Cette lutte irrationelle contre l’ennui
29 septembre 2014 - Image par Matilda Nottage
Réflexion sur le (non)sens de l’amusement.

De tout temps et en tous lieux, l’Homme fût à la recherche de divertissement. Voilà exactement le type de formules maladroites avec lesquelles, au lycée, mon professeur d’histoire m’interdisait d’entamer mes dissertations. Mais aujourd’hui, je profite de la liberté qui m’est offerte pour prendre le dessus sur toutes ces années d’obéissance en passant du côté des insoumis. Ainsi viens-je de matérialiser un désir commun et longuement rabâché à travers moult personnages de téléfilms usés: celui de ne pas faire ce qu’on attend de moi. Ce qui peut être considéré comme une forme de subversion. Il existerait donc une force, un désir, voire un besoin qui nous pousserait à détourner notre attention d’une obligation pour diverses raisons. Par paresse, esprit de contradiction, fierté ou ennui: beaucoup de motifs nous amènent à rechercher un ailleurs dans le divertissement. Et ce qui plaît dans le divertissement, c’est que tout le monde y a accès. Chacun d’entre nous, ou presque, a le droit à une partie de cartes, un bon film ou quelques notes de musique pour oublier, le temps d’un sourire, la sévérité de la vie.

Tout cela est bien beau et le resterait si le domaine du divertissement se limitait à de telles activités inoffensives. Seulement, il existe aussi de vrais chasseurs de distractions, de grands téméraires qui repoussent les barrières de la cour de récréation et ne se contentent pas d’une partie de rami. Ils vont plus loin. Parfois trop: en 2012, le propriétaire d’un parc d’attractions d’Atlantic City projetait de relancer une activité sportive qui faisait fureur au début du 20e  siècle: le plongeon à cheval. Le but est simple: enfiler son plus beau slip de bain, monter sur un cheval en pleine course et sauter, avec l’animal, d’un plongeoir d’environ 12 mètres de haut pour atterrir bruyamment dans une piscine. Plutôt que de diaboliser la cruauté de cette pratique —dont le retour a d’ailleurs été rapidement stoppé par diverses associations de protection des animaux—  concentrons-nous sur l’absurdité de cette activité qui nous rappelle que l’Homme est capable de tout. Sans aller jusqu’à dire que cette discipline fut un jour considérée comme normale, il est plutôt comique d’observer l’absence de dérision qui semble entourer ce phénomène. Pourtant, il suffit d’oser taper «plongeon à cheval» sur son moteur de recherche pour que tout ce qui occupe votre esprit à ce moment-là se fonde en une seule question existentielle: Mais qui donc a bien pu avoir une idée pareille?

Cet exemple au comique désolant illustre ce vers quoi tend le divertissement poussé à l’extrême: l’absence de raison, l’oubli de ce qui est utile, intelligent, productif. Lorsque, élancés sur leurs étalons empressés, les cavaliers dénudés se jettent dans le vide angoissant qui les sépare de l’eau, ils se débarrassent en fait de tous les codes et contraintes qui rythment leurs journées depuis, visiblement, trop longtemps. D’autres distractions revendiquent aussi cette forme de futilité: la Cheese Rolling Race en Angleterre ou encore le Championnat du N’importe quoi, un vrai spectacle de disciplines improbables mis en scène par Philippe Nicole, qui comprend, entre autres, le lancer d’arbitre et la descente de kayak sur mobilier. Que traduisent ces quêtes d’absurde et cette volonté de ne rien prendre sérieusement? Probablement, une fois de plus, la simple volonté de se sentir en vie et de ne pas trop réfléchir. Pour une fois, ne méditez pas sur tout ce que vous venez de lire. Ceci est une exhortation. Laissons-nous aller, sans honte, dans le simple but de nous divertir.

 
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