ronds aux accents pop comme «Watch» — tous parcourus d’un son électro laid-back et entêtant (le final de «New York» nous en donne le meilleur exemple).

Au final, l’album est un millefeuille de planches sonores, avec quelques moments transcendants pâte feuilletée comme le feature rap de Terrell Morris dans «Tomodachi». Harmonies trop liquides ou tout simplement moelleuses, elles sont à dévorer par tous, et raviront à la fois les adeptes de la pop, l’indie pop, l’électro, et même les amoureux de la ballade romantique avec «X», une chanson où les voix cristallines du duo ne sont accompagnées que de la pureté d’un piano.

Alors comment et quand écouter cette album chill et chimérique ? Le Délit, qui a eu un accès exclusif à l’album, a testé son utilisation:

On vous recommande «Little Mourning» le matin, pour se réveiller tout en douceur un dimanche ou une journée d’hiver; pour préserver les brumes du sommeil un peu plus longtemps et prendre le temps de s’habiller, au fil des morceaux. Il est aussi conseillé le soir, sur le chemin nocturne du retour de soirée. La maison vous attend, peut être passez-vous devant la figure stoïque et majestueuse d’un Mont-Royal perdu sous le brouillard, sous un ciel sans étoiles ou à travers une ville illuminée. Votre casque vissé aux oreilles, les sons et les paroles deviennent vos compagnons de fortune et s’égrènent en accord avec la métrique de vos pas. Par contre, l’album est déconseillé pendant la soirée elle-même. Son caractère — fondu et fondant — pourrait laisser penser qu’il serait approprié comme musique de fond pour un rassemblement entre amis proches. Que Nenni. Un peu trop mélancolique pour être partagé en société, «Little Mourning» est plutôt un album à découvrir seul.

En somme, l’album est parfait pour accompagner la langueur d’une chaude journée d’été, quand le soleil vous abandonne somnolant et anesthésié; il ne vous privera pas de l’effet hallucinatoire de la chaleur écrasante, tout en vous désaltérant. Une écoute attentionnée est la clé pour parvenir à discerner le relief et la texture des morceaux – sans oublier le talent vocal de leurs interprètes. Chaque vague de son érode peu à peu les défenses de l’auditeur et les thèmes récurrents de l’amitié et de l’amour, en passant par la sensualité, le désir et la jalousie, vous plongeront surement dans une réflexion sur vos propres relations.

Avec cet album, Milk & Bone décide de laisser le public le découvrir à travers un univers intimiste et personnel, chic et sans une once de prétention. La sortie de l’album, prévue le 17 mars au Canada et le 31 mars aux États-Unis, ainsi que leur concert de lancement (le mardi 17 mars au Centre Phi à 18h00) offrira au public l’opportunité d’écouter le duo montréalais et de se forger sa propre opinion. 

 
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