#AgressionNonDénoncée
11 novembre 2014 - Image par Mahaut Engérant
Expérience partagée dans la foulée du mouvement lancé sur Twitter.

Un soir d’hiver, il y a environ deux ans, j’attendais l’autobus de ville. Il faisait un froid glacial. Je bougeais sur place, histoire de me réchauffer un peu. Un taxi est arrivé à ma hauteur. C’était dans une rue résidentielle, sans personne aux alentours. Le chauffeur m’invite à monter. Je lui réponds que je n’ai pas d’argent. Il me dit que ce n’est pas grave. J’hésite, mais considérant le froid, l’autobus qui ne venait pas et le fait que c’est un taxi, je décide de monter. Je m’installe du côté passager, un banc de neige bloquant l’entrée du côté des sièges arrière.

L’homme se présente, me dit son nom. Je me présente aussi. Il semble gentil. Puis la première question qu’il me pose: «As-tu un copain?» La question classique. À partir de ce moment-là, je réalise que je me suis fait piéger en montant dans ce taxi. Je lui réponds «oui» en espérant qu’il me laisse tranquille. Erreur.

C’est alors qu’il pose sa main sur ma cuisse gauche. Et il la laisse là pendant 20-30 secondes au moins. Une éternité. Et je suis là à me débattre pour repousser sa main qu’il persiste à laisser sur ma cuisse. Puis, au bout d’un moment, il me demande: «Est-ce que je te mets mal à l’aise?». Je réponds: «Oui et j’aimerais que vous enleviez votre main de ma cuisse». Ce qu’il fait aussitôt.

Le reste du trajet se déroule en silence. Mais moi dans ma tête, je regarde son nom et sa photo, affichés sur son matricule de chauffeur. Je répète les informations dans ma tête parce que je ne sais pas ce qui m’arrivera ensuite.

Mais nous approchons de ma résidence. Je lui demande de me débarquer dans un stationnement près des commerces; je ne veux pas qu’il aille devant chez moi. Il part. Et je prends mon cellulaire pour retranscrire et enregistrer les informations que je me suis efforcée de retenir. Je les garde pendant plusieurs jours, voire quelques semaines. Je repense à l’affaire souvent. Puis, réalisant que je n’entendrai plus jamais parler de lui, je les supprime. Sans le dénoncer à la compagnie de taxi ni à la police.

Je pensais que cette histoire tomberait dans l’oubli. Jusqu’à ce que je tombe sur cet article de La Presse paru plus tôt en octobre dernier: «Agressions sexuelles dans les taxis: le SPVM enquête» (9 octobre 2014). Un suspect y est décrit.

Je me suis alors demandé si c’était le même homme. Que me serait-il arrivé si je n’avais pas été capable de tenir tête face aux avances du chauffeur? Est-ce que le fait de ne rien avoir dit par la suite a entrainé l’agression d’autres femmes? Ont-elles vécu quelque chose de pire? Je n’aurai probablement jamais de réponse à ces questionnements.

 Je n’ai pas rapporté ce geste déplacé pour plusieurs raisons. 

La première est que j’ai senti que je n’aurais pas de soutien dans mon entourage. Je pensais qu’on n’allait pas me croire ni même me prendre au sérieux. J’en ai d’ailleurs eu la preuve avec les deux personnes à qui j’ai relaté l’histoire, l’une d’entre elles s’empressant de me dire que «j’aurais dû faire attention».

Deuxièmement, je ne voulais pas être étiquetée comme une victime d’agression sexuelle. Ce geste était déplacé; or je n’ai pas vécu ce qu’il y a de pire dans le large spectre des agressions. Je suis retournée à ma vie d’avant assez rapidement et sans séquelles. 

Troisièmement, je n’avais pas envie de m’embarquer dans une panoplie de démarches qui n’aboutiraient probablement à rien considérant que je n’avais eu aucune blessure physique.Fuck that. Je voulais passer à autre chose le plus rapidement possible.

 Mais des incidents du genre, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. C’est arrivé à beaucoup de mes amies aussi. Et c’est pour ça que je m’implique. Pour qu’on cesse de porter la responsabilité des agressions sur les victimes. Pour qu’on enseigne aux jeunes hommes et aux jeunes femmes le respect de soi et le respect des autres. Il faut cesser de considérer cette problématique comme un problème individuel. C’est un problème social et culturel. 

 
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