Dans l’ombre d’Hannibal Lecter
17 février 2015 - Image par Films Séville
Xavier Dolan passe de l’autre côté de la caméra dans La Chanson de l’éléphant.

En voyant ce genre de films, je me dis que l’art de la bande-annonce doit être difficile à maîtriser. Il s’agit, bien entendu, de susciter l’intérêt des spectateurs envers le film, mais il est parfois difficile de le faire sans provoquer l’impression que le visionnement en salle constitue une sorte de prolongement légèrement étoffé d’une publicité qui parvient à produire une impression analogue à celle que nous laisse l’œuvre complète en moins de deux minutes.

Et je ne parle pas ici de révélations sur l’intrigue. Les spoilers peuvent certes être désobligeants si l’on tient à ce qu’un film soit avant tout un récit dont la progression est construite comme une série de révélations sur les personnages, leurs familles, leurs traumatismes, etc. Or, dans ce cas précis, les principaux éléments de l’intrigue peuvent se compter sur les doigts de la main, et le contexte dans lequel se déroule l’action laisse déjà inférer beaucoup de choses sur les personnages. Le jour de Noël, un psychiatre vient interroger Michael Aleen (Xavier Dolan), le patient d’un collègue disparu qui prétend détenir des informations sur son compte. S’ensuit un jeu de chassé-croisé entre Dr. Green (Bruce Greenwood) et Michael qui n’est pas sans rappeler la série d’interrogatoires qui institue un curieux rapport entre l’agente du FBI Clarice Starling et le psychopathe Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux.

Dans un cas comme dans l’autre, les patients emploient l’expression quid pro quo pour désigner le rapport qu’ils souhaitent instaurer avec la personne qui se trouve chargée de l’investigation criminelle, car sans être un grand criminel à l’instar du plus célèbre cannibale d’Hollywood, Michael Aleen souhaite également obtenir quelque chose en échange de sa collaboration. Là encore, le rapprochement avec le personnage d’Hannibal Lecter m’a semblé évident, puisqu’au-delà de la liberté dont tous deux se trouvent évidemment déprivés, ce qu’ils souhaitent recouvrir, c’est cette humanité que le système psychiatrique évacue en catégorisant le fou comme cet autre absolu qu’il convient d’enfermer afin de mieux préserver l’intégrité des valeurs rationalistes des sociétés occidentales. Ce thème foucaldien avait déjà été abordé de manière magistrale dans Mommy (2014), qui valut le Prix du jury  ex-aequo à Cannes à Xavier Dolan il n’y a pas si longtemps.

Toutefois, on ne peut pas effectuer un rapprochement thématique entre ces deux œuvres (par ailleurs si rapprochées dans le temps) sans constater que le second est loin de produire le choc émotionnel que provoque la relation mère-fils dans Mommy. Contrairement à ce que laissent entendre la bande-annonce et l’ouverture du film, la figure de la mère occupe un rôle marginal dans La chanson de l’éléphant, et si l’on devine qu’elle a contribué au déséquilibre mental de son fils, on finit par apprendre peu de détails sur elle. Malgré les défauts du film, il faut toutefois souligner que Xavier Dolan livre une interprétation exceptionnelle du jeune homme frappé de folie en parvenant à rendre le personnage de Michael plutôt sympathique en dépit de ses innombrables travers, à l’instar d’Antoine-Olivier Pilon (Steve Deprés) dans Mommy. Mais je tiens à souligner que la comparaison entre les deux œuvres s’arrête là, et que pour le reste, il s’agit plutôt d’un Silence des agneaux sans les meurtres, le cannibalisme et autres aspects sordides.

 
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