Vive l’Écosse libre !
23 septembre 2014 - Image par SDPD

C’était en 1977, le 20 septembre plus précisément. L’Association des étudiants francophones de l’Université McGill venait de s’éteindre, après une malheureuse mise en tutelle. Qui s’occupera désormais de la «défense des droits et privilèges de l’étudiant francophone à McGill»? Telle est la question que se pose alors Sylvain Lapalme, ancien président de l’AÉFUM. C’était sans compter l’équipe éditoriale du McGill Daily, entièrement bilingue cette année-là. Ces géants prennent le pas et décident, contre toute attente, de publier une édition francophone. Moment d’anthologie — on raconte même que des journalistes amis, du Devoir et de La Presse, étaient venus prêter main-forte aux nouveaux déliites lors de leur première soirée de production. Le reste est littérature.

Sous cette photo historique de la manifestation «McGill Français» de 1969, il y a cependant un titre des plus intéressants. Quelque chose qui résonne étrangement avec notre actualité. «Vive l’Écosse libre». Heureux hasard. Deux étudiants indépendantistes étaient alors venus d’Édimbourg nous présenter leur vision pour leur pays. « Vive l’Écosse libre »… Trente-sept ans plus tard, Le Délit persiste et signe. 

Car ce journal s’adresse aux étudiants de tous les pays, comme dirait l’autre. Hier à Hong-Kong, ce sont quelque 10 000 étudiants qui sont descendus dans les rues de la ville, demander le droit à des candidatures libres pour les élections de 2017. Ils débutent une semaine de grève contre Pékin; nous leur souhaitons bon courage, comme nous souhaitions à ces autres, il y a trente-sept ans, l’indépendance de leur pays. 

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Hier encore, la presse internationale signalait le ravissement d’un ressortissant étranger par un groupe terroriste islamiste. Il s’agit d’Hervé Gourdel, quinquagénaire français enlevé à Tizi Ouzou, dans l’est de l’Algérie. L’attentat a depuis été revendiqué par un groupe lié à l’État islamique (EI): le Jund Al-Khilafah. La véracité de la vidéo l’annonçant a, pour sa part, «malheureusement été confirmée», selon les termes employés par le ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius.

Il y a un mois, les images dévoilant la décapitation du reporter du Wall Street Journal James Foley avaient déclenché une série de réactions dans les colonnes du monde entier. Choqués, démunis et impuissants face à une telle violence, les uns ressassent les mauvais souvenirs d’un certain 11 septembre 2001 et les autres tentent de comprendre les mécanismes géopolitiques à l’origine de ces atrocités. 

Le constat est difficile. D’une part, il est clair que le maintien des politiques étrangères occidentales interventionnistes se fait au détriment de la sécurité des ressortissants à l’étranger, et plus particulièrement des journalistes. D’autre part, le paiement des rançons et la soumission à d’autres formes d’intimidation entrainent des effets pervers puisque les groupes terroristes ont tout intérêt à agresser les ressortissants de ces pays pris entre deux feux. Enfin, la médiatisation de ces événements produit un engouement favorisant les intérêts de ces groupes. Une vraie «stratégie de l’horreur» se met en place et avec elle, son terrible cortège de haine. Pour reprendre le mot du journaliste Léon Zitrone: «Qu’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel, c’est qu’on parle de moi!» Hélas, il n’existe pas de mauvaise publicité pour le terrorisme.

Devant le pire, nous devons nous questionner, tenter de comprendre. Nous, simples témoins, étudiants, futurs chômeurs ou décideurs politiques. Notre engagement relève d’une responsabilité collective. Si l’on veut faire triompher l’intelligence et la paix, c’est de l’indifférence et de la peur dont nous devons nous défaire. 

 
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